Adjudant Jean Florent Nion : « Le Général Diendéré me déçoit »

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Deux accusés ont été entendus de nouveau à la barre du Tribunal militaire ce lundi 21 janvier 2019 pour des interrogatoires complémentaires. Mais, ces nouvelles comparutions ont pris une allure de confrontations, voire de guéguerre entre avocats de la Défense.

Le Président du Tribunal n’a pas encore fait cas d’éventuelles confrontations entre coaccusés. Mais, le moins que l’on puisse retenir de l’audience du jour, c’est que notamment le Général Gilbert Diendéré et le Sergent-Chef Roger Koussoubé dit « Touareg » ont eu leur dose. Qui a fait arrêter les autorités de la Transition ? Et pourquoi ? Pour l’heure, mystère et boule de gomme !

Le premier accusé rappelé à la barre ce 21 janvier 2019 est l’Adjudant-Chef Major Eloi Badiel. Il est poursuivi pour complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat, meurtres, coups et blessures volontaires. À la question du Président du Tribunal de savoir si le Sous-Officier maintenait toujours ses déclarations antérieures, sa réponse est « oui ».  « Je les maintiens. Mais, je souhaite qu’on revienne sur certains aspects parce que lorsqu’on écoute d’autres coaccusés, c’est comme si l’ordre de l’arrestation des autorités venait de moi », affirme-t-il.

L’affaire des 1 941 000 F CFA venus de la Côte d’Ivoire et reçus par nombre d’accusés est également revenue dans les discussions. Mais, Eloi Badiel ne se sent pas à l’aise pour répondre aux questions liées à celui ou celle qui a envoyé cette somme. « Le Parquet veut m’emmener sur un terrain glissant », marmonne le prévenu habillé en tenue militaire avant d’ajouter : « Je vais faire un coup d’Etat pour faire quoi ? Je ne suis pas un politicien ».

« Le Général Diendéré me déçoit depuis son passage à la barre »

L’Adjudant-Chef Major Eloi Badiel reste campé sur sa position. Il réaffirme toujours qu’il a reçu du Sergent-chef Roger Koussoubé l’information concernant l’arrestation des autorités. « Mais, Koussoubé a fui nous laisser. Il nous a mis au contraire dans des problèmes et puis partir », déclare-t-il.

Maître Alexandre Sandwidi, avocat du « Touareg », entend préserver les intérêts de son client : « Pourquoi vous tentez de charger Koussoubé ? Vous avez pourtant mené l’opération tout seul ». L’avocat de Badiel, Maître Bertin Kiénou, répond contradictoirement à son confrère. Il déplore le fait que les supérieurs, les subalternes et ceux qui sont mêlés de près dans cette affaire se dérobent. « Que chacun s’assume », souhaite-t-il.

L’ancien élément de la Garde rapprochée de Blaise Compaoré, Adjudant Jean Akowè Florent Nion, est ensuite appelé à la barre. Lui également dit maintenir ses propos antérieurs. Mais, il ne tarde pas à charger : « J’ai écouté le Général Diendéré. Il a dit qu’il n’a ni planifié, ni ordonné, ni exécuté ce que d’aucuns appellent coup d’Etat. Mais, Monsieur le Président, je m’inscris complètement en faux. Seulement, il n’a pas exécuté. Sinon, il a ordonné », atteste le Sous-Officier.

Il poursuit qu’il respecte l’ancien Chef d’Etat-Major particulier de la Présidence du Faso. « Mais, le Général Diendéré me déçoit depuis son passage à la barre. Je saigne au fond de moi. Diendéré nous avait pourtant dit qu’il allait plaider pour qu’on libère nous les subalternes. Ce sont les inconvénients de passer à la barre en première position », lâche-t-il.

« Le mensonge produit des fleurs, mais jamais des fruits »

Le déballage de celui qui était considéré comme le chouchou au sein de l’ex-RSP est loin de finir. Il fait comprendre que l’ex-Chef du renseignement burkinabè est venu le voir à la MACA et lui a dit qu’une fois à la barre de mettre l’accent sur les « comportements peu louables » de Yacouba Isaac Zida. « Le Général Diendéré m’a dit de ne jamais parler des SMS qu’on a eu à échanger avant la prise en otage des autorités », dit-il.

Selon les dires de l’Adjudant Nion, le Juge d’instruction n’a eu accès ni à son téléphone contenant les dits SMS, ni à celui du Général Diendéré. « Le mensonge produit des fleurs, mais jamais des fruits », admoneste-t-il. Son avocat, Maître Adrien Nion le rejoint : « Mon client et moi, nous avons décidé de dire la vérité ». Les avocats du Sergent-Chef Koussoubé et du Général Diendéré tentent de venir à la rescousse de leurs clients respectifs.

« Monsieur le Président, vous n’êtes pas là pour faire des imaginations, mais plutôt pour juger », réagit Maître Olivier Yelkouni, tout en balayant du revers de la main les déclarations de l’Adjudant Florent Nion. Les interrogatoires complémentaires se poursuivent demain 22 janvier 2019 avec à la barre un troisième accusé.

Noufou KINDO

Burkina 24

Noufou KINDO

@noufou_kindo s'intéresse aux questions liées au développement inclusif et durable. Il parle Population et Développement.

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