La critique de cinéma africain autour d’un festival à Conakry

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Si le pays de Sékou Touré comptait sur le plan culturel parmi les premiers en Afrique avec près de 120 salles de ciné jusque dans les années 80, en à croire des acteurs culturels, il ne compte aujourd’hui que deux salles tenues par des privés, qui ont d’ailleurs tout le mal du monde à fonctionner normalement. Plusieurs d’entre elles sont reconverties en des boutiques ou des centres commerciaux. C’est donc pour redonner son lustre d’antan et un élan à la production culturelle et particulièrement cinématographique que l’Association des Critiques de Cinéma de Guinée (ACCG) a initié un festival autour duquel les problématiques du cinéma sont abordées. La première édition a eu lieu du 10 au 15 octobre 2018 à Conakry.

Les causes du déclin divergent d’un acteur à un autre. L’ascension des militaires au pouvoir, la piraterie, la politique de l’Etat, les distributeurs sont entre autre raisons avancées.

Conscient des difficultés du cinéma, une restructuration a été opérée dans le secteur de la culture récemment par l’Etat guinéen avec la création du fond d’aides aux activités culturelles, des initiatives entreprises par l’Office national du Cinéma en Guinée (ONACIG), comme la journée du cinéma africain, des formations, le recyclage des acteurs. Les initiatives privées se multiplient aussi tel le festival de critique de cinéma et tentent tant bien que mal de redorer le blason du cinéma guinéen.

Selon Fatoumata Sagnane, l’initiatrice du festival de la critique, ce dernier vient porter un coup de pouce, permettre à la jeune génération de reprendre le flambeau d’antan qu’il occupait sur le plan continental africain.

Fatoumata Sagnane, directrice du festival – Ph. B24

Pour elle, cela passe par la critique. « Vous n’êtes pas sans savoir que s’il y a une critique derrière quelque chose, ça veut dire que les initiateurs, les réalisateurs, les producteurs sont obligés quelque part de faire les choses bien, de ne pas tâtonner. Savoir qu’il y a de la critique sur les rares films en Guinée, on ne peut pas badiner avec le travail », dit-elle.

Dans ce sens, les panels-débats se sont déroulés autours de plusieurs films guinéens  projetés en présence de réalisateurs, « Denko », un court métrage du Guinéen Mohamed Camara, « Il va pleuvoir sur Conakry », en hommage à feu Cheikh Fandamady Camara, « Les épouses » de Oumy Barry pour l’hommage à la jeune génération de cinéma guinéen.

Cependant cette ambition de critique s’étend sur les œuvres africaines. D’où aussi l’invite Mansour Sora Wade, réalisateur sénégalais pour débattre autour de leurs films avec les critiques « Prix du pardon ».

Il était aussi question d’échanger sur des thématiques telles que l’importance du cinéma pour un pays, la photographie au cinéma, l’économie du cinéma, pourquoi la critique cinématographique,  animés par des acteurs du cinéma du Sénégal, du Niger et de la Guinée.

Pour Fatou Kiné Sène, présidente de l’association des critiques de cinéma du Sénégal, la critique du cinéma a toute sa place et quelle qu’elle soit, participe de la promotion du film.

« Malheureusement, dira Mansour Sora Wade, elle n’a pas intégré la culture des cinéastes africains. Si c’est en Europe, il n’y a jamais de problème. Mais chez nous, il suffit qu’il ait une critique qui dise quelque chose et on dit que ce gars m’attaque, c’est mon ennemi, il n’aime pas mon travail. Alors qu’il fait son travail aussi. Ce qui fait qu’il y a beaucoup qui caressent les gens dans le sens du poil. Un film doit être critiqué ».

Même si cette première édition, un coup d’essai n’a pas pu mobiliser les ambitions pour le festival faute de moyens, la présidente pense qu’il aura posé les jalons pour rebondir aux éditions prochaines, rendez-vous est donc pris pour 2019.

Le conseiller du ministre des sports, de la culture et du patrimoine historique, Kerfalla Makanera qui a présidé la clôture de l’évènement n’en dira pas moins.

« C’est une lueur d’espoir pour le cinéma qui a connu une descente aux enfers». Et la directrice du cinéma, Mariam Camara, d’encourager à continuer dans la lancée malgré les difficultés et les faiblesses.

Revelyn SOME

Burkina24

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