Burkina : Importante saisie de produits prohibés

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Cent quarante-deux (142) mètres cubes, soit 28,40 tonnes d’antidouleurs, d’antipaludiques, d’antibiotiques, de vitamines et produits saisis entre fin janvier et février 2019. C’est le résultat de l’enquête conjointe menée par les policiers et les douaniers qui réclament plus de moyens et de volonté politique pour faire tomber l’arbre du commerce de produits pharmaceutiques illicites, « un véritable problème social et politique ».

Dans le tas de la marchandise frauduleuse et illicite saisie à la suite de l’identification et du démantèlement de zones (les marchés de Sankaryaaré au centre-ville et Bendogo à l’Est) et réseaux de trafic de médicaments, vous trouverez du tout. Même des vaccins. La prédominance, ce sont les antidouleurs (analgésiques, antipyrétiques) et les antipaludiques. Notamment le Tramadol dont la quantité saisie se laisse deviner.

« Une acceptation sociale du phénomène »

Et pourtant l’utilisation de ce médicament relevant du pallier 2 dans la classification des antidouleurs est encadrée. « Lorsqu’il est utilisé en dehors de son cadre d’utilisation normale (hôpital avec une prescription, des règles d’utilisation), il est dans un cadre détourné parce qu’on ne le prend pas pour calmer la douleur d’une pathologie mais on le prend à titre préventif », informe Dr Kouassi Gampini Sandrine Esther, pharmacienne à l’agence nationale de régulation pharmaceutique (ANRP).

Le commissaire principal de police Traoré Boukary du Comité national de lutte contre la drogue (CNLD) a sa petite idée sur la commercialisation de ce produit par les vendeurs illicites qui se sont arrogés la fonction de pharmaciens. « Face à certaines situations, les gens veulent travailler plus. Et donc, ça les emmène à consommer des antidouleurs pour ne pas ressentir la fatigue. Ça a également un effet de coupe-faim. Les vendeurs ambulants, ils peuvent marcher du matin au soir et vous n’allez pas les voir prendre une pause. C’est à l’aide de ces médicaments », postule-t-il.

Le Tramadol, ce médicament aux effets psychotropes

La quantité de Tramadol saisie est là pour en attester. Cet antidouleur  agit au niveau du système nerveux central. « Il a un effet psychotrope », informe le docteur Kouassi. Conséquence, « la personne qui prend le Tramadol à un moment, il ne sent plus rien ». C’est en raison de cet « effet détourné » de ce médicament qu’il est beaucoup prisé par les personnes qui effectuent des tâches qui requièrent une certaine résistance à la douleur et à la faim. L’utilisation thérapeutique se retrouve ainsi reléguée au second plan.

Selon les statistiques, le marché des médicaments illicites représenterait 10 à 60% du marché global suivant les pays. Et ce avec « un important chiffre d’affaires pour les criminels et les vendeurs ». Pour le commissaire de police Traoré Boukary, ces chiffres aident à comprendre et expliquer l’expansion du phénomène sur toute l’étendue du territoire avec l’acceptation qui va avec.

« Les populations sont bien desservies avec ces produits même dans les zones les plus reculées » et « toutes les formes thérapeutiques sont touchées par le phénomène y compris les vaccins et les médicaments injectables », relève-t-il. Proximité qui finit par conduire à  « une acceptation sociale » du phénomène qui constitue pourtant « un véritable problème social et politique » à la fois.

« Ce n’est vraiment pas aisé pour nous »

Pays enclavé d’Afrique de l’Ouest, le Burkina Faso passe par les ports béninois, ghanéens, ivoiriens et togolais pour l’exportation de ses propres productions et l’importation de produits étrangers en provenance du reste du monde. S’agissant des produits pharmaceutiques illicites dont la provenance est l’Asie, ils finissent dans certains de ces ports avant d’être dispatchés par les contrebandiers.

Les entrées principales, situe l’inspecteur des douanes chef du service renseignements et analyse des risques, c’est « surtout » les régions du Centre-est et de l’Est. « C’est par ces régions que ça rentre au Burkina Faso. La zone de Cinkansé (…), c’est comme une zone franche qui ne dit pas son nom en conteneurs entiers. Nos contrebandiers partent se servir là-bas. Et ils utilisent tous leurs réseaux pour faire rentrer. Il faut une collaboration franche (…) pour essayer d’enrayer le phénomène. Et combattre nos problèmes internes », pose l’agent des douanes.

Pour le combat interne, la police et les douanes attendent de la population collaboration et aide pour l’interception des produits et des contrebandiers. Cette attente n’est cependant pas fortuite. Le commissaire de police Traoré Boukary garde en mémoire un incident qui a failli coûter à deux agents des douanes la vie alors qu’ils avaient réussi à mettre la main sur un contrebandier.

« Il a manqué de peu pour que les douaniers ne soient pas lynchés par la population. C’est dangereux. Vous voulez poursuivre des criminels et c’est la population qui protège ces criminels. Ce n’est vraiment pas aisé pour nous », déplore le policier dont les hommes tentent de préserver la sécurité et la santé publiques en luttant contre le phénomène.

Des injectables parmi les produits pharmaceutiques illicites saisis après le démantèlement des réseaux.

Rien qu’une goutte d’eau dans la mer ?

« L’eau de pluie, ce sont des gouttes. Après ça se transforme en marre », relativise le commissaire Traoré. Les policiers, douaniers, pharmaciens et substitut du procureur se réjouissent d’avoir donné un signal dans le cadre de la lutte contre le trafic à travers l’opération Hèra (santé en dioula). Pour  Charles Le Bon Kaboré, s’attaquer aux petits détaillants, c’est essayer d’arracher les feuilles d’un arbre à un stade où ce qui intéresse, motive, c’est la volonté de porter des coups à l’arbre pour le faire tomber.

« Des petits coups peuvent faire tomber un arbre, caricature le substitut du procureur près le TGI de Ouagadougou. Le phénomène est tellement grand que ce qui est fait parait très dérisoire par rapport à ce qui devrait être fait ». Pour s’attaquer au « vrai problème », il associe sa voix à celle des Douanes et de la police nationale et des agents l’agence nationale de régulation pharmaceutique pour plaider pour l’attribution de moyens à la hauteur de la tâche.

« On se retrouve aujourd’hui avec beaucoup de problèmes d’insuffisances rénales, de pathologies qu’on ne peut même pas expliquer. Les médecins sont confrontés à des difficultés. C’est les toxines qui sont en train de détruire l’organisme », s’inquiète Dr Kouassi qui parle d’empoisonnement de la population. « Aux grands maux les grands moyens », plaide le procureur.

Oui KOETA

Burkina24

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