Mémorial : « Là où Sankara a été tué, c’est là-bas qu’il doit germer »

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Bientôt sortira du sol la statue géante du père de la révolution d’août 1983 avec à ses côtés ses douze camarades avec qui il a été tué il y a trente et un an le 15 octobre 1987.

Le 2 octobre 2016, naissait l’idée de « faire renaître de ses cendres » sur le site du Conseil de l’entente, « où un jeudi dans l’après-midi, rappelle Bernard Sanou, colonel à la retraite, président du comité du mémorial Thomas Sankara, il est sorti de la salle de réunion les mains en l’air, il a été fauché par des balles traîtresses ». « Obligation morale » oblige, l’ancien président John Jerry Rawlings, parrain de l’initiative, avait fait le déplacement de la maison du peuple de Ouagadougou.

« La stèle sur laquelle doit reposer la statue géante de Thomas Sankara et les bustes de ses douze compagnons, caricature le président du comité, est la matérialisation concrète du réveil du phénix afin que tous ses héritiers de par le monde aient un lieu de rencontre, d’inspiration, de ressourcement de l’idéal du président Thomas Sankara afin de continuer à oser inventer l’avenir ».

La statue en bronze a été réalisée par les artisans de l’espace culturel BARSO, dirigé par l’artiste sculpteur Jean-Luc Bambara qui confie avoir senti en lui « les talents de pionniers parce que c’était révolutionnaire ».

La pose de la première pierre de la statue « en ce lieu plein de mémoire » représente pour le ministre de la culture Abdoul Karim Sango, la « preuve que Thomas Sankara, (qui) a été et demeure ce grand panafricaniste, n’est pas mort ». Une raison de plus selon Abdoul Karim Sango d’œuvrer « constamment » à entretenir l’idéal défendu par le président.

Pour Me Benewendé Sankara, vice-président de l’Assemblée nationale, avocat de la famille, la bâtisse est « la preuve que Thomas Sankara restera une icône immortelle, la preuve, comme il l’a dit ‘tuer Sankara, des milliers de Sankara vont naître’ ». Plus aucun doute pour Serges Bayala du mouvement estudiantin « 2 heures pour Kamita », « la symbolique, elle est forte ».

Le passage du statut de rêve à la matérialisation vient consacrer trente et un ans, sinon trente et cinq ans d’espoir, de vœux depuis sa disparition pour voir sa mémoire se perpétuer. « En posant une pierre ce jour – trente unième année de sa disparition au conseil de l’entente – c’est le signe que là où Sankara a été tué, c’est là-bas qu’il doit germer », dira Serges Bayala.

Là « où un jeudi dans l’après-midi, il est sorti de la salle de réunion les mains en l’air, il a été fauché par des balles traîtresses »

« Sous le président Blaise Compaoré, le dossier a été bloqué »

Les étapes des discours et de pose de la première passées, le public s’est dirigé vers la Maison Burkina. L’émotion était palpable. Les larmes n’ont pas tardé à couler. Etait-ce sa première fois de s’y rendre depuis les événements du 15 octobre 1987 ? Germaine Pitroipa fondra en larmes en franchissant le hall.

Bernard Sanou et Thomas Sankara, qui s’appelaient mutuellement « Gringo », n’a pas non plus tenu bien longtemps après avoir rapporté ce qui se serait passé à cet endroit précis ce jeudi-là lorsque le président du conseil national de la révolution a accepté d’assumer avec lucidité, courage et dignité le sacrifice ultime.

« Les dits rectificateurs de la révolution d’août 83, après des déclarations mensongères et des promesses non tenues, ont tout mis en œuvre pour tenter non seulement de salir la mémoire du président Sankara, mais encore de le rayer de l’histoire de la marche radieuse de notre vaillant peuple, mature, éclairé et combattant », a déploré le frère d’armes du père de la révolutionnaire. Trente et un ans se sont écoulés.

L’insurrection populaire d’octobre 2014 est passée par-là et a mis fin au règne de son second Blaise Compaoré qui lui avait succédé. « Le dossier judiciaire évolue énormément de façon positive, assure l’avocat Benewendé Stanislas Sankara. Sous le président Blaise Compaoré, le dossier a été bloqué et on sait pourquoi. Avec l’insurrection, le juge d’instruction est en train de faire un travail formidable. Même la France a accepté de lever le secret défense pour que la justice burkinabè puisse avoir accès aux archives. Il y a eu plus d’une centaine d’interrogatoires. Il y a aujourd’hui des gens qui sont inculpés ».

Oui KOETA

Burkina24

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