Kounkoufouanou : Accalmie et inquiétude

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Pendant que Moussa Diabouga retraçait le malheur des siens lors du déguerpissement des habitants de Kounkoufouanou en juin 2015, du coin de ses yeux, sous ses lunettes de soleil, il tentait de chasser les larmes qui, contre son gré, apparaissaient et trahissaient la sérénité dont son visage s’efforçait de faire montre. Mais bien avant de tendre son micro à M. Diabouga, plusieurs femmes ont témoigné. Faute de Centre de santé à proximité, elles font le voyage sur Natiaboani à 27 kilomètres  de Kounkoufouanou pour donner la vie. C’est le périple d’une des femmes qui a accouché de triplet en fin décembre 2017, une qui a failli perdre la vie en voulant la donner, qui a le plus fragilisé le cœur de notre confrère d’une des radios du Burkina. Il n’a pas pu contenir ses larmes le 1er février 2018, quand nous sommes retournés à Kounkoufouanou, localité située à près de 70 Kilomètres de Fada N’Gourma, pour constater l’évolution de la situation.    

  • Paul Kaba Thiéba, Premier ministre : « Je vais immédiatement demander un rapport au ministre en charge des mines et au ministre en charge de l’Administration territoriale pour faire le point sur cette affaire qui me semble être sérieuse» (le lundi 19 juin 2017)
  • Roch Kaboré, Président du Faso : « Des instructions ont été données aux différents ministères pour que nous puissions nous atteler à trouver des solutions» (le samedi 22 juillet 2017)

Depuis le passage d’un groupe de journalistes pour « commémorer » en juin 2017, le deuxième anniversaire du déguerpissement de Kounkoufouanou, et les différentes interpellations de la presse à l’endroit des premiers responsables du Burkina Faso, les deux réactions susmentionnées ont été constatées. Dans la foulée de celles-ci, le mercredi 06 septembre 2017, le ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation a fait en Conseil des ministres, une communication relative à la situation qui prévaut à Kounkoufouanou et un rapport avait été demandé.  

Depuis, le silence a pris place. Le rapport serait-il en phase de rédaction ? Pour sûr, les différentes incursions d’éléments des Forces de l’ordre dans la zone pour intimer aux populations de quitter les lieux ont cessé. L’exploitation de l’or, que les habitants prennent pour la raison de leurs déboires, a cessé. Aucun permis d’exploitation n’y est en vigueur, nous avait rassuré la Direction générale du cadastre minier en décembre 2017.

A Kounkoufouanou, qui signifie la rivière aux tortues en Gourmantchéma, le calme est revenu, mais l’inquiétude des locataires des lieux demeure. Le 1er février 2018, quand nous sommes revenus dans cette localité, en lieu et place du grand tamarinier du village, vieux, vieilles et enfants nous ont accueillis sous les manguiers alors que le soleil rejoignait le zénith. Les visages scintillaient d’espoir. Encore une fois, « ceux qui posent des questions au Président » sont là pour les écouter.

Vidéo – Retour sur l’histoire des « indésirables » de Kounkoufouanou

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Un tour au village permet de constater que la vie reprend. Les étales n’attendent que les clients et les cabarets ont déjà les leurs. Les cases poussent au rythme du retour les « indésirables » de 2015. Les forages qui, jadis, soufraient d’abandon, ont repris fonction. Actuellement, ils sont quatre à abreuver Hommes et animaux. Avec les différentes réactions des autorités, l’accalmie règne sur les rives de la rivière aux tortues mais la peur demeure. Et les villageois demandent que leur situation soit bien définie. « La saison hivernale approche. Allons-nous partir et où allons-nous aller ? Si nous n’avons pas de situation claire, nous ne serons pas tranquilles », tranche Yarga Kibouga.

Depuis les événements de 2015, il y a eu des pertes en vies humaines et de nombreux dégâts avaient été enregistrés. Au nombre de ceux-ci, l’école, la seule du village et construite par l’Etat avait fermé ses portes. Le souhait des habitants, c’est de réparer ce qui peut l’être.

