Tribune : “L’école burkinabè : Grabataire depuis 118 ans” (3/3)

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Ceci est une tribune de Zakaria Guingané sur l’état du système éducatif burkinabè. Subdivisée en trois parties, elle sera diffusée sur trois jours. Voici la troisième partie.

Le ratio de 35% masse salariale sur recettes fiscales est inique, infondé et hautement criminel

En plus du PNDES avec lequel on rabâche nos oreilles toutes les secondes que Dieu fait, le gouvernement THIEBA n’a aussi de cesse de nous dire qu’il est incapable d’accéder à certaines requêtes des travailleurs induisant des incidences financières. La raison est que cela aggraverait le ratio de 35% de masse salariale sur recettes budgétaires internes que l’UEMOA exige de respecter. Mais quel est ce ratio et pourquoi nos pays qui se disent indépendants sont obligés de courber l’échine devant cette institution sous régionale quand on sait que leurs populations respectives vivent une misère crasse? Le gouvernement du MPP dit être aujourd’hui allé au-delà de cette norme et donc n’est plus prêt à augmenter les charges financières. Pour lui, le traitement salarial de l’ensemble des fonctionnaires grignoterait de nos jours plus du quart du budget national. Soit ! Mais que dit ce même gouvernement sur ce que font entrer quotidiennement les agents de l’Etat en termes de finances, de services et de formation du capital humain ? Rien absolument ne se dit à ce niveau. Et c’est là que se trouve l’iniquité dans l’approche de ces genres de questions. On nous dit que plus de 619 milliards sont servis aux fonctionnaires en 2017 alors qu’en même temps, les seuls travailleurs de la Direction Générale des Impôts ont fait encaisser à l’Etat la somme de 693 milliards pour la seule année de 2017 et mieux, ils comptent atteindre les 818 milliards cette année. Et que dire de ce que font les acteurs de l’éducation ? Peut-on quantifier la valeur financière de la réussite d’un élève au CEP, au BEPC, ou au Bac pour le pays ? Quelle valeur monétaire attribuée à un agent de santé qui fait recouvrer santé à un citoyen burkinabè ? Qu’on nous respecte. Les travailleurs produisent pour le Burkina Faso et non pour une institution sous régionale qui plus est inféodée à la France et aux institutions antisociales qui ne voient que le Profit et non l’Homme. Pour cela, ils doivent être conséquemment rétribués. 

La question du ratio telle que abordée est aussi infondée. En effet, à moins qu’un nouveau texte ne soit pris à la Commission de l’UEMOA à notre insu, il n’existe aucun texte contraignant nos pays à le respecter scrupuleusement. Une étude commanditée par l’institution en 2011 a conclu qu’entre 2000 et 2009 sur les huit (08) pays de l’espace UEMOA, seuls deux pays (Niger et le Togo) ont enregistré des taux d’évolution de la masse salariale inférieurs à ceux des recettes fiscales. Le Traité Constitutif de l’Institution (modifié) et le Rapport final de l’étude susmentionnée que nous avons lus disent qu’il y a eu un Pacte qui a été cosigné définissant les critères de convergence pour l’ensemble des membres. Ce qui est très important à savoir, c’est que ces critères sont classés en deux rangs différents. Les critères de rang premier sont beaucoup plus normatifs (donc contraignants) ainsi leur « non-respect entraîne la formulation explicite de directives (en termes de mesures correctives) ». Comme exemples de ce type de critères, on a que « le taux d’inflation annuel moyen doit être inférieur ou égal à 3% » ; « le ratio de l’encours de la dette intérieure et extérieure rapporté au PIB nominal inférieur ou égal à 70% ». Le Rapport final soulignent que les critères de second rang dont le ratio 35% de la masse salariale/recettes fiscales internes sont juste considérés comme des « repères structurels INDICATIFS ». Comme autres exemples de critères de second rang,  on a par exemple que « le taux de pression fiscale (défini comme le rapport des recettes fiscales au PIB nominal) doit être supérieur ou égal à 17%»[1]. Contrairement aux critères de rang 1er, on voit que ces derniers ne sont nullement contraignants. La preuve, en plus du fait qu’ils sont classés au SECOND RANG, rien n’a été prévu comme « sanctions ou mesures correctives » comme au niveau des critères de rang 1er. De ce point de vue, les propos alarmistes tout autour de ce ratio ne doivent plus avoir droit de cité car dans la forme et le fond son respect scrupuleux est sans fondement.

