Engrais et semences : Le SYNATRAG dénonce « un détournement massif »

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La grogne des syndicats se poursuit au Burkina Faso. Cette fois-ci, c’est le Syndicat national des travailleurs de l’agriculture (SYNATRAG) qui vient à la charge contre le détournement d’intrants et la « mauvaise gestion » qu’il dit constater au sein du ministère de l’Agriculture et des aménagements hydrauliques (MAAH). Le SYNATRAG, pour le moment, n’annonce pas de mouvement de grève. Il l’a fait savoir le jeudi 21 juin 2018 à Ouagadougou.

L’une des actions phares de la politique agricole du ministère de l’Agriculture et des aménagements hydrauliques (MAAH) est la subvention et la disponibilisation des intrants aux producteurs. Pour la campagne humide qui débute, selon le Syndicat national des travailleurs de l’agriculture (SYNATRAG), l’accompagnement prévu est composé de 7.000 tonnes de semences sèches contre plus 90.000 tonnes de besoin, 16.000 tonnes d’engrais contre plus de 1.000.000 tonnes de besoin.

« Un mauvais départ…»

Jugeant cette dotation insuffisante, le SYNATRAG a manifesté son insatisfaction et doute de l’impact des intrants dans l’atteinte des objectifs de production. Selon Der Richard Somé, secrétaire général du Syndicat des travailleurs de l’agriculture, cette insuffisance « constitue un mauvais départ dont la destination et l’arrivée sont douteuses voire catastrophiques ».

Par ailleurs, l’opération de distribution des intrants agricoles à prix subventionné connait des remous depuis 2008. D’abord confiée aux agents d’agriculture, de 2009 à 2011, la distribution de ces intrants avait été du ressort des collectivités locales (mairies) avant d’être encore remise aux mains des agents en 2012 après « un bilan désastreux » de la gestion par les mairies. L’année suivante, un contrat est signé entre l’Etat et l’Association des grossistes et détaillants d’intrants agricoles (AGRODIA) et la Coopérative de commercialisation des intrants et matériels agricoles (CACIMA). En 2015, poursuit Der Richard Somé, « ce sont les agents d’agriculture qui sont encore appelés à la rescousse » après une « gestion désastreuse » des deux structures privées.

La distribution étant désormais dévolue aux agents, ces derniers, dans une plateforme minimale d’action, ont exigé la sécurisation des magasins et l’octroi de frais de carburant et de communication aux agents pour l’opération. Engagement a alors été pris par le ministère pour satisfaction. Mais « aucun engagement n’a été respecté jusqu’à nos jours », fait remarquer Der Richard Somé. Face au refus des agents d’assurer la distribution sans satisfaction de leur requête, la répartition des intrants a été confiée une fois de plus aux mairies. Le SYNATRAG dénonce ainsi « une politisation de l’opération de distribution des intrants par le ministre Jacob Ouédraogo ».

« Un détournement massif … »

Outre ces faits, les travailleurs de l’agriculture dénoncent le détournement des intrants. Selon le syndicat, la subvention concerne uniquement les producteurs vulnérables. Cependant, pour satisfaire les 351 commissions départementales (6 personnes par commission), indique Der Richard Somé, il est offert un kit de semence et un sac d’engrais pour chaque membre, « ce qui coûtera plus de 57 millions de F CFA contre 27 millions annoncés ».

Selon le syndicat, c’est « un détournement massif de 105 tonnes d’engrais, 31 tonnes de semences » au profit de personnes nanties membres des commissions et au détriment de « plus de 1.050 producteurs vulnérables ».

Ignace Ismaël NABOLE

Burkina 24



Ignace Ismaël NABOLE

Journaliste reporter d'images (JRI).

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