Théâtre : Bienvenue à « Kalakuta republik » !

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« Kalakuta republik », nom du lieu de résidence de l’artiste nigérian Féla Kuti, une forteresse battie pour se protéger et dont il disait être une république libre à l’intérieur de Lagos. « Kalakuta Republik », c’est aussi la dénomination du spectacle de danse de Aimé Serge Coulibaly et « Faso danse théâtre » présenté ce 11 mai 2018 au CENASA à Ouagadougou.

« Kalakuta republik », danse sur la musique essentiellement de Fela Kuti, célèbre chanteur, saxophoniste nigérian et précurseur de l’afrobeat, ne relate pas l’œuvre ou la vie de l’artiste, ni ne reproduit sa danse. Si elle l’évoque, c’est pour s’inspirer de l’artiste, de son combat, de sa soif de liberté.

Pour Serges Aimé Coulibaly, l’emprunt du nom de son domaine est une manière de laisser libre cours à sa pensée, sa folie et à celle des danseurs et créateurs qui l’entourent.

« Kulakuta republik » est donc une manière d’évoquer Fela mais aussi une manière d’évoquer la liberté de travailler, de créer, d’être humain et donner la liberté à ce qu’on a envie de faire », dit-il.

Mais comme Fela, son art se veut un rempart à toute forme d’injustice, d’oppression. Sa recherche artistique lui a valu plusieurs voyages au Nigéria pour explorer la vie de l’artiste, visiter le domaine devenu un musée.

Spectacle engagé socialement, politiquement, économiquement, l’artiste parle des êtres humains, de leurs préoccupations aujourd’hui et s’interroge à travers l’art et avec cette envie de « donner sur scène quelque chose qui fait réfléchir les gens, qui les bouscule, les touche à des endroits sans qu’ils ne sachent forcement pourquoi ».

Dans une première partie du spectacle, il met en scène un monde qui s’interroge sur la responsabilité des citoyens avec la danse des corps, des gestuelles, des images en fond de scène de drones qui bombardent les gens, des explosions, des ruines de maisons, des gens qui marchent.

Une recherche artistique qui laisse passer le message  pour les « novices » du langage du corps et captive son spectateur.

« Notre responsabilité, explique l’artiste, est engagée parce que ceux qui prennent ces décisions, d’une manière ou d’une autre, nous en tant que citoyens, c’est nous qui les mettons au pouvoir aussi. Donc que ce soit nous Burkinabè, nous sommes responsables de la faillite de l’Etat parce que c’est nous qui avons élu ces gens-là. Il y a la responsabilité de l’individu et du dirigeant aussi ».

Puis dans un décor féérique aux allures de boîtes de nuits, qui rappelle le « Shrine » de Fela avec toujours des tissus blancs qui servent d’écrans géants sur lesquels défilent des messages, « All that gliters is not gold » (Tout ce qui brille n’est pas de l’or) pouvait-on lire en surtitre.  Intervient par la suite un désordre mêlé de danse, chant et parole.

« Nous avons peur, peur de nous battre pour la justice, peur de nous battre pour la liberté, pour nos enfants, pour le bonheur », récite le chorégraphe visage peint d’un côté en blanc  dans « un bordel » organisé sur la scène.

Un rappel selon lui du rôle de l’artiste dans la société qui doit dans un chaos  trouver de la poésie et ouvrir des fenêtres qui permettent au spectateur d’intégrer, d’embarquer dans son monde. Et c’est chose faite, lui régnant en chef d’orchestre avec les six danseurs qui tiennent le public en haleine durant 1h 20 mn dans une énergie tantôt guerrière, tantôt sensuelle. Les danseuses sur les épaules des hommes traversent le public puis standing ovation du public pour ces artistes.

Le spectacle dont l’avant-première a eu lieu dans son pays d’origine, le Burkina à la triennale « Danse,  l’Afrique danse » en 2016, a été finalisé à Bruxelles en Belgique et  a commencé une grande tournée avec une programmation jusqu’en juin 2019.

Serges Aimé Coulibaly, chorégraphe burkinabè

Après une soixantaine de représentations dans le monde, il marque un arrêt à la maison. Un acte patriotique pour l’artiste qui n’a pas manqué de dénoncer les conditions dans lesquelles travaillent les artistes au pays.

« Ailleurs, on paie vos spectacles, on vous met dans de grands hôtels, on vous trouve tout. Mais ici, on paie pour jouer, on paie nos billets, on réserve la salle, et on invite les gens pour qu’ils regardent le spectacle », a-t-il déploré.

Il dit vouloir montrer son travail au public burkinabè vu l’impact du spectacle un peu partout dans le monde mais en réalité, ce n’est qu’une version adaptée aux conditions matérielles qui sera servie.

« Vous avez vu une version qui n’est pas la version avec laquelle on tourne parce que aussi il y a le plateau qui n’est pas adapté, la lumière insuffisante. Mais on a essayé de faire le maximum pour que le public puisse voir au plus près ce que d’autres voient ailleurs dans le monde ».

Après Ouaga, c’est Bobo-Dioulasso sa ville qui accueille le spectacle ce 12 mai 2018.

Revelyn SOME

Burkina24

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