Enfin nous disons que la question de ce ratio 35% et toute l’attention qu’on lui accorde sont criminelles. Nous assumons nos propos parce qu’en toute sincérité, tout n’est pas dit sur cette question. Après lecture du Rapport Final de 66 pages de l’Etude commanditée par l’UEMOA en 2011, nous nous rendons compte que toutes les mises en garde visent un seul objectif inavoué qui est celui de sécuriser et protéger le franc CFA, cette monnaie de domination puisqu’elle appartenant exclusivement à la France. Nous allons être plus explicites pour que les gens nous comprennent. Un morceau choisi du Rapport : « Un des critères du second rang, le ratio masse salariale sur recettes fiscales a dû sa promotion parmi ces critères qui servent de repères structurels à l’appréciation et à la conduite des politiques budgétaires nationales, par le niveau particulièrement élevé de ce ratio au début des années 1990. De fait, la crise financière et économique qui a précédé la dévaluation, avait été exacerbée par le poids de la masse salariale des Etats qui s’est accru très rapidement à la faveur notamment d’une croissance rapide des effectifs de la fonction publique. Au lendemain de la dévaluation, la nécessité de préserver les gains de compétitivité et de reconstruire des marges pour la politique budgétaire explique l’attention soutenue accordée à la tenue de la masse salariale »[2]. En clair, l’objectif de la lutte de nos gouvernants à maîtriser les masses salariales est donc de préserver le franc CFA pour ne pas que la zone ne tombe dans une dépression et une dévaluation. On voit donc que l’UEMOA et nos gouvernants ont choisi d’affamer et de tuer nos populations à travers leurs travailleurs pour juste protéger une monnaie qui ne nous appartient point. L’aspect criminel de ce ratio c’est que la dévaluation dont fait référence le Rapport final (c’est-à-dire celle de 1994) n’a jamais été causée par les pressions salariales. Sur cette dévaluation intervenue deux jours après la transformation de l’ex-UMOA en UEMOA le 10 janvier 1994, le premier ministre français d’alors, Edouard BALLADUR disait que C’EST LA FRANCE QUI L’AVAIT DECIDEE « parce qu’elle était bénéfique pour les pays de la zone franc Afrique». Toujours sur cette question, le sénateur français Roland Bernard de Rhône-SOC, disait ceci : « la dévaluation du franc CFA a été réalisée avec le soutien de la France »[3]. Cependant, beaucoup de chefs d’Etats africains à la rencontre n’étaient pas d’accord mais restèrent tout de même muets pour l’amour de leurs « trônes » qu’ils devaient à la même France. Les raisons de leur désapprobation qu’ils n’ont pas courageusement exprimée ce jour, étaient dues au fait que la dévaluation était survenue après un déficit constaté dans la seule zone CEMAC[4] et dans la seule banque centrale de la BCEAC[5] alors qu’il y avait un excédent compensatoire à la BCEAO[6]. Pour corroborer cette réalité, il suffit de voir la nature même de l’Institution administrative UEMOA et son bras droit financier qu’est la BCEAO. D’où viennent-ils ?

