Procès putsch : « L’armée a demandé une réquisition pour le maintien de l’ordre » (Colonel-major Boureima Kéré)

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Fin d’audition le lundi 12 novembre 2018 pour le Commandant Abdoul Aziz Korogo après le cinquième jour passé à la barre. Le chef de Corps adjoint du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) au moment du coup de force est resté constant dans ses déclarations. « Le 16 septembre (2015), dit-il, ma position a été claire. J’ai dit au général (Diendéré) que s’il n’avait pas le soutien de l’armée, de laisser tomber ». Dans la même veine, son avocat, Me Ouilli Dieudonné a demandé au tribunal de « croire à la sincérité » de son client quand il dit que sa « seule intention était de sauver le pays du chaos imminent ». A la suite du Commandant Korogo, le tribunal a reçu le colonel-major Boureima Kéré.

Le colonel-major Boureima Kéré était le Chef d’état-major particulier de la Présidence du Faso au moment des faits. Dans ses fonctions, il avait pour mission de coordonner les missions présidentielles en matière sécuritaire, il joue un rôle d’interface entre l’armée et la Présidence du Faso. Mais dans cette configuration, le Chef d’état-major particulier de la Présidence du Faso n’a pas le contrôle des hommes au sein du RSP, ceux-ci relevant de l’armée de terre. « Je n’ai pas le droit de missionner des éléments sans passer par le chef de corps », précise le colonel-major Kéré à la barre, le lundi 12 novembre 2018.

« C’est Rambo qui a dû tenir ces propos »

Poursuivi pour trois chefs d’inculpation, à savoir complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat, meurtre et coups et blessures volontaires, le colonel-major Boureima Kéré a réfuté les griefs portés à son encontre. Narrant son calendrier lors du coup d’Etat de septembre 2015, l’inculpé a indiqué avoir été informé par le général Gilbert Diendéré « de l’enlèvement du Président (de la Transition) » le 16 septembre 2015 vers « 15h »  alors qu’il était en réunion à l’état-major général des armées. Après cette information, il aurait été mandaté par la hiérarchie militaire « pour aller au camp (Naaba Koom II) et aider à résoudre la crise ».

« Arrivé au camp, j’ai trouvé le général Diendéré en réunion avec des officiers. Je me suis joint à eux pour comprendre », narre le colonel-major Kéré. Lors de cette réunion, selon l’inculpé, le général Gilbert Diendéré a justifié l’action menée contre la Transition par des arguments politico-militaires : l’exclusion électorale, les velléités de dissolution du RSP et l’adoption de la loi portant statut militaire par le Conseil national de la Transition (CNT). « Il (le général Diendéré) a demandé aux officiers d’accompagner le mouvement (…). A cette rencontre, aucun officier n’a pris la parole », relate l’inculpé.

Selon l’accusé, malgré les multiples médiations entamées par les chefs militaires et les Sages, les soldats de l’ex RSP ont toujours refusé la libération des autorités enlevées. Lors d’une réunion de médiation tenue dans la nuit du 16 au 17 septembre 2015, « les éléments ont dit non (à la libération des autorités) et que c’est un Coup d’Etat qui venait d’être perpétré et qu’ils assumaient (…). C’est Rambo (le sergent-chef Moussa Nébié) qui a dû tenir ces propos », expose le colonel major.  

Dans la nuit du 16 au 17 septembre 2015, relate toujours le prévenu Kéré, la hiérarchie militaire a refusé « d’assumer le coup d’Etat. Le général (Diendéré) a dit qu’il assumait mais il a demandé que l’armée l’aide à assurer le maintien d’ordre (…). Le général Zagré, (chef d’état-major général des armées au moment des faits) a donné son accord », poursuit le colonel-major Kéré.

Toujours en rapport avec son calendrier, le 17 septembre 2015, « en fin de matinée (…) vers 11h 30 », une réunion de la hiérarchie militaire a eu lieu sur demande du général Diendéré. Celui-ci voulait faire le point de la situation. « A l’arrivée du général Diendéré, raconte l’accusé, le général Zagré a annoncé le général Diendéré : ‘’Le général Diendéré, président du CND’’ et il a cédé sa place au général Diendéré ». Pendant cette rencontre, « le général Zagré a rassuré le général Diendéré sur le maintien d’ordre. En plus, l’armée a demandé une réquisition pour le maintien de l’ordre », relate l’inculpé.

L’inculpé lors de son passage à la barre a également fait savoir qu’il a intercédé auprès du général Diendéré pour que le Président Michel Kafando soit libéré. Par ailleurs, sur question du Parquet militaire, l’inculpé a indiqué avoir « encouragé la signature de l’accord » au Palais du Mogho Naaba. Le Chef d’état-major particulier de la Présidence du Faso au moment des faits a aussi affirmé haut et fort que c’est lors du présent procès qu’il a connu les personnes qui ont interrompu le Conseil des ministres.

« Ils avaient le rapport de force, on fait comment ? »

« Pourquoi vous n’avez pas cherché à connaitre ? », interroge le parquet. « Lors de la réunion (du 16 septembre 2015 entre le général Diendéré et les officiers), il y avait un élément armé dans la salle. Les risques sécuritaires faisaient qu’on ne pouvait pas poser des questions (…). Moi je suis officier. C’est la première fois que je participe à une réunion avec des éléments armés. Ils avaient le rapport de force. On fait comment ? », répond l’inculpé qui a reconnu également avoir signé la déclaration du CND. L’accusé a indiqué que si le chef d’état-major général des armées au moment des faits, le général Pingrénoma Zagré avait été “ferme“, le coup d’Etat allait échouer. 

Ignace Ismaël NABOLE

Burkina 24



Ignace Ismaël NABOLE

Journaliste reporter d'images (JRI).

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