Général Honoré Nabéré Traoré : « Ce n’est quand même pas le Saint-Esprit qui a fait ce putsch ! »

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Une journée pas simple pour le Général Gilbert Diendéré ! La haute hiérarchie militaire, tant indexée par l’Officier général dans cette affaire de coup d’Etat manqué, défile depuis peu devant le Tribunal militaire. Deux anciens Chefs d’Etat-Major général des armées étaient au prétoire ce mercredi 20 février 2019. Leurs témoignages ne remettent pas en cause ceux des témoins et hauts gradés précédents : « La hiérarchie a refusé d’accompagner le Général Diendéré ».

Le Général de Division Honoré Nabéré Traoré et le Général de Brigade Oumarou Sadou ont témoigné devant la barre du Tribunal militaire ce 20 février 2019. Les dépositions faites par ces deux anciens Chefs d’Etat-Major général des armées (CEMGA) ont débuté dans une atmosphère conviviale.

En effet, pour l’une des rares fois depuis le début de ce procès, des accusés et des témoins échangent des poignées de main avant de se mettre à la disposition du Président du Tribunal. Des gestes anodins salués d’ailleurs par l’un des avocats de la Défense, Me Olivier Yelkouni : « Votre geste m’a beaucoup touché ». Toujours est-il qu’après ces moments de salamalecs, les discours des témoins et des accusés ne tiennent pas en lisière.

« Ce n’est quand même pas le Saint-Esprit qui a fait ce putsch ! »

Le Général de Division Honoré Nabéré Traoré est le premier témoin à déposer. « La hiérarchie a su qu’il y avait un coup d’Etat en téléchargement. Nous nous sommes exprimés sans ambiguïté. Le Général Diendéré nous a suppliés de le soutenir. Nous n’avons pas accepté. Je ne vois pas en quoi la hiérarchie n’a pas été claire », déclare celui qui a été Chef d’Etat-Major général des armées de 2011 à 2014. Par rapport à la paternité du coup d’Etat, le « Général trois étoiles » va un peu plus loin dans ses déclarations.

« Ce n’est quand même pas le Saint-Esprit qui a fait ce putsch ! », s’exclame le Général Traoré qui avait été momentanément proclamé Chef de l’Etat juste après l’insurrection populaire d’octobre 2014. A la question du Parquet, pourquoi n’avoir pas initié d’arrêter le Général Diendéré, l’ancien Conseiller spécial du Président Michel Kafando pouffe de rire avant de répondre.

« J’ai dit que j’étais contre la Transition, mais que je n’étais pas favorable au coup d’Etat. Ça pouvait être une grosse erreur d’arrêter le Général Diendéré. Si on l’avait fait, il allait y avoir un échange de tirs et ce serait du désordre. Ce n’est pas une idée qui nous a traversé l’esprit parce que d’ailleurs, aucun texte ne nous permettait de l’arrêter », réagit l’Officier général qui qualifie par ailleurs de « triple saut » la nomination du Lieutenant-Colonel Yacouba Isaac Zida au grade de Général de Division. Sa déposition tombe à point nommé aux yeux du Ministère public. « Le Général a résolu la crise à son profit », résume un Parquetier.

« Vous, vous n’avez pas bouffé l’argent du RSP. Je peux répondre à vos questions »

Campé à la barre, calepin et stylo en main, tantôt les bras croisés, le Général Diendéré semble en avoir plein les bottes. L’accusé-vedette, qui se plaît de temps à autre à se nettoyer les fosses nasales avec une pièce de tissu, refuse de répondre aux questions de certains avocats des Parties civiles notamment Me Guy Hervé Kam. « Finalement, c’est navrant, mon Général », finit par lâcher Me Prosper Farama.

« Non ! Je ne ferai pas d’effort pour me répéter encore », c’est la réponse du Général Diendéré qui a l’air d’être pris dans un étau. « Golf » ne s’avoue pas vaincu pour autant. Ses coaccusés, Oussène Zoumbri, Eloi Badiel, Abdoul Aziz Korogo, Moussa Nébié dit « Rambo » sont invités au prétoire. Après quelques questions d’éclaircissement, Me Pierre Yanogo, avocat des Parties civiles, conclut tout de même que le putsch a été conçu bien avant l’arrestation des autorités.

Un autre haut gradé est appelé à témoigner. Il s’agit du Général de Brigade Oumarou Sadou, CEMGA de décembre 2016 à janvier 2019. L’Officier général deux étoiles avoue avoir été informé de l’arrestation des autorités le 16 septembre 2015 aux environs de 16h. « Lors de la première réunion, nous avons demandé à ce que les autorités soient libérées. La hiérarchie a été formelle qu’un coup d’Etat n’était pas possible en ces temps », témoigne l’Inspecteur général des armées au moment des faits.

A l’entendre, lors des réunions de crise, il n’était pas question d’accompagner cette aventure. Ses déclarations s’apparentent à un témoignage d’amitié du côté du Parquet militaire. Le Colonel-Major Kéré et le Général Diendéré sont appelés à la barre. « Le Général Sadou a redit ce que j’ai dit ici », se montre bref le Général Diendéré qui, dans un ton joyeux, un brin provocateur, s’adresse à Me Farama en ces termes : « Vous, vous n’avez pas bouffé l’argent du RSP. Je peux répondre à vos questions ».

L’avocat des Parties civiles trouve « curieux » le fait que le Général Sadou soit jusque-là le seul témoin non contesté par le Général Diendéré. L’audience suspendue à 17h moins se poursuivra le vendredi 22 février 2019, la parole dans le camp des avocats des Parties civiles.

Noufou KINDO

Burkina 24

Noufou KINDO

@noufou_kindo s'intéresse aux questions liées au développement inclusif et durable. Il parle Population et Développement.

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