Créée le 10 janvier 1994, (Union économique et monétaire ouest africaine) UEMOA est une structure conçue sur la cendre de son ancêtre (Union monétaire ouest africaine) UMOA qui elle, était créée le 12 mai 1962. La Commission de l’UEMOA (dont son siège est à Ouaga) qui peut être considérée comme une structure administrative a une institution chargée de gérer les finances de l’espace qu’est la BCEAO ainsi qu’une banque de développement la BOAD. Chose très importante à savoir est qu’à la création de l’Institution (UMOA) en 1962, son bras armé financier, la BCEAO avait toujours son siège à Paris.  Ce siège restera en France jusqu’en 1978 année à laquelle il est transféré à Dakar. De 1959 à 1974 (soit 14 ans après nos « indépendances »), cette institution financière a été dirigée par un français de peau blanche. Ce n’est qu’en 1974, qu’un africain noir du nom d’Abdoulaye FADIGA (sénégalais d’origine) prendra la tête. Et jusqu’au jour d’aujourd’hui, parmi les 16 administrateurs dans le Conseil (CA) d’administration de la BCEAO, il y a deux français. Chose criminelle encore, dans ce CA, les décisions se prennent à l’unanimité. Imaginez la suite. Le franc CFA est un couteau dont la manche est détenue par la France. En tant qu’africains responsables et intéressés aux questions du développement de son pays et partant de celui du continent, comment peut-on nous convaincre que l’appel de l’UEMOA à respecter le ratio 35% masse salariale sur recettes fiscales n’est pas criminel ? Eh bien, il l’est. Il l’est parce que cette mesure inique et unique ne favorise pas notre communauté sous régionale. Il l’est parce qu’aussi l’UEMOA, la BCEAO et la BOAD ne nous appartiennent point. En bons citoyens de nos pays respectifs, nous devons donc nous lever contre cela. Et c’est là le sens politique et citoyen de la lutte de nos organisations dont la CNSE qui veulent positivement forcer la main du MPP à outrepasser ces directives iniques et cyniques.   

Répression, récupération et criminalisation des luttes et l’aridité des caisses : quelles réactions ?

Si un jour, un de toute la deux-centaine de partis politiques (légalement reconnus ou non au Burkina Faso), venait à faire une offre politique épousant les profondes aspirations du peuple en termes d’indépendance politique et éducative véritable, ce serait une trahison et un crime abominable que le mouvement syndical en général et les syndicats d’éducation en particulier se mettent en retrait. Les travailleurs du Burkina ne se sont pas fait recruter pour grever. Ils s’y lancent souvent parce qu’ils n’ont pas le choix. Si, une dynamique politique quelconque leur permettait d’économiser les énergies pour ensuite les mettre au service du pays, ils le feront volontiers. Hélas ! Ce jour doit encore attendre, mais peut-être pas pour longtemps. Et ce n’est pas l’attitude prédatrice des pouvoirs politiques qui doit abattre notre moral. En tant que travailleurs de l’éducation, il suffit de revisiter nos cours, que dis-je, revisiter l’histoire du syndicalisme au Faso pour en avoir les cœurs nets. Cette histoire nous informe que face aux différents remous sociopolitiques que le pays a connus, les pouvoirs ont toujours eu recours à cette sinistre trilogie : la répression, la récupération et la diabolisation. Bien que ces trois « armes de destruction massive des syndicats » puissent être utilisées en même temps, certains régimes politiques préfèrent les cloisonner et les échelonner selon les « moyens et réalités de l’heure ».

Ainsi, la répression (physique et morale) est utilisée lorsque le régime pense (parce que cela n’a jamais été vrai) être en force. Il y a l’exemple du régime de Maurice YAMEOGO avant le 3 janvier 1966 ; celui de Seyes ZERBO en 1980 ; de Thomas SANKARA (surtout avec l’exclusion le 22 mars 1984 des 2 600 enseignants remplacés par des « révolutionnaires non qualifiés »). Sous Blaise Compaoré  «  Des élèves, étudiants et travailleurs de l’éducation sont arrêtés et détenus comme des malfrats ; dans certains cas emprisonnés avec ou sans jugement », TER – n°26, d’avril 2015, page 13. Les principales années noires sous Blaise sont : 1990, avec la mort de DABO Boukary, des profs d’université comme Guillaume SESSOUMA et Clément OUEDRAOGO. 1993, répression à balles réelles des élèves et étudiants. 1995, tuerie des deux élèves de lycée départemental de Garango : SIDIANI Blaise et ZIGANI Emile. Soit dit en passant, nous étions en classe de 4e comme SIDIANI Blaise dans le même lycée. 2000, mort de l’élève Flavien NEBIE et l’étudiant Michel ZONGO. 2008, manif d’étudiants réprimée à balles réelles. 2011, mort de l’élève Justin ZONGO et mutinerie policière et militaire subséquente.

