Gratuité des soins : Mais, « combien touche un médecin au Burkina ? »

L’Association des journalistes du Burkina (AJB) pose le débat sur la gratuité des soins de santé. L’association a initié une conférence publique à l’endroit des journalistes ce vendredi 3 août 2018 à Ouagadougou. Il ressort à l’issue de cette rencontre d’échanges que même si nombre d’acteurs saluent la mesure de la gratuité des soins, il reste à combler certaines insuffisances qui persistent.

Le gouvernement burkinabè a institué depuis avril 2016 une politique de gratuité des soins pour les  femmes enceintes et les enfants de moins de cinq ans. Cette mesure de gratuité, applaudie par beaucoup d’acteurs, concerne entre autres les grossesses, les accouchements, les césariennes, le dépistage, la prise en charge des cancers du col de l’utérus et du sein, certaines pathologies chez l’enfant de moins de cinq ans.

Comme tout programme opérationnel, il est toujours conseillé de faire des évaluations régulières. Et à chaque rencontre d’évaluation, le gouvernement tire généralement un bilan satisfaisant en égrenant les chiffres de personnes ayant bénéficié de la mesure, en donnant le montant de l’enveloppe financière allouée pour l’effectivité de la mesure, etc. Le Dr Pierre Yaméogo ne dérogera pas à la règle. Il est le Directeur des établissements de santé.

Au cours de la conférence publique initiée ce 3 août 2018 par l’AJB, il a expliqué que la gratuité ne concerne pas uniquement les médicaments qui couvrent juste 70%. Ce panel adressé aux Hommes de médias s’inscrit dans le cadre du Programme de gouvernance économique et participation citoyenne (PGEPC). Il avait pour thème « Gratuité des soins de santé au Burkina : Regards croisés des promoteurs et des bénéficiaires ».

Les personnes vivant avec le VIH et la planification familiale…

Environ 30 milliards de F cfa ont été injectés dans la gratuité des soins au Burkina, a confié Dr Yaméogo, tout en révélant que 304 cas d’irrégularités (rackets, paiements à tort, etc.) ont cependant été observés. « Nous notons une baisse de la mortalité maternelle et infantile à partir de 2016. La mesure de la gratuité bénéficie à plusieurs millions de bénéficiaires. Une extension de la mesure est prévue notamment pour la prise en charge des personnes vivant avec le VIH et la gratuité de la planification familiale », a-t-il indiqué.

Par ailleurs, tout le monde n’a pas le même sentiment au regard des critiques qui fusent, à l’image du Directeur exécutif du Réseau d’Accès aux Médicaments Essentiels (RAME), Simon Kaboré, paneliste membre de la société civile. Ce dernier a salué les efforts fournis par le gouvernement, mais a soulevé plusieurs dysfonctionnements dont la non-disponibilité de certains produits, la prescription systématique d’un médicament comme le Paracétamol quel que soit le mal dont souffre le patient.

Il a terminé par des recommandations qui vont du contrôle effectif de la mesure au renforcement de la veille citoyenne, des sensibilisations, des plaidoyers et des sanctions dissuasives. Le syndicaliste de la santé, Dr Bertrand Meda, va un peu plus loin dans sa logique.

« La majorité des sages-femmes, des obstétriciens, des gynécologues sont à Ouagadougou. Combien touche un médecin au Burkina ? Que fait-on par exemple lorsqu’une pathologie non prise en compte par la mesure de la gratuité entraîne une autre pathologie prise en compte par la mesure ? », autant de questions que ce médecin se pose. D’ailleurs, pour lui, la baisse de la mortalité maternelle, infantile et néonatale ne pourrait être liée à la mesure de la gratuité des soins au Burkina.

Noufou KINDO

Burkina 24



Noufou KINDO

@noufou_kindo s'intéresse aux questions liées au développement inclusif et durable. Il parle Population et Développement.

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