Démission de Tahirou Barry : « Profonde déception » ou «(re)positionnement politique » ?

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C’est un fait rare dans l’histoire du Burkina. Un ministre, commis de la république, a démissionné de son poste. Que comprendre de ce départ ? Tahirou Barry est-il parti parce qu’effectivement « [sa] déception est profonde » ou cherche-t-il avec la crise au sein de son parti le PAREN, à se repositionner sur l’échiquier politique national en attendant le prochain remaniement ? Analyse d’un départ emblématique avec le Dr Abdoul Karim Saidou, politologue, enseignant chercheur à l’université Ouaga II.

«Ma déception est profonde », justifie le ministre démissionnaire Tahirou Barry. Une déception si profonde  qu’il juge « assez » de « voir notre capitaine (le Chef de l’Etat ndlr) s’abonner à la fontaine de réaction à des actions sans axes en lieu et place d’actions axées sur la satisfaction durable des aspirations des masses ».

En lisant le ministre démissionnaire, analyse Dr Abdoul Karim Saidou, « c’est comme si à titre personnel, pour son engagement personnel, il est déçu de de la façon dont les affaires sont gérées par le gouvernement ». Mais l’analyste politique ne se limite pas là. En effet une « grosse interrogation » taraude son esprit. Celle de savoir si son départ est le résultat d’ « une insatisfaction par rapport à la façon dont le gouvernement s’y prend pour adresser les problèmes des citoyens ou si c’est lié à sa position un peu difficile au sein du PAREN ».

Entré au gouvernement suite à l’alliance parlementaire tissée par son parti le PAREN avec le MPP, Tahirou Barry n’est plus président du parti depuis le 30 juillet 2017. Il y a été exclu avec trois autres membres par le père fondateur Laurent Bado lors du dernier congrès et remplacé par Michel Béré. Un congrès qu’il a jugé « sans effet juridique » en août de la même année.

Depuis lors, relève l’analyste, il n’y a « pas eu de retour, de feedback ». Ce statut quo peut vouloir signifier « qu’implicitement, le MPP a accepté de considérer le nouveau leadership comme étant l’interlocuteur officiel ». Par conséquent, conclut-il, « sa présence n’a plus de sens dans le gouvernement, puisqu’il est au gouvernement au nom du PAREN, en tant que président du PAREN ».

Repositionnement politique

Des intérêts sont en jeu. Et l’heure est à la préservation de ce qui peut encore l’être en « anticipant ». Avec la crise au sein du PAREN qui aura pour incidence immédiate son départ lors d’un remaniement annoncé dans les coulisses d’ici 2018,  combiné au fait que « le gouvernement ne fait pas suffisamment pour faire face aux préoccupations des citoyens »,  « il anticipe en donnant des raisons autres que celles liées à la crise au sein de son parti pour lui permettre de se positionner comme étant un acteur politique attaché aux acquis de l’insurrection ».

En agissant ainsi, Tahirou Barry donne une autre coloration à sa démission. Et ce « signe de protestation, de l’avis de l’enseignant chercheur, peut être un élément de positionnement dans l’arène politique pour sa future carrière politique ». Acteur politique, Tahirou Barry cherche selon lui à « tirer profit de la situation ».

Et la meilleure façon de s’y prendre, c’est, dit-il, de montrer sa démission comme étant le signe d’un engagement, d’un acte citoyen désintéressé de quelqu’un qui est déçu de la façon dont les affaires publiques sont gérées et qui décide de claquer la porte, qui décide de sacrifier un poste, des privilèges, parce qu’il estime que les intérêts du peuple ne sont pas pris en compte.

Ce qui en fait « une forme de positionnement politique ». En agissant ainsi, Tahirou Barry tire profit de la situation et évite d’« être victime » car affirme le politologue, « quelqu’un qui claque la porte en Afrique, c’est assez rare ». Et c’est « très intelligent » de sa part de partir plus tôt au lieu de rester et d’être poussé  vers la sortie.

Oui KOETA

Burkina24

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