Pour la deuxième « arme » c’est-à-dire la récupération ou l’immixtion du pouvoir dans la chose syndicale, même si tous les régimes s’en sont servis, le régime du général Sangoulé LAMIZANA en a fait plus. Le général a vite fait de phagocyter les syndicats. Le premier syndicat d’éducation version voltaïque était le Syndicat National des Enseignants africains de Haute-Volta (SNEAHV) crée en 1940. L’immixtion du politique conduira à la scission et la création du Syndicat Unique Voltaïque de l’enseignement secondaire et supérieur (SUVESS en 1972) puis du Syndicat National des Travailleurs de l’Education et de la Recherche (SYNTER 1981, actuelle F-SYNTER d’obédience révolutionnaire le « F » étant Fédération). Comme exemple de récupération politique des syndicats, voilà ce que le journal Education Nouvelle d’alors dit : « La direction du SNEAHV fut contrôlée jusqu’en 1968 par les militants du Mouvement de Libération Nationale (MLN de Joseph Ki-Zerbo/opposition), et c’est au congrès de juillet de cette année-là qu’une coalition de militants RDA, PRA, PAI, les remplaça. La mainmise des partis politiques sur le syndicat fit alors son chemin et c’est ainsi qu’en 1969, une coalition RDA-PRA se partagea la direction du SNEAHV et en 1971, le RDA se tailla la part du lion au sein du bureau du SNEAHV, laissant le secrétariat au PRA pour diversion ». Enfin, pour casser l’élan unitaire des syndicats qui l’ont empêché de créer le parti unique (le MNR) en 1975 (cela rappelle les grèves historiques des 17 et 18 décembre de cette année qui ont paralysé tout Ouaga), le général LAMIZANA nommera comme ministre du Travail Zoumana TRAORE SG de la centrale « Union des Syndicats des Travailleurs voltaïques (USTV) » qui avait été l’une des trois centrales syndicales à faire chuter Maurice YAMEOGO en janvier 1966.

La dernière « arme de neutralisation des syndicats » par le pouvoir politique est comme il est dit un peu haut, la diabolisation. Elle est souvent utilisée lorsque l’usage des deux premières n’est plus efficient. Avec cette « arme », les autorités escomptent bien souvent le rejet des populations de tout ce qui touche aux revendications. Ce qui fait que, par exemple, sans information claires, lorsque dans une localité il manque une école et que les syndicats se lèvent pour en réclamer pour les populations, ces mêmes populations se dresseront violemment contre le mouvement et les syndicalistes. Mais rien de toute cette trilogie cynique et sinistre n’est fatal. Il y a des solutions.

Que ce soit la répression, la récupération ou la diabolisation, la première contre-attaque des militants syndicaux est la FORMATION POLITIQUE et SYNDICALE. Cette formation est soit individuelle (lecture tous azimuts) ou collectives (séminaires ; AG ; etc.). Comme on le dit, quand on sait, il est difficile qu’on nous serre. Abordant l’importance de la formation, l’une des conclusions de la Conférence afro-scandinave des Bibliothèques tenue à Copenhague du 2 au 11 octobre 1961, disait que : « L’éducation et la culture rendent un peuple facile à conduire mais difficile à opprimer, facile à gouverner mais impossible à le réduire en esclavage ». Tout cela pour dire que si nous nous cultivons, nous nous renforçons face aux manèges de ceux qui sont aux commandes politiques. L’autre pan des solutions, c’est la campagne d’information que doit engager le/les syndicats auprès de leurs militants certes, mais surtout auprès des populations sans sectarisme. Elle peut revêtir plusieurs formes allant des simples approches individuelles aux meetings, AG et messages dans les media. Mais encore faut-il que les militants de syndicats que nous sommes adoptions un mode de vie réellement sociable. Lorsqu’en tant que fonctionnaire dans une localité je ne m’intéresse jamais aux problèmes des populations locales, il ne faudra pas rêver que celles-ci me soutiennent au moment où j’aurai besoin d’elles. Une vie collectivement radieuse, requiert un respect mutuel dans les limites des normes admises par la société dont on relève.  

