Le Premier ministre devant le Parlement : L’intégralité de son discours

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Le Premier ministre (PM), Paul Kaba Thiéba, a prononcé ce jeudi 12 avril 2018 son discours sur la situation nationale devant les députés, en présence de plusieurs membres de son gouvernement et des présidents d’institutions. L’intégralité du discours.

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Monsieur le Président,

Honorables Députés,

Mesdames et messieurs,

L’honneur me revient à nouveau de me présenter devant vous pour m’acquitter du devoir qui m’incombe, en tant que chef du Gouvernement, de prononcer le discours sur la situation de la Nation, conformément aux dispositions de l’article 109 de notre Constitution.


Comme vous le savez, le 31 janvier dernier, il a plu à Son Excellence Monsieur Roch Marc Christian KABORE, Président du Faso, de me reconduire à la tête du Gouvernement du Burkina Faso pour mettre en œuvre le PNDES, mettre fin à la pauvreté et placer notre pays sur une trajectoire de croissance forte durable et inclusive.

Vous comprendrez, dès lors, que mes premiers mots devant la représentation nationale, soient d’exprimer toute ma gratitude et ma reconnaissance au Chef de l’État pour sa confiance renouvelée. C’est une grâce divine, c’est un sacerdoce que d’avoir l’opportunité de servir son pays à un niveau aussi élevé. 
Le Président du Faso est un homme d’Etat, un patriote, un homme d’épaisseur auprès duquel c’est un privilège que d’avoir la possibilité de servir son pays.

Monsieur le Président,
Honorables députés;


En pénétrant dans cet hémicycle, j’ai immédiatement ressenti l’absence de celui qui nous manque tant, celui qui l’année dernière encore avait présidé cette cérémonie. Hélas, le 19 août 2017, il nous a quittés. Notre pays a précocement perdu l’un de ses fils les plus valeureux, le Dr Salifou DIALLO, à un moment où nous avions encore tant besoin de lui pour remporter avec notre peuple de nouvelles batailles sur le front de la construction nationale. En effet, Salifou DIALLO a été un exemple d’engagement constant pour la justice sociale, la liberté, la démocratie et la paix. Permettez-moi de saluer du haut de cette tribune, sa mémoire. Je ne doute point, Monsieur le Président, de votre détermination à poursuivre son combat.

Monsieur le Président, honorables députés,


Durant l’année écoulée, notre pays a été durement éprouvé par les attaques terroristes au cours desquelles nous avons encore perdu de nombreuses vies humaines. Au nom du Gouvernement et à mon nom propre, je voudrais exprimer ma solidarité et ma compassion à toutes les victimes de ces lâches agressions contre notre peuple. 
Pour honorer la mémoire de Docteur Salifou DIALLO et de celle des victimes du terrorisme, je vous invite à observer une minute de silence.

****Je vous remercie****

S’agissant de la guerre que nous imposent les terroristes, je voudrais inviter tous les burkinabè à l’union sacrée pour défendre la mère patrie que nos ancêtres nous ont léguée et que nous avons le devoir de transmettre aux générations futures. Nous devons transcender nos émotions, nos différences partisanes pour préserver l’essentiel, à savoir, la liberté, la démocratie, l’amour de la patrie, notre souveraineté.
Ce combat n’est pas uniquement celui des Forces de défense et de sécurité. C’est le combat de tous les Burkinabè, jeunes et moins jeunes, de toutes les régions, de toutes les confessions. Chacun doit contribuer par ses moyens à démasquer les terroristes en coopérant avec les Forces de défense et de sécurité pour neutraliser ces ennemis de notre peuple, ces ennemis de notre vivre ensemble et de la paix.
Le peuple burkinabé n’a jamais fléchi devant l’adversité et il ne fléchira jamais. C’est le lieu pour moi de saluer en particulier la bravoure et le professionnalisme de nos forces de défense et de sécurité et de tous ceux qui participent courageusement à la défense de la patrie.

Excellence Monsieur le Président,


Le 8 septembre 2017, vous avez été porté à la tête de notre Parlement.
Votre sens élevé du devoir et de l’écoute, votre attachement profond aux valeurs républicaines, vous permettront, j’en suis convaincu, d’assumer votre noble et exaltante mission et faire assumer au Parlement, toutes ses responsabilités afin de répondre aux attentes de notre peuple.
Aussi, voudrais-je, en cet instant solennel, vous exprimer mes félicitations pour votre élection et vous formuler tous mes vœux de plein succès dans votre mission. Mes compliments vont aussi aux autres membres du bureau de l’Assemblée qui vous assistent dans cette lourde charge et à l’ensemble des honorables députés.

