Internet au Burkina : « Le bout du tunnel n’est plus très loin » (Hadja Sanon)

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 A l’occasion de l’An II du Président Roch Marc Christian Kaboré, Burkina24 a voulu en savoir davantage sur les projets et programmes en cours d’exécution ou de démarrage au Ministère du Développement de l’Economie numérique et des Postes. A ce sujet, la ministre Hadja Ouattara/Sanon  a répondu à nos questions. Lisez !


Burkina24 (B24): Vous êtes à la tête du ministère du développement de l’économie numérique et des postes depuis le 23 février 2017. Quelle est votre vision du développement de l’économie numérique du Burkina Faso ?

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Hadja Ouattara/Sanon (HOS) : Ma vision du développement de l’économie numérique ne déroge pas de celle définie dans le cadre de la politique nationale de développement de l’économie numérique, formulée comme suit : « Le Burkina Faso dispose d’une économie numérique compétitive qui impacte positivement, durablement et de façon inclusive, son développement et ce, à l’horizon 2027 ».

Cette vision trouve sa source d’une part, dans les engagements du programme de SEM Roch Marc Christian KABORE, Président du Faso et d’autre part, dans les orientations du Plan national de développement économique et social (PNDES) qui est le référentiel national an matière de développement.

B24 : Il y a plus de deux ans que notre pays a lancé le projet Cloud Gouvernemental (G-Cloud) avec une disponibilité prévue pour 2017. Qu’en est-il aujourd’hui ?

HOS : Le projet de mise en place d’infrastructure Cloud au profit de l’administration, des entreprises et des citoyens (G-Cloud), fruit de la coopération entre le Gouvernement du Burkina Faso et DANIDA, vise la production de 3 livrables :  une infrastructure métropolitaine en fibre optique de 420 km dans les 13 régions administratives du pays ;  une infrastructure réseau inter urbain en fibre optique de 650 km  et  une infrastructure Cloud permettant notamment le stockage des données, le partage des actifs numériques avec les développeurs, les propriétaires de bases de données et une plateforme de e-learning.

Pour ce qui concerne le niveau d’exécution de ce projet, il convient de noter que la partie infrastructure réseau métropolitain en fibre optique a effectivement été entamée dans 6 chefs-lieux de région avec au total 200 Km de génie civil réalisé, soit un taux d’exécution de 47%.  Les travaux dans les 7 autres chefs-lieux de région sont en cours d’exécution.

« Nous ne voulons plus que nos jeunes partent ailleurs avec leur création »

Quant à la partie infrastructure réseau longue distance, le survey environnemental a déjà été réalisé et le génie civil est en cours. Enfin, pour ce qui est de la partie infrastructure Cloud, le premier datacenter de Ouagadougou a été construit et les 2 nœuds Cloud, cœurs du système, ont été déployés et sont fonctionnels. De même, les services natifs prévus dans les différents modèles de service sont déjà fonctionnels et d’autres services comme la messagerie professionnelle de l’Administration et l’application d’identification de l’Office National d’Identification (ONI) sont en cours de déploiement.

L’on peut donc estimer que le niveau de réalisation du projet G-Cloud est satisfaisant dans l’ensemble. L’implémentation réussie de ce projet permettra d’améliorer l’utilisation des services à travers d’autres d’interventions telles que le projet e-Burkina.

B24 : Qu’en est-il du projet e-Burkina ?

HOS : Comme vous le savez, le développement des infrastructures dans le domaine du numérique doit s’accompagner de services adaptés. C’est pourquoi, avec l’appui de la Banque Mondiale, le Gouvernement du Burkina Faso a décidé de mettre en œuvre le projet e-Burkina dont le lancement est intervenu le mardi 07 novembre dernier sous le haut patronage de SEM le Premier ministre.

L’objectif poursuivi est d’encourager une meilleure gouvernance dans le secteur public à travers l’adoption par l’administration publique de plateformes numériques et de services partagés pour améliorer les échanges de données entre les unités gouvernementales et la population. Le projet entend également promouvoir le partage de l’information, les innovations et les effets d’échelle pour accroître les revenus, la résilience et les emplois dans les principaux secteurs économiques du pays.