Enfin, un syndicaliste doit travailler à protéger son « arme de combat qu’est le syndicat » mais aussi à se protéger à tout moment sans bien sûr tomber dans la paranoïa. La protection dont il est question ici n’est pas seulement physique. Ce n’est pas forcément éviter de se faire empoisonner ou de se faire écraser sur une route par des individus qui seraient montés pour la circonstance. Non, pas cela seulement. Cela est même moins pernicieux pour le syndicat parce qu’il ne touche pas la structure syndicale dans sa globalité. Et puis, il est des fois où ôter la vie d’un opposant soit-il politique ou syndical est plus dévastateur au régime qui le conduit. En pareille situation, le régime passe par d’autres stratagèmes que nous pouvons appeler des appâts camouflés pour ses sales besognes. La plus grande des protections pour un syndicat ou son militant, à notre avis, est de savoir déjouer les pièges du pouvoir politique en place. Il y a par exemple des offres financières ou institutionnelles présentées comme légales mais qui ont une puanteur corruptive. L’exemple des fameux « 500 000f CFA du MENA » et présentement la création du « Haut conseil social » sont des preuves tangibles. L’attitude de la F-SYNTER et du Collectif CGT-B face à ces appâts empoisonnés qui a consisté à s’éloigner d’eux est à saluer. 

Si tout cela est pris en compte, la force du syndicat qu’il soit de l’éducation ou de tout autre domaine sera accrue. Ce qui pourrait lui permettra de convenablement et richement apporter sa pierre contributive à l’édification de la cité comme ce fut le cas avec nos devanciers syndicalistes un 3 janvier 1966 : « Le syndicalisme enseignant, comme l’ensemble des autres forces syndicales, a été légitimé par sa contribution au renversement du régime de parti unique le 3 janvier 1966 », a dit Pascal BIANCHINI, dans Ecole et Politique en Afrique noire, p 139. C’est la même attitude qu’ont adoptée les syndicats de l’éducation sous LAMIZANA toute chose qui a apporté du tonus à la lutte du peuple qui précéda la chute du général en 1980 : « (…). Ainsi, on assiste à une première vague de grèves d’enseignants à la fin de la Deuxième République (en décembre 1972 et janvier 1973). Ensuite, à la fin de la Troisième République, on assiste à une nouvelle effervescence syndicale : les enseignants de SUVESS se mobilisent en avril 1979 pour leur indemnités de logement, et surtout en octobre et novembre 1980 où se déroule la plus longue grève du syndicalisme enseignant voltaïque qui a apporté une contribution décisive à la chute de ce régime », Pascal BINACHINI, Ecole et Politique en Afrique noire, pp 139-140.

Le summum de l’aveu d’impuissance d’un régime se mesure lorsqu’il commence à : i) taxer les syndicats de « manipulés politiques » ou ii) dire que les caisses de l’Etat sont vides après avoir fait usage, d’une façon infructueuse, de la répression, la récupération et la criminalisation. C’est de la sorte que le régime acculé du MPP s’est comporté jusque-là. En effet, après l’exigence échouée de la trêve sociale, de la tentative avortée d’adopter la Loi antigrève du défunt Salifou DIALLO, le gouvernement THIEBA avait, entre temps, appelé les centrales syndicales et syndicats autonomes pour leur laisser entendre que le régime est au parfum de leurs manœuvres politiques souterraines. Aujourd’hui le langage a plus évolué mais toujours en défaveur du mouvement syndical. Le leitmotiv actuel du régime MPP ou de l’APMP, c’est selon, est de chiffrer les doléances des partenaires sociaux et de sortir déclarer urbi et orbi que les caisses de l’Etat ne peuvent pas les supporter. L’analyse politique de cette attitude qui n’est pas nouvelle, nous fait percevoir un double objectif machiavélique que le pouvoir veut engranger. D’un côté, le pouvoir cherche à abattre les « esprits faibles » dans le rang des syndicats qui verraient derrière ces montants un gouvernement en piteux état qui mérite la compassion et donc l’accompagnement de tous et de toutes. Ceux ou celles dont leur moral a le poids d’un kilogramme de coton, peuvent diminuer d’ardeur syndicale si ce n’est encourager leurs camarades de lutte ou dirigeants syndicaux à comprendre la situation de l’Etat et à mettre de l’eau dans leur vin. Les plus impulsifs de cette catégorie de militants pourraient même quitter les syndicats et déclencher une guerre contre leurs camarades d’hier. D’un autre côté, les doléances chiffrées à coups de milliards de nos francs le tout dans un contexte dit de marasme économique jette les organisations en mouvement en pâture. Et en ces temps durs, les populations ne pourraient plus donner leur caution à la lutte et bonjour la vindicte populaire.

