« Koro du Bakoro » : D’enfant à adulte de la rue

Les enfants de la rue cessent-ils d’être dans la rue une fois adultes ? Filmer la réalité et la montrer au public, c’est l’objectif que Simplice Herman de Ganou vise en faisant un documentaire sur la face cachée du phénomène des enfants de la rue à Ouagadougou. Le film « Koro du Bakoro, les naufragés du Faso »est l’un des deux documentaires burkinabè en compétition à la 28e édition du cinéma à Tunis.

Polo à l’âge de 12 ans est un enfant de la rue. Il a 29 ans quand Simplice Herman Ganou décide de raconter l’histoire de ce jeune homme toujours dans la rue en quête d’une identité en le suivant avec sa caméra.

Ses quotidiens se suivent et se ressemblent. Rassemblés avec des amis sous des arbres dans un endroit mal loti, le jeune se bat pour la pitance du jour. Elle se résume souvent qu’au malheureux petit oiseau venu se percher sur l’arbre.

Mais Polo a un savoir-faire, fabriquer des lampes avec des matériaux de fortune qu’il revend à vil prix. Le réalisateur ne s’arrête pas là. Il va à la recherche de l’identité de son personnage et remonte à ses origines. La rencontre est sans enthousiasme face à la caméra.

Simplice choque avec les images quand il met en exergue la précarité dans laquelle vivent ces jeunes. Une large cicatrice de Polo qui fend son crâne presque en deux, témoin de ses péripéties de jeune désœuvré, des doigts abîmés, des visages pâles.

Quand il pousse loin sa caméra jusque dans l’intimité de la famille, et filme la grand-mère malade démunie, couchée dans une maison elle aussi dépourvue de tout attrait.

Des scènes de pauvreté insoutenables. C’est avec un calme, l’attention captivée par les images que le public suit le film.

Cette audace est peut-être expliqué par le ras-le-bol, l’expression d’une colère interne du réalisateur, lui qui a côtoyé ces enfants en tant qu’éducateur des enfants de la rue.

Il avait d’ailleurs déjà traîné sa caméra dans les rues de Ouaga, signant en 2012 « Bakoroman », portrait d’adolescents de la rue. Quelques années après, la survie des adultes dans ce même milieu devient encore plus difficile dans un milieu hostile pour eux. Drogue, banditisme, prison, vol sont le lot de ces marginalisés.

Simplice Herman Ganou, réalisateur de « Koro de Bakoro »

« Quel socle familial, quel Etat  construit-on si on laisse certains à la marge comme s’ils sont complètement inutiles ? Les enfants de moins de 15 ans font 52% de la population», s’est-il interrogé.

Avant d’avouer son objectif. « Je tenais à partager ce que j’ai vécu avec ces gens afin que ce soit un outil de réflexion sur notre société, que ceux qui ont le bâton de décision de pouvoir puissent faire quelque chose. A 30 ans, il (Polo) ne connait pas sa mère, sa mère ne l’a pas aussi recherché. Sa grand-mère qu’il a rencontrée par hasard ne l’a pas reconnu, son oncle non plus ne l’a pas reconnu. C’est pourquoi dans le dispositif, on est allé caméra directe sans prévenir la famille ».

La responsabilité de l’Etat est ici pointée du doigt afin que voient le jour de vraies politiques de développement au profit de la population.

Revelyn SOME

Burkina24



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