G5 Sahel : Cette initiative africaine ficelée depuis Paris

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Avec l’entrée en jeu de l’Arabie Saoudite avec une annonce de 100 millions de dollars d’intention de financement, c’est une autre interrogation qui vient s’ajouter aux difficultés que rencontrent les cinq Etats qui cherchent du financement pour rendre opérationnelle la force G5 Sahel, une initiative africaine dont les contours sont ficelés depuis Paris.

Le Burkina Faso a deux bataillons  déployés au Mali dans le cadre de la MINUSMA. Les soldats burkinabè du côté de la frontière burkinabè  n’empêchent pas les terroristes de se replier et de disparaître dans la nature après s’être attaqués aux positions de l’armée, aux commissariats de police et aux brigades territoriales de gendarmerie situés en territoire burkinabè.

C’est l’enjeu de la « nécessité de cette coordination (G5 Sahel) qui apparaît comme un complément à ce qui existe au Mali », a justifié sur le plateau de France24, ce 13 décembre le ministre burkinabè des affaires étrangères, Alpha Barry. 

Du repli des djihadistes de Syrie dans le Sahel

Pour Gwendal Rouillard, député de La République En Marche (LREM), membre de la commission de la défense, tout l’enjeu du sommet réside dans l’urgence qu’il y a à  « éviter le retour des djihadistes du Levant » qui quittent en ce moment l’Irak et la Syrie pour venir grossir les rangs de ceux déjà « parfaitement identifiés au Sahel ».

Un point sur lequel s’est attardé le président malien Ibrahim Boubacar Keita lors de son intervention au cours du sommet. « Avec ce qui s’est passé au Moyen Orient avec la fin de la guerre en Syrie, il y aura un reflux vers nous », s’inquiète IBK. Il plaide pour que les engagements financiers soient tenus pour permettre à la force conjointe G5 Sahel d’aboutir à des résultats concrets.

Laurent Bigot, ancien diplomate, chroniqueur pour Le Monde ne voit pas d’un bon œil, ce retour vers Paris pour la résolution des crises en Afrique. Le G5 Sahel étant une initiative africaine, l’organisation du sommet de Paris lui pose un problème. Et l’ancien diplomate n’a pas lésiné sur le choix des mots pour partager sa position.

« Avec un sommet qui se tient à Paris, c’est un peu dommageable pour l’image ». Cette image qui le gêne, renvoie selon lui aux propos que le président ghanéen a tenus en présence d’Emmanuel Macron lors de sa tournée africaine. Des propos « durs » à savoir qu’« il est temps pour nous Africains d’arrêter de construire notre politique en fonction de ce que les Occidentaux souhaitent ou veulent car ça n’a jamais marché et ça ne marchera jamais ».

Pour Gwendal Rouillard, qui confie parcourir depuis une dizaine d’années les pays africains, les bases militaires françaises, « ce n’est pas un caprice français, ce n’est pas une tutelle française » mais plutôt « un besoin exprimé » par les partenaires et non « pas une tutelle ».

Et le message derrière la tenue de ce forum à Paris c’est que « la France est aux côtés des Etats africains ». Et pour avoir travaillé sur le Tchad au cours du sommet, ce député membre de la commission défense de l’assemblée nationale française, il dit ne pas savoir au nom de quoi la France se mettrait dans une attitude de tutelle.

« On est bien dans une attitude de partenariat parce qu’au XXI siècle, c’est notre conception des choses, a fortiori pour ma génération. Moi je ne peux pas accepter ce discours-là », a déclaré Rouillard. Pour le général Olivier Paulus, « il n’y a absolument pas » une situation du genre, « la France qui va imposer son modèle ».

Reproduire le modèle occidental tel que implémenté en Irak, en Syrie  pour quels résultats ?

Contrairement à Laurent Bigot, Alpha Barry, affirme n’avoir pas vu une sorte de paternalisme au cours de la rencontre. «… j’étais dans cette réunion de ce matin. Je peux vous dire qu’il n’y a pas de paternalisme ».