En résumé, il n’est point de trop de dire que notre Ecole se meurt sous le poids insupportable des politiques hasardeuses, périlleuses et impérialistes. Privatisée dès sa naissance et toujours sous domination, « notre école » ne pourra nullement décoller quelle que soit la potion magique que les spécialistes d’aujourd’hui lui appliqueraient. Le dire n’est point du fatalisme. C’est un fait. La crise éducative au Burkina Faso est hautement structurelle et en aucune façon une solution conjoncturelle ne saurait être une panacée. Mais cela ne veut pas dire que les luttes des syndicats n’ont pas de sens. Bien au contraire. Les moyens humains, matériels et financiers existent à l’interne pour redorer le blason après ces multiples réformes alchimiques et dévastatrices en termes de rendement. C’est dire qu’après la satisfaction de la PFR de la CNSE, la flamme de la lutte doit rester longtemps allumée non pas au niveau des acteurs de l’éducation seulement mais avec tout le peuple. Pour nous, ce ne sera qu’après un sursaut émancipateur d’ensemble où la CNSE et le peuple burkinabè tout entier opérera un changement politique véritable que l’écheveau éducatif sera définitivement démêlé. Pour cela, il n’y a aucun doute que notre pays est sur une bonne voie. La dynamique populaire de 1966 à 2018 en passant par celles de 1975, 1998, 2011, 2014 et 2015 auréolée du mouvement de la CNSE confirme ce fait. Avant de boucler cet écrit qui, pour nous est une contribution à l’information et à la formation, il nous plaît de partager cette pensée de Platon : « (…). Quand on lui a donné une bonne éducation l’homme est d’ordinaire d’un tempérament paisible. Par contre, quand on lui a donné une mauvaise éducation, il peut devenir  l’être le plus sauvage de tous ceux que produit la terre. Voilà pourquoi le législateur ne doit pas tolérer que l’éducation de la jeunesse passe au second plan. Et comme il doit au contraire considérer comme une priorité essentielle que tous les éducateurs soient bien choisis, il veillera à les sélectionner chez les meilleurs parmi tous les citoyens de l’Etat. Et ce sont eux qu’il chargera d’éduquer la jeunesse »  Platon, Les Lois VI 766. A bon entendeur, salut !

Zakaria GUENGANE

Elève Conseiller pédagogique de l’enseignement secondaire, option : anglais à l’Ecole normale supérieure de l’Université Norbert ZONGO ;

Ecrivain et militant de la CGT-B/F-SYNTER et de l’ODJ.

Email : [email protected]  


[1] Toutes ces informations sont tirées du Traité Constitutif (modifié) de l’uemoa et du rapport final de « l’Etude sur la définition du concept et du contenu de la masse salariale au sein des Etats membres de l’UEMOA commanditée par l’UEMOA et exécutée par le Cabinet d’Etudes Connaissance et Développement du Consultant international, Ousmane Ouédraogo ; juillet 2011.

[2] Etude sur la définition du concept et du contenu de la masse salariale au sein des Etats membres de l’UEMOA commanditée par l’UEMOA et exécutée par le Cabinet d’Etudes Connaissance et Développement du Consultant international, Ousmane Ouédraogo ; juillet 2011

[3] Lire Journal Officiel (français) Sénat du 10 mars 1994.

[4] Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale. La Cemac est pour la BCEAC ce que l’Uemoa est pour la BCEAO. 

[5] Banque centrale des Etats de l’Afrique centrale avec pour siège à Yaoudé au Cameroun.

[6] Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest avec pour siège à Dakar au Sénégal.



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