Tunisie : La culture pour lutter contre la pauvreté et l’obscurantisme

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A Kasserine, dans le centre-ouest de la Tunisie, à près de 300 km de la capitale Tunis, l’élevage et l’agriculture sont les principales activités dans cette zone montagneuse. Dans cette région aride et éprouvée par les  attaques terroristes, se bat un homme pour redonner le goût de la vie à la population. Activiste culturel comme on l’appelle, par sa force physique, habillé en tissu militaire vert olive, le foulard attaché à la façon des bergers de la région, Adnen Hellali fera certainement un bon militaire aux côtés de ceux (militaires) mobilisés pour sécuriser l’inauguration de son centre le 20 octobre 2018. Mais il opte de développer sa zone, la défendre contre l’obscurantisme et l’extrémisme par la culture.

Adnen Hellali, activiste culturel et coordinateur du centre culturel Jebel Semmama

Adnen Hellali, comédien et poète tunisien et enseignant de lettres, est connu pour son engagement dans le domaine de la culture, et des métiers de la montage, n’est pas à sa première œuvre.

En effet, il est le promoteur de la fête internationale des bergers en Tunisie. Dans la région, plusieurs ouvrages destinés à promouvoir la culture sont à son initiative notamment « ciné ferme » ou cinéma sous serre, le ciné-poulailler, le théâtre sur la colline.

Convaincu que sans la culture, on ne peut se développer, il ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Il multiplie les initiatives et offre au village au pied de la montage de Jebel Semmama, un centre culturel, des arts et des métiers financé par la fondation Rambourg. Cette fondation œuvre pour la valorisation de l’art et la culture et la promotion de l’éducation comme seules véritables armes pour triompher de l’obscurantisme et de la barbarie.

Ciné-Ferme ou ciné sous serre à Nabeul – Ph. DR

On pouvait lire la joie sur son visage lors de l’inauguration avec tout ce monde grouillant dans l’espace. « C’est un songe devenu réalité. Je l’ai rêvé et la fondation a permis de le réaliser », dit-il.

Une joie partagée avec les habitants du village qui trouveront dans ce lieu du divertissement, de l’emploi pour améliorer leur vie et un ouf de soulagement pour les jeunes et enfants qui n’auront plus à jouer sur la terre nue parsemée des épines de cactus.

Mariam Lilli, présidente de l’association des femmes des collines

« On a trouvé du travail ici, nous les femmes de la colline, on n’apprend à faire les tapis, à broder, on a même crée une association des femmes des collines qui travaillent dans le centre », s’en réjouit Mariam Lili, présidente des femmes.

Bâti sur une superficie de 500 m2 et sur une des nombreuses collines avec du matériel préfabriqués et de matériaux locaux, le centre moderne est composé d’une salle polyvalente, une extrade, des salles d’atelier, une boutique, une bibliothèque, un terrain omnisport, entre autres.

Deux volets composent les activités du centre. Un volet destiné à l’action culturelle pour sensibiliser les enfants et adultes à la culture avec des clubs de cinéma,  de théâtre, de danse, de chant, cirque. Mais aussi, des espaces de jeux pour enfants et pour les activités sportives. Le volet métier dédié à l’artisanat et savoir-faire local orienté particulièrement vers les femmes rurales sans emploi et sans formation.

Vidéo – Tunisie : Inauguration du Centre culturel des arts et de métiers de la montagne

Burkina 24

Une trentaine de femmes par an devront recevoir une formation à l’artisanat traditionnel montagnard dans la distillerie, la tapisserie, la confection de marques de vêtements pour lesquels ils bénéficient de l’appui d’un styliste.

L’objectif est de faire de ce centre le cœur d’un écosystème économique de la région pour assurer son autonomie et sa pérennité financière et à la population, une nouvelle manière d’appréhender leur artisanat afin de s’attirer un marché.

Pauvreté et terrorisme dans la région

Shiraz Ben Abderraz, directeur exécutif du centre

«C’est une localité, explique Shiraz Ben Abderraz, directeur exécutif du centre, qui a subi énormément d’inégalités sociales et économiques, où le terrorisme sévit d’où la forte présence militaire. Adnen  est convaincu que la culture est le moyen de changer la donne, c’est aussi une proposition  alternative contre l’obscurantisme, l’extrémisme violent ».

Fils de cette région, Adnen est bien imprégné des préoccupations de la population et pense que le centre soulagera un tant soit peu cette dernière. « Dans la campagne, il y a une grande place pour la culture, en tant que campagnards, ils n’ont pas juste besoin d’un toit, de quoi manger et une petite animation banale ».

Aussi, il envisage des cours de rattrapage pour soutenir l’école et le collège car dit-il, «C’est la région qui compte le plus de jeunes déscolarisés. Il y a un échec scolaire remarquable dans le village ces dernières années. Les enseignants quittent la zone, cela menace le niveau de l’enseignement, l’exode des familles à cause des attaques. Pour pouvoir les fixer sur place, il faut créer un environnement favorable qui est également un autre moyen de lutter contre le radicalisme et l’extrémiste ».

Pour lui, le développement n’est pas l’industrialisation. « Quand on est culturellement pauvre, notre développement sera certainement boiteux, la culture est essentielle. », a-t-il conclu.

Revelyn SOME

Burkina 24



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