Soum : Les dessous du terrorisme, selon Honko Bemahoun

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Quelles sont les raisons de la naissance du terrorisme dans le Djelgodji ? Qu’est-ce qui l’alimente ? Comment rompre la chaine qui le nourrit ? Voici des questions auxquelles Honko Roger Judicaël Bemahoun donne quelques réponses dans un rapport publié le 16 octobre 2017.

Le Djelgodji ? C’est l’espace « culturel de la province du Soum qui couvre territorialement les départements de Diguel, Baraboulé, Djibo, Tongomayel et Nassoumbou », répond Roger Behamoun, dans son rapport intitulé « l’extrémisme violent dans l’espace culturel du Djelgodji : facteurs associés et modalités de mitigation ».

Le fondateur d’IPERSO (Institut panafricain d’Étude de recherche et de sondage d’opinions) et auteur des sondages sur la présidentielle de novembre 2015, a décidé de s’intéresser à cette partie du pays parce qu’elle a concentré plus de 62% des attaques terroristes perpétrées contre le Burkina.

Les causes

Dans ce rapport, Roger Bemahoun dresse les causes de « l’extrémisme violent ». Il préfère cette expression au mot « terrorisme » car la situation au Soum n’a pas un contenu religieux. Elles sont d’abord liées au sentiment de délaissement du Soum par les autorités. Une brèche dans laquelle se sont engouffrés les extrémistes.

Extrait du rapport 

« Justement Malam Dicko et son groupe distillent auprès de la population que le Soum serait un oublié. Ils en veulent pour preuve, le fait que les seuls investissements publics datent de la période voltaïque en 1974 avec la construction du barrage de Djibo et la route nationale reliant Dori à Djibo. Cette période, disent-ils, correspond à la Haute-Volta et non le Burkina Faso. Ils vont plus loin en affirmant que même les points d’eaux, les forages que l’on trouve dans les villages sont l’œuvre de mécènes ou d’organisations non-gouvernementales (ONG) ».

Les secondes raisons sont à chercher dans la rivalité entre les peulh-nobles et peulh-descendants d’esclaves (Rimaïbé).

« Cette hiérarchisation est de nos jours obsolète parce que les nobles n’ayant plus leurs richesses d’antan essentiellement constituées de bétail. Ironie du sort, les rapports sont en train de s’inverser. Ce sont les descendants d’esclaves qui possèdent le capital- bétail qu’ils confient à des bergers issus du clan  des nobles », lit-on dans le rapport. Bemahoun apprend que Malam Ibrahim, le dirigeant du groupe terroriste qui écume la région, est du clan des esclaves.

Les facteurs d’alimentation

A ces facteurs s’ajoutent d’autres qui constituent la sève nourricière des extrémistes. Il s’agit par exemple de ce que l’auteur a qualifié de « maladresses » des forces de défense et de sécurité, qui ont fait des confrontations entre des extrémistes et des informateurs, mettant en danger la vie de ces derniers et décourageant d’autres éventuels informateurs.

A retenir

« Les attaques extrémistes dans le Djelgodji qui déteignent sur le Burkina Faso, n’ont pas un contenu religieux. C’est le fait d’opportunistes situationnistes qui surfent sur des frustrations découlant de promesses électorales non tenues pendant près de trente ans (30) ans et de la forte islamisation de la localité ».

L’opération « Panga » menée par les forces burkinabè et maliennes n’a pas eu non plus d’écho favorable partout au sein de la population. « Nous n’avons rien vu comme trophée de guerre : même pas un extrémiste tué. Ils n’ont abattu que de pauvres bergers dans la forêt de Nassoumbou », a indiqué l’une des personnes interviewées par l’enquêteur.

L’auteur ajoute enfin la faiblesse de l’équipement et des ressources humaines des forces de défense et de sécurité. « Le camp militaire en plein centre de Djibo ainsi que la compagnie de gendarmerie (…) sont vétustes. En tant que tel, ils ne sont pas dissuasifs », déplore le rapport.

Pistes de solutions

«Tout le monde est dedans », si bien que recevoir un appel téléphonique en public et se mettre à l’écart pour répondre à son interlocuteur est considéré comme suspect : « Maintenant on ne sait pas qui est qui et ils (extrémistes) sont partout ». « Si rien n’est fait dans l’immédiat, tous les jeunes s’enrôleront comme extrémistes », alerte Roger Bemahoun. Il fait des propositions de solutions.

A l’endroit des Forces de défense et de sécurité, Bemahoun suggère la création d’un escadron motorisé de 150 personnes, de postes avancés à Diguel, Baraboulé, Kerboulé, des check points à Fètègobé, Soona, Filio, Sibé et maintenir le couvre-feu (18h à 5h) et l’élargir aux derniers villages frontaliers de Djibo, Baraboulé, Nassouboum et Tongomayel.

Sur le plan social, l’auteur du rapport préconise, entre autres, une visite du Chef de l’Etat à Djibo pour rassurer les populations, assurer la mise en œuvre réelle du programme d’urgence du Sahel, créer des centres de formation professionnelle, bitumer les routes desservant le Soum  et mettre les femmes aux avant-postes de la déradicalisation.

Abdou ZOURE

Burkina24


Télécharger l’intégralité du rapport : Cliquez


Abdou ZOURE

Abdou Zouré est le rédacteur en chef de Burkina24.

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