Putsch : Décoré pour résistance, il est aujourd’hui inculpé

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Le vendredi 7 septembre 2018, les juges ont écouté le dernier à être inculpé dans le dossier du Coup d’Etat de septembre 2015. Le lieutenant Limon Kolamba Jacques a été inculpé le 12 avril 2016 pour complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat, meurtre, coups et blessures volontaires. Mais l’inculpe voit en ces poursuites, « un acharnement contre [sa] personne » pour avoir fourré son nez dans un marché public en lien avec le Tribunal militaire.

Considéré par le Parquet militaire comme « la taupe du général du Diendéré », le lieutenant Limon Jacques était du cabinet du ministère de la défense nationale au moment des faits. A noter que ce portefeuille échoyait également au Président de la Transition, Michel Kafando. Mais l’inculpé a énergiquement nié être un agent de renseignement du général Diendéré. « Le général Diendéré ne m’a jamais envoyé de message », dit-il.

En lien avec sa position stratégique dans ce ministère, le parquet accuse le lieutenant Limon d’avoir livré des informations capitales au général Diendéré via le capitaine Zoumbri Oussène, lui aussi poursuivi pour cinq faits. Ainsi, une cinquantaine de SMS (envois et réponses) échangés entre le lieutenant et le capitaine dans la période du 16 au 22 septembre 2015 ont été lus le vendredi 7 septembre 2018 par le Tribunal militaire.

Dans certains messages, à en croire le parquet, l’accusé est allé jusqu’à demander la « neutralisation des têtes des OSC » et révélé des positions des forces loyalistes en route pour Ouagadougou. Quelques messages lus.

Message du lieutenant Limon au Capitaine Zoumbri le 16 septembre 2015 :

  • Lieutenant Limon : « Mes respects. Si vous voulez prendre vos responsabilités, fermez les radios comme Oméga avant qu’elles ne montent les populations »
  • Capitaine Zoumbri : « Bien reçu »

Message du lieutenant Limon au Capitaine Zoumbri le 16 septembre 2015 :

  • Lieutenant Limon : « Il y a des situations face auxquelles on ne peut plus reculer car reculer serait suicidaire »
  • Capitaine Zoumbri : « D’accord avec vous »

Message du lieutenant Limon au Capitaine Zoumbri le 18 septembre 2015 :

  • Lieutenant Limon : « Mais, on ne sent pas la gendarmerie et la police. Il faut qu’elles participent pour ne pas laisser croire que c’est une affaire du RSP seulement »
  • Capitaine Zoumbri : « Ok merci »

En réponse à ces messages extraits suite à l’expertise du téléphone portable du Capitaine Zoumbri, le lieutenant Limon les qualifie de « messages mélangés ». « Il y a des trucs que je n’ai jamais dits. J’aurais voulu qu’au début, il y ait confrontation et qu’on me montre ces messages », argue le prévenu. Pour celui-ci, seulement trois messages lui ont été présentés lors de la phase d’instruction.

A la suite des messages lus, le procureur militaire soutient que le lieutenant a usé de sa position pour jouer à un double jeu. « Quand il a vu le navire tanguer, il a changé de côté à la dernière minute », explique le parquet qui précise que deux des actions posées par l’accusé lui ont valu une décoration pour avoir aidé à contrer le Coup d’Etat. Il s’agit, cite le parquet, de son aide en prélude aux tirs du 29 septembre 2015 sur Naaba Koom II, et du document de la réquisition pour les tirs que l’accusé a fait faire signer par Michel Kafando.

Pour sa défense, le lieutenant Limon répond : « vous ne citez qu’une décoration. J’en ai six et c’est à la sueur de mon front ». Par ailleurs dit-il, « si c’est à partir des messages qu’on devait juger les gens, le tribunal militaire allait se délocaliser au stade du 4-Août ». Cependant, par moment, l’accusé a préféré garder le silence sur certains aspects de sa défense, notamment des révélations concernant l’expert et témoin du parquet, Younouss Sanfo et le colonel Sita Sangaré.  