Et même si, « les chefs d’Etats qui sont présents s’assument et ont pu faire valoir leur point de vue sur comment ils voient les choses », ces derniers se sont plutôt empressés de parler de la gestion financière des fonds qui seront récoltés pour l’opérationnalisation du G5 Sahel.  Selon Alpha Barry, certaines de leurs propositions ont été actées notamment dans la gestion financière des fonds qui vont être récoltés.

Tout au long du débat, le diplomate n’a de cesse souligné qu’il n’était « pas gêné » par le fait que le sommet se tienne à Paris. « C’est pour des besoins de facilité », justifie-t-il car, poursuit-il, même si « c’est plus simple de lever de l’argent peut-être un peu partout mais ce n’est pas aussi simple de pouvoir réunir autant de personnalités assez rapidement dans un pays africain ».

Sauf que plus tôt en fin novembre, Emmanuel Macron et les chefs d’Etats du G5 Sahel se sont rencontrés à Abidjan pour le sommet UA-UE. « Oui, mais c’est quelque chose qui était prévu depuis plus de deux ans ou plus de trois ans », justifie le chef de la diplomatie burkinabè.

« Nous sommes prêts pour mourir. Donnez-nous l’argent. Nous allons nous battre », cite Alpha Barry qui se réfère à Idriss Déby tout en continuant d’appeler à la solidarité international au nom de l’internationalisation du phénomène terroriste.

L’entrée en jeu de l’Arabie Saoudite et des Emirats Arabes Unis dérange

L’Arabie Saoudite (100 millions de dollars US) et les Emirats Arabes Unis (30 millions de dollars US) qui viennent de se manifester sont en tête des intentions de financement du G5 Sahel devant les USA (60 millions de dollars dont la moitié dans le cadre bilatérale pour le Burkina), l’UE (50 millions d’euros), la France (5 millions d’euros).

Soupçonnée d’alimenter logistiquement et parfois même financièrement le monde terroriste, l’entrée en jeu de l’Arabie Saoudite n’est pas perçue sous le même angle par tous les invités présents sur le plateau.

Le député français attend de l’engagement saoudien qu’il soit « clair » et il peut être accepté à condition « qu’il soit politique et stratégique » mais « pas davantage » et non pas « pour conforter une influence religieuse » conformément aux attentes du président Macky Sall qui souhaite se contenter d’ « un islam africain ».

Ne pas aller en guerre contre un symptôme                      

Laurent Bigot définit le terrorisme comme étant un symptôme. Et engager une lutte contre ce symptôme, c’est prendre le risque de s’épuiser avant d’avoir remporté la guerre. Il s’agit selon lui de l’expression d’une frustration sociale, économique et politique. Le chroniqueur n’exclut certes pas la « motivation extrémiste ».

Mais se référant à des témoignages des repentis, de terroristes toujours emprisonnés, il conclut que ce n’est pas la religion qui arrive en première motivation mais les frustrations liées à la situation sociale, économique ou politique. « C’est ça qu’il faut attaquer », dit-il.

Et Alpha Barry de vanter la décision du gouvernement burkinabè d’élaborer le Programme d’urgence pour le Sahel (PUS) d’un coût de 400 milliards de francs CFA à investir sur 4 ans. L’objectif visé, étant de « donner le sentiment aux populations qu’elles ne sont pas abandonnées ».

De même, avec ce qui s’est passé en Afghanistan, en Irak, en Syrie, Laurent Bigot, pour qui le retrait des troupes françaises, « ça serait une bonne nouvelle pour les pays africains », propose de modifier les modes opératoires.

Néanmoins, relativise Alpha Barry, il y a une équation qu’« il ne faut pas oublier » parce que les racines du terrorisme ne sont pas toutes idéologiques. Cette équation implique de ne pas occulter la présence de réseaux de trafiquants dans le Sahel avec des « gens qui veulent avoir des territoires, veulent avoir des espaces pour être libres dans leur trafic dans cette zone ». Paternalisme, caprice français, ou entorse à la souveraineté, le chef de diplomatie burkinabè a clos le débat par un appel à « plus de solidarité, parce que la situation est grave ».

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Burkina24

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