Agriculture : Le Sahel ne veut pas être oublié

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Tout est parti du constat selon lequel, « entre ce qui est souvent couché sur le papier et ce qui est fait, il y a souvent des déphasages ». Pour s’assurer que les décisions prises à coup de décrets sont effectivement implémentées de sorte à impacter positivement la vie des populations, le Secrétariat permanent des organisation non gouvernementales (SPONG) et le Centre d’information, de formation et d’études sur le budget (CIFOEB) veillent depuis février 2016 à travers le projet « renforcement du contrôle citoyen de l’action publique au Burkina Faso pour une redistribution des richesses nationales favorables aux populations rurales vulnérables » pour qu’intervienne un changement.  

Le contrôle citoyen, « c’est une nécessité absolue ». Vu sous cet angle,  « sans participation, on ne peut pas identifier les besoins réels pour lesquels les communautés veulent adresser des solutions », assure Justin Yamwemba, responsable du programme citoyenneté active et réduction des inégalités à Oxfam au Burkina.

La participation active du citoyen, poursuit-il, « c’est la base minimale, le fondement de la démocratie ». Pour permettre aux membres des trois comités régionaux et des organisations paysannes féminines de pouvoir partager leurs expériences en matière de suivi citoyen des politiques publiques et sur le budget agricole, il a été organisé une rencontre ce 15 novembre 2017 à la mairie de Dori.

L’idée ce n’est pas de « critiquer de façon tout azimut » l’action de l’Etat. A travers leur participation, les membres des comités de contrôle, peuvent aussi accompagner l’Etat à mettre en œuvre « effectivement » ses politiques. Six communes dont Tenkodogo et Bagré dans le Centre-est, Kaya et Tougouri dans le Centre-nord et Dori, Falangountou dans le Sahel ont été choisies pour la phase expérimentale.

Après près de deux ans, comptabilise Pierre Omer Ouédraogo, chargé de programme et de mobilisation de ressources du SPONG, les membres du contrôle citoyen au niveau de leur région respective sont pris en compte dans les cadres de concertation comme celui de la formulation du document du Programme national du secteur rural (PNSR) dans sa phase II. Au cours de ce processus, ils sont « beaucoup interpellés et actifs » lors des séances de concertations.

Parler le même langage et aplanir ensemble les obstacles

Des difficultés dans la mise en œuvre, il en existe « un peu partout » confie Pierre Omer Ouédraogo. Mais l’accent a été mis sur les pôles de croissance. Résultat, « à Tenkodogo, il y a trois sons de cloche » parmi lesquels figurent le discours des autorités locales qui disent ne pas être au courant de certains faits dans le discours de la société civile et des acteurs de mise en œuvre sur le terrain. A côté de ceux-ci, il y a le discours des premiers responsables du pôle de Bagré qui semblent dénoncer ou remettre en cause tout ce que la population donnait comme informations.

«L’interpellation qui a été faite par rapport au dysfonctionnement du pôle de croissance de Bagré, c’est indéniable, il y a problème », entonne Justin Yamwemba. Et même si des discordances, il y en a, analyse le chargé de programme du SPONG, « ce n’est pas pour autant qu’on ne doit pas s’asseoir ensemble pour qu’on puisse parler le même langage, pour qu’on puisse aplanir certains aspects de mise en œuvre ». De même relativise Pierre Omer Ouédraogo, cette situation permet que l’Etat puisse revoir certaines politiques, d’actions qui sont mises en œuvre au profit des populations.

Abdoulaye Soura, le président du comité de contrôle citoyen du Sahel, est étonné. Parce que, pour lui, « l’agriculture contribue énormément au produit intérieur brut, occupe une population assez importante, presque 80%, mais cette population bénéficie très peu des politiques publiques ». C’est là, justifie-t-il, que se trouve l’intérêt de la création d’une structure de contrôle contribuant à l’éradication de la pauvreté au Burkina à travers la consolidation de la société civile en tant qu’acteur de changement capable d’amener les gouvernants à mettre en œuvre des politiques en faveur des pauvres.

 

Des membres des trois comités régionaux et des organisations paysannes féminines posant à la fin de la rencontre de partage à la mairie de Dori

« Important que des actions soient envisagées pour le Sahel »

Parce que « le Sahel est une zone aride », « de loin, beaucoup pensent qu’il n’y a pas d’agriculture au Sahel » et que « c’est seulement de l’élevage mais il y a l’agriculture qui a une contribution significative au développement des populations », résume  Abdoulaye Soura. Mais avec « une saison très brève » de trois mois, des mesures d’adaptation s‘imposent aux producteurs. Parmi, celles-ci figure la nécessité du recours à du matériel de production comme les tracteurs. A Falangountou, les populations recourent aux services d’un loueur de tracteur nigérien en raison de 25 000 F CFA l’heure. Une facturation hors de portée des agriculteurs qui n’ont néanmoins pas le choix que de s’offrir ces services.

Abdoulaye Soura y a décelé de quoi relativiser.  « La coopération entre la population sahélienne burkinabè et celle voisine du Niger, c’est une très bonne chose. C’est des choses que nous savons et encourageons », dit-il. Pour autant, il ne fait pas fi du manque de matériel adapté pour la production dans le Sahel.

En attendant d’avoir l’information « détaillée » sur la remise des tracteurs par le Chef de l’Etat le weekend dernier à Bobo-Dioulasso, il se fait le porte-parole des agriculteurs du Sahel auprès du gouvernement. Parce qu’« il y a nécessité qu’on prenne en compte dans la mise à disposition des outils au niveau agricole », « c’est important, plaide-t-il, que des actions soient envisagées pour le Sahel ».

Oui Koueta

Burkina24



Oui Koueta

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