Village de Koudoumbo : Les fils et filles à nouveau réconciliés

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Koudoumbo est un village de la commune de Gourcy situé à un peu plus de 140 kilomètres de Ouagadougou, sur la Route nationale n°2. Il y a quelque temps, la cohésion sociale des habitants a failli rompre les solides liens de cohabitation pacifique. Menaces et invectives ont radicalisé les positions de deux familles. Aujourd’hui, cela relève d’un sombre passé ; la hache de guerre est enterrée. Les fils et filles ont célébré, ce 3 février 2019, la réconciliation, le pardon et la paix pour le retour à une vie paisible pour Koudoumbo. C’était en présence des autorités coutumières et administratives de la province du Zondoma ainsi que les populations sorties nombreuses.

Tout est parti d’une volonté d’occupation d’une terre par les fils des premiers habitants du village en vue de réaliser des œuvres sociales. Il se trouve que cette partie du village avait été cédée à une famille, historiquement arrivée deuxième dans le village. Ces seconds arrivants n’ont donc pas apprécié que la terre qui leur avait été cédée soit exploitée sans leur accord, quand bien même ils n’en sont pas les propriétaires terriens.

Et voilà comment est né un problème qui a failli faire basculer la quiétude d’un village, jadis havre de paix. Les autorités administratives de la province du Zondoma ont été alertées par l’entremise de certains fils du village afin de s’impliquer pour trouver une solution au danger que courait leur village.

Alors, le Haut-Commissaire de la province du Zondoma, Mme Abibata Bamouni/Traoré qui a pris le problème comme une vraie préoccupation, a mené des négociations par le dialogue avec tous les protagonistes.

Fr. François Savadogo, Clerc de Saint Viateur, fils de Koudoumbo 

 Elle réussira à ce que les parties se parlent, s’expliquent et acceptent de repartir sur de nouvelles bases. Après ce qu’il convient d’appeler une crise « circonscrite », l’association des ressortissants de Koudoumbo pour le développement, cheville ouvrière de cette démarche de réconciliation, après avoir œuvré à apaiser les cœurs, a battu le rappel des fils et filles du village autour des personnes âgées pour une cérémonie symbolique de réconciliation afin de repartir sur de nouvelles bases.

C’est peu avant 9h, ce 3 février, que le Haut-Commissaire de la province du Zondoma accompagné du Préfet du département et de l’adjoint au Maire de Gourcy, ont foulé le sol de Koudoumbo sous des applaudissements. Ils sont accueillis par les habitants du village avec les sages, le chef de terre de Koudoumbo en tête, assis à même le sol, pour marquer son attachement et sa révérence à la terre mère.

Le Dytaniè chanté par les élèves de l’école primaire publique de Koudoumbo a ouvert la série des interventions. Ici, « hommes, femmes, jeunes et enfants, nous ne dormions pratiquement plus mais aujourd’hui, c’est une immense joie pour tout le monde », s’est exclamée Bintou Ouédraogo, présidente de l’association des femmes de Koudoumbo. Et pour El Hadj Ousseni Zoromé, c’est un retour à la paix et le souhait est que l’entente soit meilleure entre les habitants que de par le passé. Sawadogo Madi, représentant de la famille Sawadogo, dira bien plus en faisant observer que « nos anciens ont vécu en parfaite harmonie et cela ne devrait jamais être interrompu. C’est comme si nous étions au paradis aujourd’hui ».

Il a témoigné à l’endroit de la famille Zoromé la joie et la reconnaissance de la famille Sawadogo pour ce grand pas franchi. Le représentant de Naaba Baongo, chef de Gourcy, a également salué l’initiative des habitants d’aller à la réconciliation car, dit-il, Naaba Baongo a un grand attachement à la paix entre populations. Le président de l’association des ressortissants pour le développement de Koudoumbo, Issa Sawadogo, tout en saluant les efforts consentis par tous, précise que « la crise a été contenue et le pire évité ».

Pour Frère François Savadogo, religieux Clerc de Saint Viateur et membre de l’association des ressortissants pour le développement de Koudoumbo : « Les hommes valent mieux non pas parce qu’ils sont ensemble, mais parce qu’ils sont capables de produire ensemble quelque chose de bien ».

Les anciens ont accepté tourner la page et soutenu que le passé doit être oublié

Tout en manifestant sa joie à l’endroit de ses frères et sœurs, Frère François Savadogo dira que pour ce nouveau départ, il est indispensable que chaque fils et fille de Koudoumbo apporte sa pierre car ce n’est qu’une étape : « la paix a besoin de s’enraciner », a-t-il conclu.

Le Haut-Commissaire du Zondoma, Abibata Bamouni/Traoré, qui a été l’actrice centrale de cette réconciliation, largement ovationnée par les populations, dans son adresse a souligné que la population a compris que « l’amertume et la haine ne doivent pas peser ni sur leur avenir ni sur celui des générations futures et ne devraient pas constituer une menace pour leur volonté de vivre ensemble. » 

Et si les populations sont arrivées à se pardonner et à repartir sur de nouvelles bases, elles « devront unir leurs forces, leurs différences, leurs talents pour bâtir un Koudoumbo plus prospère empreint d’égalité, de fraternité et de tolérance ». Alors, la réconciliation permettra « que toutes les actions à Koudoumbo soient guidées par l’esprit de pardon, de tolérance, de concertation, de respect mutuel et de considération. »

 Elle les a exhortées à mettre de côté leurs égos et tout bâtir sur la communication et la concertation au sein des communautés.

La cérémonie a pris fin quand des enfants, représentant les différentes familles du village, ont lâché des colombes blanches, afin qu’elles répandent la paix sur tout Koudoumbo. Le président de l’association, Issa Sawadogo, a pris l’engagement que la journée du 3 février sera annuellement célébrée et valorisée afin « que Dieu fasse de cette terre (ndlr : Koudoumbo) un sanctuaire de paix pour les générations futures ».

Alexandre KABORE

B24 Opinion

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