D’un coût global d’environ 13 milliards de francs CFA et pour une durée de 5 ans, le projet e-Burkina est le premier projet du Burkina essentiellement orienté vers le développement de services en ligne pour les citoyens et l’administration publique. Il vient en appui aux projets d’infrastructures réseaux de mon département tels que le G-Cloud, le projet de backbone national en télécommunications (PBNT), le projet de renforcement et d’extension du Réseau informatique national de l’administration (RESINA) et le Projet d’appui au développement des TIC au Burkina Faso (PADTIC).

B24 : Experte des TIC, vous avez occupé plusieurs postes de responsabilité au sein de l’administration publique burkinabè, dans le privé et également au sein de diverses ONG. En tant qu’une des rares  femmes TIC au Burkina, quelles sont les difficultés auxquelles vous êtes perpétuellement confrontée ?

HOS : En tant que femme, je dirai que je vis les mêmes difficultés que la plupart des femmes cadres en particulier et de toutes les femmes en général, notamment les préjugés sur la capacité de la femme à faire telle ou telle chose.

Le monde des TIC est dominé par les hommes, de sorte que la femme se doit de fournir plus d’effort pour s’y frayer un chemin ou s’y imposer.

Cela dit, cette nécessité de toujours prouver qu’on est capable de relever les mêmes défis en matière de TIC au même titre que les hommes nous pousse à plus de combativité et incite à toujours nous investir pleinement dans ce que nous faisons.

En outre, l’amour pour les TIC nous galvanise et nous donne la force nécessaire pour surmonter les difficultés. De ce fait, je voudrais inviter les jeunes filles à ne pas hésiter à embrasser les métiers TIC et sans apriori sur la domination masculine dans ce secteur et sans craindre   les difficultés ou obstacles qu’elles pourraient rencontrer.

B24 : Que pensez-vous de l’évolution technologique en général au Burkina Faso ?

HOS : Quand vous comparez le Burkina Faso des années 90 au Burkina d’aujourd’hui, vous conviendrez avec moi qu’il y a eu une évolution remarquable sur le plan technologique. L’avènement de la téléphonie mobile a démocratisé l’usage du téléphone et l’accès à Internet avec un impact certain sur l’ensemble des activités des Burkinabè.

Le système d’information sur le marché des céréales, les transferts instantanés de devises, les applications sur les pharmacies, le traitement des salaires, le circuit intégré de la dépense, etc. ont considérablement amélioré les conditions de vie des Burkinabè. Toute chose qui conforte le gouvernement dans sa volonté de faire des TIC, un pilier de croissance et de développement inclusif. Il est important de saluer les efforts de tous les acteurs de cette évolution technologique même si beaucoup de choses restent encore à faire.

B24 : Pétrie d’une riche expérience internationale au niveau de la gouvernance de l’Internet et de l’économie numérique, quels sont les sujets impérieux, selon vous, pour l’émergence de l’écosystème numérique du Burkina ?

HOS : Notre pays a accusé un grand retard dans la réalisation des infrastructures et dans le développement des contenus locaux nécessaires pour le développement du numérique. De ce fait, nous allons nous atteler à conduire à terme les projets en cours dans notre département. Il s’agit des projets Backbone national en fibre optique, le projet e-Burkina, le projet d’interconnexion de l’Afrique de l’Ouest, le cloud gouvernemental,  le technopole, etc.

« Notre jeunesse est pétrie de talents, notamment dans le domaine des TIC. Nous allons alors développer des initiatives pour permettre à cette jeunesse d’apporter sa contribution au développement de l’économie numérique de notre pays »

La réalisation de ces différents projets nous permettra de disposer d’infrastructures TIC de base à la hauteur de nos ambitions. Aussi, nous pensons qu’il est impérieux que tous les acteurs de l’écosystème du numérique puissent regarder dans la même direction pour qu’ensemble nous construisions un pays à l’ère du numérique.