Le parquet contre et invite l’accusé à tout déballer tant que cela ne remet pas en cause la défense nationale. La même position du parquet a été défendue par l’avocat de l’inculpé qui l’a invité à parler. « Le jour de l’accouchement, il n’y a pas de honte », avance Me Sombié. Malgré ces appels, le lieutenant Limon est resté campé : « L’armée-là, même si je dois la quitter, je ne vais pas la gâter », affirme-t-il. 

Me Prosper Farama, avocat de la partie civile est revenu sur la position du lieutenant Limon face aux multiples messages. « Sont-ils inventés et sont-ils mélangés ? », interroge en somme l’avocat. Après de longues minutes d’échanges emprunts parfois de civilités et de compliments entre les deux hommes, la réponse de l’accusé n’est pas à la hauteur des attentes de l’avocat. Un court échange entre les deux fera rire la salle :

  • Me Prosper Farama : « Je note que vous êtes plus intelligent que moi»
  • Lieutenant Limon : « Non, pas du tout. Je voulais vous ressembler même»

Finalement, le lieutenant Limon Kolamba Jacques finira par affirmer ne pas se reconnaître dans certains messages. « On a emboîté certains messages », soutient-il.

Le président du tribunal a mis fin à la séance du jour à la suite de ces échanges. L’accusé reviendra à la barre le lundi 10 septembre 2018 à 9h. Un autre programme a été livré par le tribunal. Désormais, les jeudis, samedis et dimanches sont des jours de repos.

Ignace Ismaël NABOLE

Burkina 24



Ignace Ismaël NABOLE

Journaliste reporter d'images (JRI).

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Il y a 6 commentaires

  1. c’est pourquoi le procès contre les deux généraux ne sera jamais équitable. Combien de militaires sont impliqués à ce coups de force contre la transition? Dieu seul sait, et la condamnation des généraux et leurs proches fidèles n’apporteront jamais une guérison de cœur des parents de victimes. Bien que le coup de force est réelle, il y a un gain politique fondamental que le tribunal ne pourra pas déceler et rendre un jugement sincère. Ils voulaient les têtes pensantes de l’ancien régime, et le coup de force du 16 septembre 2015 était un pain bénie pour le pouvoir MPP de liquider des militaires indésirables comme les deux généraux restés fidèles à Blaise Compaoré. Mais ils ont aussi échoué dans leur politique de sécurité pour le pays. Il faut une réconciliation nationale, une libération des prisonniers politiques dont les deux généraux et le retour des exilés pour une paix durable au BF.

  2. Rare sont les accusés qui veulent reconnaitre leur faute, même celui pris en flagran delit. J’espère que les generaux du haut de leurs étoiles feront honneur à l’armée et dire la verité.

  3. C’est un peut compliquer en mon sens, il ya un jeu de mots souvant a la justice. On le reproche de quelque chose, se reconnait il des ces choses oui ou non? Si oui condamnez le! Si non prouvez le ou liberer le.

  4. Rare sont les accusés qui veulent reconnaitre leur faute, même celui pris en flagran delit. J’espère que les generaux du haut de leurs étoiles feront honneur à l’armée et dire la verité.

  5. C’est un peut compliquer en mon sens, il ya un jeu de mots souvant a la justice. On le reproche de quelque chose, se reconnait il des ces choses oui ou non? Si oui condamnez le! Si non prouvez le ou liberer le.

  6. c’est pourquoi le procès contre les deux généraux ne sera jamais équitable. Combien de militaires sont impliqués à ce coups de force contre la transition? Dieu seul sait, et la condamnation des généraux et leurs proches fidèles n’apporteront jamais une guérison de cœur des parents de victimes. Bien que le coup de force est réelle, il y a un gain politique fondamental que le tribunal ne pourra pas déceler et rendre un jugement sincère. Ils voulaient les têtes pensantes de l’ancien régime, et le coup de force du 16 septembre 2015 était un pain bénie pour le pouvoir MPP de liquider des militaires indésirables comme les deux généraux restés fidèles à Blaise Compaoré. Mais ils ont aussi échoué dans leur politique de sécurité pour le pays. Il faut une réconciliation nationale, une libération des prisonniers politiques dont les deux généraux et le retour des exilés pour une paix durable au BF.

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