Procès putsch: Un « civil-militaire » inconnu cité par un accusé

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Les auditions se poursuivent au Tribunal militaire, mais ne se ressemblent pas forcément. Celle du Sergent Pagbelem Hamidou aura duré près de dix heures. Suspendue hier dans la soirée, l’audition de l’ex-élément du RSP spécialisé en technique de transmission s’est poursuivie durant toute la journée de ce mercredi 29 août 2018. Les questions fusaient du Parquet militaire et des Parties civiles, poussant l’accusé à lâcher le paquet. Mais, le Sergent s’est montré prudent, même si beaucoup n’ont pas foi en ses dires.

C’est un technicien en transmission, 34 ans, l’air serein, qui était à la barre ce 29 août 2018. Il lui est reproché les faits d’attentat à la sureté de l’Etat, meurtres, coups et blessures volontaires lors du putsch avorté de septembre 2015. L’accusé ayant déjà déroulé hier son programme du 16 septembre 2015, celui du 17 septembre était attendu.

Mais, revenant sur les faits, le 16 septembre, le prévenu reconnaît qu’il a effectué une mission à la radio Oméga. « Nous avons croisé un civil à la radio Oméga. Il m’a brandi sa carte, c’est là que j’ai su qu’il était militaire habillé en tenue civile. Il s’est ensuite présenté en tant que Caporal, mais je ne me souviens plus de son nom. Franchement, je ne le connaissais pas », a relaté le Sergent Pagbelem Hamidou.

Selon ses dires, c’est ce « civil-militaire » qui, suivant ses propres ordres, a débranché les câbles de la radio Oméga. « Il criait : « Coupez ou on brûle tout », se souvient encore le spécialiste transmetteur qui regrette sa seule présence sur les lieux. Jusque-là, l’accusé informe qu’il ignorait qu’il y avait un coup d’Etat. Le 17 septembre, il dit avoir reçu un appel du Capitaine Dao pendant qu’il était à son poste de transmission.

Sur les traces de la radio de la résistance…

Il est allé à Kossyam et se présenter au Capitaine Dao. « Allez-y à l’ARCEP (Autorité de régulation des communications électroniques et des postes) avec le Sergent-Chef Bouda », lui aurait dit le Capitaine Dao. Le Sergent Pagbelem ajoutera que c’est le Major Eloi Badiel qui lui a confié la mission de localisation de la radio fictive 108.0. Une fois à l’ARCEP, les militaires se renseignent sur une affaire de « radio pirate et illégale » qui émettait.

Le Directeur général de l’ARCEP, d’alors Mathurin Bako, a répondu par la négative et ajouté qu’il s’agirait d’une radio non officielle. Après plusieurs tentatives et de point d’observation à point d’observation, ladite radio a finalement été localisée dans les locaux de la radio Savane FM, avec l’aide d’autres techniciens civils. Des éléments du RSP, dont lui et le Sergent-Chef Roger Koussoubé, se retrouvent au lieu indiqué.

« Les techniciens civils ont coupé l’émetteur et le signal a été interrompu. Nous avons emporté des matériels qui ont été d’abord rangés dans le bureau du Colonel Mahamadi Déka avant d’être consignés à l’Etat-Major particulier », poursuit le Sergent Pagbelem. Et là prend fin sa mission, puisque le lendemain 18 septembre, il serait resté près de sa femme enceinte sur recommandation d’un médecin.

« Le Parquet est en train de chercher des poux sur une tête rasée »

« Je n’ai ni tiré, ni participé à un rassemblement, ni même à une quelconque rencontre », jure l’accusé par tous les saints qu’il est innocent dans cette affaire. Ses assurances ne rassurent pas pour autant le Parquet militaire qui note plusieurs incohérences. « Aviez-vous besoin de Kalachnikov pour arrêter une émission ? Qui a brûlé les motos à la radio Oméga ? Et si c’était à refaire ? », les questions du Parquet se multiplient. Mais, le mis en cause se montre prudent.

« Moi, je réponds toujours aux ordres de mes supérieurs. C’est eux qui savent si l’ordre est bon ou pas », lâche-t-il. Le Procureur militaire revient à la charge sur un autre point : « selon certaines pièces du dossier, le prévenu aurait même participé aux saccages des locaux de l’ONATEL pour arrêter la connexion Internet ». Et à l’avocat du Sergent, Maître Ignace Tougma, de rétorquer : « Le Parquet est en train de chercher des poux sur une tête rasée ».

Les avocats des Parties civiles, en l’occurrence Maître Zaliatou Aouba, montent au créneau. L’avocate explique que la radio déclarée illégale n’a commencé à émettre que le 18 septembre 2015 après que Savane FM ait coupé son signal le 17 septembre. Elle balaie donc du revers de la main la plupart des déclarations du prévenu, tout en espérant que le Tribunal en prendra bonne note. L’audience suspendue à 17h15 reprend le vendredi 31 août 2018 avec un autre accusé à la barre.

Noufou KINDO

Burkina 24



Noufou KINDO

@noufou_kindo s'intéresse aux questions liées au développement inclusif et durable. Il parle Population et Développement.

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