A cet effet, nous comptons engager l’ensemble des acteurs pour l’atteinte de cet objectif. En outre, le développement de contenus locaux, essentiels pour l’émergence d’une économie numérique, figure en pole position dans notre agenda.

B24 : Parlons du projet de backbone national en télécommunications (PBNT) lancé à Gaoua le 10 décembre 2017 en marge des festivités du 11 décembre. Quel est l’objectif de ce projet ?

HOS : Vous savez que le Conseil des Ministres en sa séance du 19 juillet 2013, avait autorisé la signature d’un contrat entre l’Etat burkinabè et la société de droit singapourien HUAWEI INTERNATIONAL PTE LIMITED pour la réalisation de 5 443 Km de dorsal de télécommunications (Backbone) en fibre optique pour un montant de 241 595 878 dollars US.

Cette mesure vient de prendre un fouet d’accélérateur sous l’actuel régime qui a trouvé en effet que les choses trainent.

Hadja Ouattara/Sanon aux côtés du Président du Faso au lancement de la première phase du projet backbone national le 10 décembre 2017 – MDENP

C’est pourquoi le Conseil des Ministres en sa séance du 31 mai 2017 a décidé de mettre en œuvre la première phase Backbone, d’une longueur de 2001 Km en fibre optique réseau et le lancement est prévu comme vous le dites si bien le 10 décembre prochain sous le très haut patronage de SEM le Président du Faso.

Le Projet backbone national des télécommunications (PBNT) qui prévoit d’interconnecter toutes les régions, les provinces et les communes du pays et de raccorder le Burkina Faso aux différents pays limitrophes, soit plus de 10 000 km de fibre optique à installer vise à augmenter la capacité de la communication y compris la connexion internet.

C’est un grand projet pour notre pays quand on sait que de nos jours les TIC s’imposent à tous les citoyens de notre planète.

B24 : Quelle est l’importance de l’aménagement numérique du territoire dans votre stratégie ?

HOS : Dans l’analyse diagnostique de la situation économique et sociale du Burkina Faso dans le PNDES, il ressort clairement la faible couverture nationale des infrastructures large bande de télécommunication induisant la faible qualité de l’offre et la cherté des services TIC et que par conséquent, l’un des principaux défis du secteur des TIC est le développement des infrastructures de qualité.

Le schéma directeur d’aménagement numérique (SDAN) dont j’ai engagé l’élaboration constitue un référentiel de planification en rapport avec les effets attendus de l’axe 3 du PNDES et la Politique nationale de développement de l’économie numérique 2016-2025 en cours d’adoption où le déploiement d’infrastructures convergentes très haut débit sur l’ensemble du territoire  est un grand défi pour le Burkina Faso.

L’objectif est alors de doter le Burkina Faso des moyens d’une vision à moyen et long termes sur la couverture du territoire en réseaux numériques (haut et très haut débit, fixe et mobile). Ce schéma directeur sera, à terme, l’outil de planification du développement des infrastructures de communications électroniques qui prend en compte les schémas d’aménagement urbain existants ainsi que les projections de développement et d’extension en infrastructures urbaines.

B24 : Lors de votre prise de fonction le 23 février dernier, vous avez émis la volonté de vous appuyer « fortement sur la jeunesse et en osant des politiques innovantes et ambitieuses ». A quoi peut-on s’attendre exactement ?

HOS : Notre jeunesse est pétrie de talents, notamment dans le domaine des TIC. Nous allons alors développer des initiatives pour permettre à cette jeunesse d’apporter sa contribution au développement de l’économie numérique de notre pays.

La mise en place des structures de soutien et d’accompagnement pourrait inciter les jeunes à libérer leur génie et proposer des solutions TIC innovatrices à haute valeur ajoutée. Michael Dell, Marc Zuckerberg, Evan Spiegel sont tous des jeunes, qui ont révolutionné le monde numérique avec seulement leurs ordinateurs et leur génie.

Notre ambition est de susciter la révélation de ces génies parmi notre jeunesse. C’est tout l’essence du concours de détection de talents dans le domaine des TIC, GENIE TIC que nous avons lancé dans le cadre du programme FASO INNOVATIC. Nous allons travailler à rendre ce concours beaucoup plus attractif et plus incitatif.