Excellence Monsieur le Président,
Honorables Députés,


Mon message central devant vous ce matin est un message de confiance en l’avenir de notre peuple car le Burkina nouveau est en marche. 
Le Burkina est en marche car nous avons préservé et consolidé nos valeurs fondamentales, la liberté, la démocratie, la justice et approfondi l’état de droit et les droits humains.
Le Burkina est en marche vers le progrès car mon Gouvernement met en œuvre une politique de rupture en luttant contre les inégalités sociales et la corruption. 
Notre pays est sur la voie de l’émergence car, avec l’opérationnalisation du PNDES, le taux de croissance de l’économie nationale devrait s’amplifier en 2018, en 2019 et en 2020. Notre économie nationale en affichant une performance 6,7% en 2017 a déjà renoué avec un taux de croissance au niveau du potentiel, ce qui permettra sur la durée, de mettre fin à la pauvreté et d’élever substantiellement le niveau de vie des burkinabè. Pour mémoire, le taux de croissance de la richesse nationale était ressorti en 2016 à 5,9% et à 4,0% en 2015.
Le PNDES est notre boussole, notre espérance et notre guide pour sortir notre pays de la pauvreté et le placer sur le sentier de l’émergence. Le PNDES est notre instrument pour bâtir avec le peuple, un modèle économique et social fondé sur la création de richesses, la création d’emplois pour les jeunes et les femmes, tout en assurant pour tous l’égalité d’accès à la santé et à l’éducation.
La mise en œuvre réussie de la gratuité des soins pour les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans est l’illustration de cette volonté politique forte de mon Gouvernement. Elle sera amplifiée dès cette année et progressivement durant le reste du quinquennat par l’opérationnalisation de l’Assurance Maladie Universelle en faveur de tous les burkinabè.
La mise en œuvre réussie du PNDES requiert cependant de notre part la constance dans l’effort pour relever deux défis majeurs : la lutte contre le terrorisme et l’approfondissement de la cohésion sociale.
Oui, plus que jamais nous devons rester unis et déterminés pour éradiquer le terrorisme qui constitue une grave menace pour notre sécurité nationale. Il y a à peine quelques semaines, notre capitale a été ensanglantée par des attaques d’une violence inouïe. Les locaux de l’Etat-major de notre armée nationale ont été attaqués en même temps que ceux de l’Ambassade de France. La symbolique de ces attaques et leur mode opératoire nous commandent d’adapter notre doctrine, notre stratégie et nos moyens à l’évolution de la menace. Ce travail est d’ores et déjà en cours.
Conformément à la politique définie par le Président du Faso, la réponse de mon Gouvernement à la question du terrorisme repose sur deux piliers à savoir une approche purement sécuritaire et une approche centrée sur la lutte contre la pauvreté.
S’agissant du premier pilier de notre stratégie, je puis vous assurer que le Gouvernement a pris les mesures idoines pour renforcer les capacités opérationnelles et logistiques de nos forces de défense et de sécurité. 
En ce qui concerne le second pilier de notre politique, repose sur notre capacité à couper les terroristes de leurs bases sociales. C’est pourquoi, nous avons mis en œuvre le Plan d’Urgence du Sahel (PUS) ; ce plan, doté d’un montant total de 445 milliards de FCFA sur quatre ans, permettra d’accélérer la lutte contre la pauvreté dans cette région de notre pays et de réduire considérablement la vulnérabilité des populations à l’extrémisme violent provoqué notamment par des discours religieux radicaux. Au demeurant, comme je l’ai indiqué précédemment, la meilleure réponse au terrorisme c’est notre unité, notre détermination commune à préserver notre vivre ensemble. Tous les Burkinabé doivent se sentir concernés par cette lutte et coopérer avec les forces de défense et de sécurité. Le mot d’ordre est « zéro sanctuaire pour les terroristes au Burkina Faso ».

Le second défi majeur auquel notre peuple est confronté est la cohésion sociale mise à mal, entre autres, par la multiplication des mouvements sociaux et des revendications salariales qui menacent gravement notre équilibre macro-économique et notre capacité à dégager les ressources internes pour assurer le financement du PNDES conformément au schéma initial.

C’est dans le but de renforcer la cohésion sociale que mon Gouvernement a créé le Haut Conseil pour le Dialogue social. C’est également dans ce but que, conformément aux instructions du Président du Faso, mon Gouvernement a lancé le 28 février 2018 dernier la conférence sur la réforme du système de rémunération des agents publics de l’Etat. Cette conférence dont les travaux sont en cours, vise deux principaux objectifs.

