« J’accuse l’armée. Ma jeunesse semble être foutue »

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Né le 15 avril 1992, recruté dans l’armée en 2012, admis au sein de l’ex Régiment de sécurité présidentielle (RSP) en 2014 après une formation de 2 ans, il est radié des forces armées nationales en 2016. Actuellement, il purge une peine d’emprisonnement ferme de 10 ans pour son implication dans l’attaque de la poudrière de Yimdi. Pour le présent procès relatif au coup d’Etat de septembre 2015, il est poursuivi pour complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat, meurtre, coups et blessures volontaires et dégradation volontaire aggravée de biens.

A la suite du sergent-chef Aly Sanou, c’est le soldat de 2e classe Soulama Seydou qui a pris place à la barre, le mardi 17 juillet 2018, pour répondre des faits à lui reprochés. Avant de se prononcer sur les griefs qui lui sont imputés, l’accusé a d’abord sollicité l’attention du tribunal pour une requête : « je demande à être jugé par mes paroles et non par des écrits ». Par écrits, l’accusé fait référence aux procès-verbaux d’audition dans lesquels il ne s’y retrouve pas.

« Dans l’armée, il faut se soumettre »

Revenant sur les griefs qui lui sont reprochés, le soldat de 2e classe Soulama Seydou « ne reconnait pas les faits ». Il explique avoir rejoint son unité, le Groupement d’unité d’intervention (GUI) à Naaba Koom II après un appel du Sergent-chef Koussoubé Roger sur demande de son binôme. « Il n’avait pas d’unité dans son téléphone et il a demandé au chef Koussoubé de m’appeler car il ne me voyait pas » alors qu’un rassemblement avait été sonné, retrace le soldat. Après le rassemblement, « on nous a dit de rester au camp et d’être à la disposition des chefs », indique-t-il.

Le 17 septembre 2015, poursuit le soldat Soulama, le sergent-chef Laoko Mohamed Zerbo est venu au camp Naaba Koom II et « a pris trois personnes » dont faisait partie l’accusé. « Il nous a dit que c’est une corvée et de déposer nos kalachs ». L’accusé qui affirme être arrivé à Ouagadougou en 2014 dit ne pas bien maitriser la ville. Néanmoins, il reconnait avoir été des expéditions de Zorgho à la Radio Laafi et au studio Abazon appartenant à Smockey, artiste membre du Balai citoyen. Dans ces deux lieux, le soldat Soulama indique avoir « seulement » été commis à la « surveillance d’un secteur ».

Serein et avec la voix qui porte, l’ex-soldat RSP renie toute implication dans les dégâts qui y ont été constatés. « On est allé chez Smockey. Je ne savais pas que c’était là-bas. Arrivé là-bas, il (le sergent-chef Laoko Mohamed Zerbo) m’a donné un secteur à surveiller (…) je ne sais pas qui a tiré la roquette », narre l’inculpé. Mais le Président du tribunal le relance : « C’est vous qui avez tiré selon des accusés ». La réponse du soldat est immédiate : « c’est leur parole contre ma parole. On pouvait nous confronter pour savoir la vérité », dit-il.  

L’accusé a rejeté en bloc les assertions contenues dans les procès-verbaux. Il nie avoir fait des patrouilles en ville. « Ce que je me reproche peut-être, c’est que j’étais dans le groupe de Zerbo et c’est normal qu’un 2e classe effectue des missions » sous le commandement d’un supérieur. Aussi, indique-t-il, « c’est ici que j’ai appris qu’on peut ne pas exécuter des ordres (…) Dans l’armée, quelle que soit la taille du chef, il faut se soumettre », c’est ce qu’il aurait appris lors de sa formation militaire. Par la suite, le détenu s’est libéré :

« Ma souffrance est intérieure »

« Ça n’allait pas en famille. Je cherchais boulot et j’ai choisi le métier des armes (…). Je n’ai même pas une année de service au RSP (…) J’accuse l’armée. Ma jeunesse semble être foutue. Je n’ai jamais désobéi à un ordre. Quand je suis revenu de la Côte d’ivoire (après le Coup d’Etat, il avait fui le pays car sa vie était menacée selon ses termes, ndlr), l’armée ne m’a pas écouté et j’ai été radié (…). Ma souffrance est intérieure ».

Alors que le Parquet avait la parole pour poursuivre avec ses questions, le président du tribunal note qu’il est l’heure. Pour des raisons de sécurité, les audiences s’estompent à 17h. Rendez-vous est donné aux différents acteurs pour une reprise le mercredi 18 juillet 2018 avec la poursuite de l’interrogatoire du soldat de 2e classe Soulama Seydou.

Lire 👉 Procès du putsch de septembre 2015 au Burkina : L’intégralité

Ignace Ismaël NABOLE

Burkina 24

Ignace Ismaël NABOLE

Journaliste reporter d'images (JRI).

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