B24 : Il y a assez de jeunes développeurs, innovateurs et inventeurs dans le domaine des TIC au Burkina. Mais beaucoup préfèrent lancer leur trouvaille depuis l’extérieur. Est-ce un souci lié à un manque de confiance avec les autorités burkinabè ?

HOS : Je ne pense pas que c’est lié à un manque de confiance avec les autorités. Comme je le disais plus haut, nous ne voulons plus que nos jeunes partent ailleurs avec leur création.

Pour cela, nous allons mettre l’accent sur le développement de structures d’accompagnement de ces jeunes développeurs avec l’assurance que leurs créations bénéficieront de tout le soutien nécessaire pour sa valorisation et pour sa vulgarisation.  En un mot, nous allons travailler à la création d’un environnement propice à l’émergence des startups dans le domaine des TIC.

B24 : Madame la ministre, la « digitalisation du Burkina Faso », on l’a entendu plusieurs fois, c’est quoi selon vous ?

HOS : En parlant de « digitalisation », nous faisons référence à la numérisation. Nous avons une grande ambition, celle du tout numérique pour le Burkina Faso. C’est pour cela que nous sommes en train de faire d’importants efforts pour réaliser les infrastructures nécessaires pour que cela soit une réalité dans notre pays.

« Le monde des TIC est dominé par les hommes, de sorte que la femme se doit de fournir plus d’effort pour s’y frayer un chemin ou s’y imposer »

B24 : Vous êtes active aussi dans la promotion des logiciels libres et dans les données ouvertes. Un mot sur l’Open Data Day célébrée le 11 mars 2017 par la communauté Open Data du Burkina ?

 

HOS : Je tiens à saluer toute la communauté Open Data du Burkina. Je voudrais également encourager l’initiative Open Data Day. Je pense qu’il est important de consacrer une journée de réflexion sur les enjeux de la libéralisation des données non sensibles.

Il est d’autant plus important puisque les données constituent la matière première nécessaire au développement de logiciels et autres applications. Si nous voulons le développement de contenus locaux, il faut alors rendre disponibles nos données.

B24 :  Beaucoup de Burkinabè se plaignent par ailleurs de la qualité de la connexion internet au Burkina Faso. Un commentaire ?

HOS : Il est indéniable que la connexion Internet au Burkina Faso n’est pas satisfaisante. C’est une réalité vécue par l’ensemble des utilisateurs de la toile. En dépit des efforts des fournisseurs d’accès Internet et des opérateurs de téléphonie, la qualité n’est pas toujours au rendez-vous.

C’est pourquoi le gouvernement avec l’appui de ses partenaires est en train de réaliser des infrastructures qui apporteront le haut débit et la bonne connectivité aux utilisateurs. Le bout du tunnel n’est plus très loin.

B24 :Que pensez-vous du phénomène des activistes au Burkina ?

HOS : Le phénomène des activistes est intimement lié au développement de l’Internet et à l’avènement des réseaux sociaux et de la liberté qui y a cours. Je pense que les activistes peuvent jouer un rôle  d’interpellation, de sensibilisation, toute chose qui peut contribuer  à l’enracinement de la démocratie.

Cependant , comme tout usager de l’Internet  et des réseaux sociaux, ils doivent entre autres vérifier les informations qu’ils publient et faire preuve de modération. Il est aussi important de travailler à légiférer dans ce secteur pour éviter que d’innocentes personnes payent les frais de l’accès à tous aux canaux d’information.

B24 :    Un mot pour clore l’interview !

HOS : Je voudrais remercier toute l’équipe de Burkina24 pour les efforts consentis  tous les jours pour informer et sensibiliser la population. En choisissant l’Internet comme canal de publication, vous nous accompagnez dans la promotion de l’usage des TIC.

Merci beaucoup !

Noufou KINDO

Burkina 24

 

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Noufou KINDO

@noufou_kindo s'intéresse aux questions liées au développement inclusif et durable. Il parle Population et Développement.

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