Pr Seyni Ouédraogo : « Il est bon que des Burkinabè écrivent l’histoire des Burkinabè »

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Avec « Le Général Gilbert Diendéré parle », Serge Atiana Oulon a réussi à entrer en contact avec l’homme « présenté comme la boite noire » de l’ère Blaise Compaoré. Présent à la dédicace de l’œuvre ce 22 février 2018, le ministre de la fonction publique s’est prononcé sur cet ouvrage scientifique écrit par un Burkinabè.

Germain Bitou Nama, qui a présenté l’œuvre avant de laisser son auteur répondre aux questions,  a déclaré être « toujours impressionné par la qualité des articles d’investigations » de Serge Atiana Oulon. Des articles qui sont « remarquables par la rigueur de l’enquête ». Pour le directeur de publication du journal L’Evénement, qui avoue n’avoir « pas eu le même courage », voit en Serge Atiana Oulon, « une personnalité ne serait-ce que pour avoir approché la grande personnalité qui est le général Diendéré »,  « présenté comme la boite noire du régime ».

L’idée d’écrire « Le Général Gilbert Diendéré parle » a germé « juste après » l’insurrection, confie Serge Oulon. Derrière son choix se cache la volonté de « pouvoir laisser des ouvrages pour l’histoire ». Ce qui nécessitait d’entrer en contact avec des personnages clés de l’appareil d’Etat. « Après le départ de Blaise Compaoré, il y avait cette nécessité de pouvoir laisser quelque chose (…). Après observation et échanges avec un certain nombre de personnes, il s’agissait du défunt Salifou Diallo  et du général Gilbert Diendéré ».

Le choix s’est tout d’abord porté sur cet homme autour de qui « il y a tout un mythe». L’auteur prévoyait de s’intéresser également au défunt président de l’Assemblée nationale. Le rendez-vous fixé n’a finalement pas eu lieu. La recherche de l’équilibre dans le traitement de l’information (démarche journalistique) l’a poussé à  approcher le général pour lui faire la proposition. Il a ainsi donné la parole « à ceux-là qui ne parlent pas du tout (afin) de pouvoir avoir leur version »,  rencontré « ceux qui applaudissent le général Gilbert Diendéré ou ceux qui ne veulent pas entendre son nom ». Le but, dit-il, « ce n’est pas fait pour lui plaire ou lui déplaire » mais « pour l’histoire ».

Le ministre de la fonction publique, constitutionnaliste, enseignant à la faculté de droit de l’université Ouaga II, était présent à la dédicace du livre. Le Pr Seyni Ouédraogo ne fait pas fi de la démarche scientifique de l’auteur : « On ne peut que saluer le courage de l’auteur qui s’est adonné à une activité scientifique assez difficile, c’est-à-dire avoir un lien avec celui qui est au cœur de votre écrit. La question de la neutralité, de l’impartialité entre l’objet d’étude et son auteur peut être difficile. J’espère que l’auteur aura pu réussir cette neutralité axiologique qu’il faut dans tout oeuvre scientifique ».

Le Pr Seyni Ouédraogo (costume, premier plan) échangeant avec Germain Bitou Nama (à sa gauche) et d’autres personnalités présentes au centre de presse pour la dédicace

« Le Général Gilbert Diendéré parle » est plein d’interrogations qui n’ont certes pas toutes des réponses. Ou du moins, pas des affirmations auxquelles peuvent s’attendre certains lecteurs. En effet, observe Germain Nama, «  il y a ce que le général ne dit pas. Les crimes qui ont été commis et qu’on lui fait endosser [qu’] il rejette d’un revers de main. C’est intéressant qu’il le dise, analyse le journaliste pétri d’expérience. Que Diendéré dise qu’il n’a rien à voir, ça ouvre des pistes. L’auteur ne les développe pas mais pour des gens qui sont attentifs, des observateurs de la scène nationale, ce sont des indications qui sont précieuses ».

Le secrétaire général de l’Association des journalistes du Burkina Boukari Ouoba félicite l’auteur qui a franchi le pas en allant au-delà de l’écriture de l’histoire au quotidien pour produire ce livre dont « le titre suffit, parce que c’est quelqu’un qui n’a pas l’habitude de parler ». Il encourage ses autres confrères à en faire autant.

Il n’est pas seul à apprécier que son compatriote ait produit cet ouvrage.  Le Pr Seyni Ouédraogo a « vu évoluer » le journaliste Serge Atiana Oulon qui « a montré sa capacité à produire des œuvres de grand qualité, à la Radio Liberté mais également à travers ses investigations assez nourries, fouillées ». Il se réjouit de le voir franchir le pas pour écrire un ouvrage qui « nous permet de saisir un pan important de l’histoire politique de notre pays ». De même, a-t-il poursuivi, « il est bon que des jeunes Burkinabè écrivent l’histoire des Burkinabè ».

Cette observation cache l’intérêt de chercheurs étrangers à l’histoire du pays plus que ne le font les Burkinabè eux-mêmes.  Le Pr Ouédraogo confie avoir reçu à Ouagadougou un étudiant qui est venu de Bordeaux pour travailler sur les récents événements qu’a connus le Burkina Faso. « Quand un Burkinabè, qui a lui-même été acteur de ces événements, décide de consacrer une réflexion à ces événements, justifie-t-il, vous ne pouvez que saluer l’initiative et  venir l’encourager. »

Oui Koueta

Burkina24

 



Oui Koueta

'The vitality of a country can also be measured through that of its journalists'

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