Putsch : « Arrêter un président, ce n’est pas normal », avoue un prévenu

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Deux auditions pour trois accusés. Ainsi pourrait-on résumer la journée du samedi 1er septembre 2018. Si les accusés Issaka Ouédraogo et Combia Moutuan ont pu s’expliquer à la barre, il n’a pas été le cas de l’inculpé Compaoré Abdou. Une lettre de constitution a été envoyée au tribunal par Me Paul Kéré en qualité d’avocat choisi. Partant, celui qui lui avait été commis d’office est déchargé selon la loi. Mais le hic, son nouvel avocat est absent. Abdou Compaoré qui remplaçait Issaka Ouédraogo à la barre a été remercié pour faire place à Combia Moutuan.

Issaka Ouédraogo, caporal au moment des faits, a été rétrogradé après le jugement du dossier Yimdi dans lequel il a écopé de six mois de prison avec sursis. Actuellement, soldat de 1ère classe, Issaka Ouédraogo explique qu’il était de garde le 16 septembre 2015 au domicile privé de Michel Kafando lorsqu’il a entendu à la radio « qu’il y avait des arrestations à la Présidence ». Il affirme s’être rendu au camp Naaba Koom II pour s’informer des faits.

C’est en y étant qu’il a appris que le quartier était consigné. « Je suis resté là-bas. Pour un ancien comme moi, il faut rester à côté de mon chef. Je suis resté là-bas jusqu’au 28 septembre et on est venu afficher la liste des affectations », narre ainsi le soldat de 1ère classe, Issaka Ouédraogo poursuivi pour complicité d’attentat à la sureté de l’Etat, meurtre, coups et blessures volontaires. Le parquet dans ses questions a voulu savoir si ordre lui a été donné pour qu’il quitte sa garde. Mais selon l’accusé, quand il y a une situation, « il faut aller au camp ».

Durant sa présence à Naaba Koom II, l’accusé pour qui, « arrêter un président, ce n’est pas normal », affirme n’avoir effectué aucune patrouille hormis une mission au domicile de Salif Diallo, défunt président de l’Assemblée nationale, sur ordre du major Badiel « pour éteindre le feu ».

Concernant les faits contre M. Ouédraogo, le parquet accuse d’avoir reçu 1.941.000 F CFA de l’adjudant Jean Florent Nion, le 19 septembre, dans le sillage du putsch. L’accusé ne nie pas les avoir reçus, mais refuse de livrer les raisons de ce don. « Référez-vous à Nion », s’est-il contenté de dire. La défense composée de trois avocats du soldat de 1ère classe Issaka Ouédraogo a fustigé le manque d’éléments constitutifs des faits dont est poursuivi leur client. « Nous sommes curieux de voir le parquet donner les preuves. Quand il n’y a rien, il n’y a rien », soutient Me Yamba Seydou Roger.

Outre ces points, le parquet a également fait mention de l’existence d’images montrant le soldat de 1ère classe Issaka Ouédraogo vers la télévision BF1 au moment du coup de force de l’ex RSP. Mais foi de l’accusé, devant le juge d’instruction qui en a aussi fait cas, aucune image ne lui a été présentée.
L’ancien caporal lors de son audition semblait très remonté. Parfois, sans terminer ses questions, le parquet se voyait être interrompu par M. Ouédraogo qui s’empressait d’engager les réponses. La voix haute, le président du tribunal a maintes fois appelé l’accusé au calme. Il en a été de même de la part de ses deux avocats présents et du parquet. L’un de ses échanges avec le parquet a fait bruit dans la salle.

Après le coup d’Etat, la gendarmerie serait venue un jour à 23h 30 chez le soldat de 1ère classe Issaka Ouédraogo pour une perquisition, brutalisant sa famille, raconte l’accusé. Le parquet affirme avoir une autre version :

-Parquet : Ce que vous dites n’est pas exact.
-Soldat Ouédraogo : Comme tu étais là-bas… (soulevant des éclats de rire dans la salle).
-Le président du Tribunal : Silence dans la salle. M. Ouédraogo, si la question ne vous convient pas, vous pouvez ne pas répondre.
-Parquet : Nous avons le compte rendu et la gendarmerie est venue chez vous à 10h30.
-Soldat Ouédraogo : Il y a eu deux groupes. Le premier est venu à 23h30. Le second est venu une semaine plus tard la journée. C’est eux qui ont fait le rapport.

Ignace Ismaël NABOLE
Burkina 24

Ignace Ismaël NABOLE

Journaliste reporter d'images (JRI).

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