« Nous souhaitons que, détaille Tindano Limaba, ce qui peut être réparé le soit pour que nous retrouvons la paix et la quiétude. Nous voulons que le gouvernement cherche des solutions pour réparer les dégâts engendrés par l’opération de déguerpissement pour que les enfants puissent reprendre le chemin de l’école et accéder aux soins de santé ».

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L’école de Kounkoufouanou qui comptait près de 150 élèves en 2015 n’est plus fonctionnelle, laissant les bambins à eux. Les plus chanceux ont rejoint les villes et villages voisins pour poursuivre les études, alors que les autres se sont rendus sur les sites d’orpaillage et le peu d’instruction engrangée lors des années de classe s’est peu à peu dissipée derrière les jours passés à garder les bœufs ou à racler les champs.

Devant nous, après un petit cri de rassemblement, près d’une centaine d’enfants se sont présentés au milieu de l’assemblée. Aucun n’alignait deux mots en français et ceux qui étaient à l’école n’en retrouvaient aucun. Yacouba Lalgo est de ceux-ci. Il était en classe de CE1 lors des événements et dit, avec un visage marmoréen, être impatient que l’école rouvre pour qu’il puisse retrouver les bancs.  

Vidéo – Maternité à Kounkoufouanou : Le calvaire de celles qui veulent donner la vie

Le Centre de santé le plus proche de Kounkoufouanou se trouve à Natiaboani avec une distance de 27 kilomètres à parcourir. Les femmes en travail sont obligées d’y aller pour accoucher ou de rester chez elles, avec d’énormes risques. Dans cette vidéo, Tindano Limaba en dit plus.

 

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Au milieu des manguiers, chacun veut prendre la parole pour relater son vécu, passer son message pour qu’il soit transmis aux autorités du pays. Du lot, Alassane Kanazoé s’est dressé avec son boubou. La voix haute et intelligible, dans un mooré marqué par ses longues années passées dans cette contrée où les différentes langues se côtoient, Alassane Kanazoé, natif de Boulsa dit que « si [ses] yeux n’avaient pas vu ce qui s’est passé en 2015, [il] n’allait jamais croire qu’un Burkinabè pouvait faire ce mal à un autre Burkinabè »

Ce qu’il a vu lui aurait donné la chair de poule. Son seul appel, que les autorités se penchent sur leur problème parce que, dit-il, « nous sommes aussi des Burkinabè » qui ont pour seule activité, l’agriculture. « Nous n’avons pas de compte bancaire, ni de salaire. L’agriculture est notre seule source de revenu». Le mois de février a déjà entamé sa marche et d’ici quelques mois, la saison des pluies s’installera. Pour éviter d’autres désagréments, les habitants de Kounkoufouanou demandent une clarification de leur situation. « Si nous n’arrivons pas cultiver la saison prochaine, c’est comme si on nous avait encore chassés », insiste le natif de Boulsa installé à Kounkoufouanou depuis 30 ans.

Lire 👉 Kounkoufouanou ou les oubliés de la guerre des terres

Le même message a été entériné par Moussa Diabouga, l’un des porte-paroles de la communauté qui se rappelle très bien de la date et de la réaction du Président du Faso, Roch Kaboré. L’histoire du village est la sienne. « On nous a oubliés. On va rester à Kounkoufouanou pour toujours ? On ne sait pas ! C’est ce qui nous fait peur », soutient-il. Sa seule attente c’est que Kounkoufouanou soit érigé en village pour que et les 7.000 personnes qui y résidaient avant le déguerpissement de juin 2015, reviennent. « Nous voulons que le Président dise que maintenant, Kounkoufouanou est un village », escompte Moussa Diabouga.

Yacouba Lalgo n’a esquissé aucun sourire durant tout l’entretien – Burkina 24

Ignace Ismaël NABOLE

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Ignace Ismaël NABOLE

Journaliste reporter d'images (JRI).

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