Le premier consiste à formuler des propositions de nature à assurer la viabilité du cadre macro-économique du pays en réduisant le rythme d’évolution des dépenses courantes singulièrement celles de la masse salariale.

En effet, l’analyse des données révèle une forte évolution des dépenses en personnel depuis quelques années. Elles sont passées ainsi de 332,34 milliards en 2012 à 618 milliards en 2017, soit une variation de près de 86%. En tenant compte de la hausse des prix, il ressort que les dépense en personnel ont augmenté à un taux annuel de 11,72% entre 2012 et 2017. Or, sur la même période, la richesse nationale en termes réels mesurée par le PIB réel n’a augmenté en moyenne que de 5,4% par an.

Plus récemment, nous avons enregistré des taux de croissance annuelle des dépenses en personnel de 18,33% en 2016 et de 11,55% en 2017. 
Sous l’effet de cette évolution, les dépenses courantes se sont également accrues s’établissant à plus de 61,3% des dépenses budgétaires totales en 2017 après 67,2% en 2016. Corrélativement, les dépenses de personnel absorbent de plus en plus l’essentiel des recettes fiscales de l’Etat, soit 50% en 2017, 51,6% en 2016 et 50,4% en 2015.

Ce rythme d’expansion des dépenses salariales et des dépenses courantes relativement à la richesse nationale est tout simplement insoutenable à terme car elle réduit la compétitivité de l’économie nationale tout en privant l’Etat des ressources nécessaires au financement propre des investissements prévus dans le PNDES en vue de sortir notre pays de la pauvreté.

Le second objectif de cette conférence nationale vise à réconcilier les burkinabè avec leur fonction publique en rétablissant les fondements d’équité, de justice, de mérite et d’égalité. Il est temps de mener une réflexion collective sur la multiplication effrénée des statuts autonomes, des disparités de traitement entre les agents et des « maquis » des primes et autres fonds communs sources de tant de frustrations entre fonctionnaires.

Mon Gouvernement, fidèle à sa méthode a engagé ce dialogue avec les organisations des travailleurs et les forces vives dans l’intérêt national, dans un esprit participatif en vue de soutenir l’effort d’investissement nécessaire pour placer notre pays sur une trajectoire d’émergence.
Honorables Députés,
Permettez-moi de vous adresser mes félicitations pour la qualité du travail réalisé par notre Parlement au cours de l’année écoulée. En agissant ainsi, vous assumez pleinement la place qui est la vôtre au sein des institutions et contribuez à l’efficacité de notre démocratie. 
Vous avez institué plusieurs commissions d’enquêtes parlementaires qui ont produit de précieux rapports sur :
-  le foncier urbain ; 
-  les mines ;
-  le système de santé ;
-  le système éducatif.
Mon Gouvernement s’attèle à la mise en œuvre des recommandations formulées par ces Commissions d’Enquêtes Parlementaires. Ainsi, avec vos précieuses contributions nous parviendrons à rompre définitivement avec les mauvaises pratiques et assainir la gestion dans ces domaines importants. 
En ce qui concerne le rapport produit sur le foncier urbain, mon gouvernement a d’une part pris des mesures conservatoires et d’autre part mis en place, par décret, une commission interministérielle ad’hoc chargée de l’apurement du passif du foncier urbain.
Les mesures conservatoires ont concerné principalement :
-  le retrait des agréments des promoteurs immobiliers ;
-  le maintien de la mesure de suspension des lotissements ;
-  la notification aux promoteurs immobiliers des taxes dues.
Quant à la commission interministérielle, elle a identifié, de concert avec tous les acteurs, les actions à mettre en œuvre qui feront l’objet d’un rapport assorti d’un plan opérationnel. Ce rapport sera transmis au conseil des ministres pour décision.

S’agissant de l’enquête sur le secteur minier, plus de 70 % des recommandations ont déjà été mises en œuvre. 
Concernant le secteur de la santé, près de 82% des recommandations ont déjà été mises en œuvre. 
Dans le domaine du système éducatif, 23,3% des recommandations ont déjà été mises en œuvre.

Monsieur le Président ;
Honorables Députés;


Comme indiqué précédemment, l’action de mon Gouvernement s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre du PNDES qui s’inspire de la vision et des engagements du Président du Faso vis-à-vis du peuple.
A cet égard, la politique mise en œuvre par mon Gouvernement est cohérente avec les trois piliers centraux du PNDES :
-  réformer les institutions et moderniser l’administration ;
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