Echec du putsch: «Nous avons joué sur la mentalité de Diendéré» (Général Zagré)

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Le Général de Brigade Pingrenoma Zagré a comparu ce vendredi 22 février 2019 à la barre du Tribunal militaire. Le Chef d’Etat-Major général des armées (CEMGA), au moment du coup d’Etat manqué, se veut formel : Il a fallu user de sagesse et d’expérience pour une issue heureuse.

Le procès du putsch manqué de septembre 2015 bat son plein à la Salle des Banquets de Ouaga 2000. A la reprise de l’audience dans la matinée de ce 22 février 2019, la parole était dans le camp des avocats de la Défense. Après les observations de Me Abdoul Latif Dabo et de Me Olivier Yelkouni, leur principal client, le Général Gilbert Diendéré, a tenu à « remercier le Général Oumarou Sadou pour sa franchise ».

A l’issue de la déposition de l’ancien CEMGA, le Tribunal a examiné une demande de mise en liberté provisoire formulée par l’Adjudant Jean Florent Nion et son Conseil, Me Adrien Nion. S’en sont suivis des débats sur les raisons qui motivent la remise en liberté provisoire de l’accusé. Le Parquet trouve « inopportune » cette énième requête du prévenu. La décision du Tribunal sera connue le lundi 25 février prochain.

Jean-Baptiste Ouédraogo et l’Archevêque Paul Ouédraogo, des « témoins de l’histoire »

Le terrain est ainsi balisé pour recevoir le Général de Brigade Pingrenoma Zagré. Dès que le patron de l’armée, au moment des faits, a été annoncé, plusieurs accusés sont aperçus en train de se mouvoir vers la porte de sortie, probablement pour se soulager avant de revenir. L’actuel Ambassadeur du Burkina au Ghana a comparu habillé dans une tenue « Faso Danfani » rayée blanc noir.

Né en 1956, le CEMGA de 2014 à 2016, avant de déposer a commencé par rendre grâce à Dieu pour avoir sauvé le Burkina pendant les évènements. Il a tenu à remercier l’ancien Président du Faso, Jean-Baptiste Ouédraogo, et l’Archevêque Paul Ouédraogo, qu’il a invités expressément à « être témoins de l’histoire ».

Il a pris ensuite le ciel à témoin de sa bonne foi en jurant de dire la vérité. Selon ses déclarations, le 16 septembre 2015, il était dans une réunion du Conseil d’administration de l’USFA (Union sportive des forces armées) et manqua des appels de son promotionnaire, le Général Diendéré. « Je l’ai rappelé et il m’a informé de l’arrestation des autorités de la Transition », a-t-il dit.

A l’entendre, le présumé cerveau du coup de force a sollicité le soutien du reste de l’armée au cours de la réunion improvisée le 16 septembre. Avant, pendant et même après ladite rencontre, a expliqué ce témoin clé, plusieurs éléments du RSP ont été aperçus cagoulés, tenant des propos discourtois et parfois très menaçants.

« Chez nous les militaires, quand on est d’accord sur une chose, ça ne traîne pas »

Il a poursuivi que malgré tout, tous les membres présents de la Commission de réflexion et d’appui à la décision (CRAD) ont été clairs qu’il n’était pas de la vocation de l’armée de faire changer l’ordre politique du pays. « Il y avait deux manières de faire libérer les autorités de la Transition. La violence ou la négociation. Notre rôle principal a été d’abord de ramener les éléments du RSP à la raison, au changement de mentalité. J’ai gardé contact avec le Général Diendéré tout au long de ces évènements », a narré le Général.

Il a par ailleurs saisi l’occasion pour saluer l’engagement et le « sens patriotique » du Commandant Abdoul Aziz Korogo qui a contribué à entretenir la discipline et à mettre en place une campagne de démobilisation des éléments du RSP. « C’est un choix que le Général Diendéré a fait. Chez nous les militaires, quand on est d’accord sur une chose, ça ne traîne pas. Avez-vous remarqué la longueur des réunions ? Dieu merci, la situation a pu être réglée, avec bien entendu beaucoup de difficultés », s’est réjoui le Général Zagré, qui qualifie au passage ce putsch d’« aventure anachronique ».

Avant les tirs de dissuasion pour contraindre les éléments du RSP à déposer les armes, le représentant de la hiérarchie militaire dit avoir reçu un appel du Général Diendéré, l’air paniqué et craintif pour sa vie. « Sinon, je n’ai jamais ordonné à quiconque d’apporter une aide au Général Diendéré », a réagi celui qui revendique 44 ans de service notamment par rapport à la mission héliportée effectuée vers la frontière ivoirienne.

« Des personnalités politiques m’ont appelé pour me dire d’attaquer »

Interpellé par le Parquet sur une probable complicité avec le Président du CND, il a entre autres répondu : « En 1994, j’ai eu des propositions pour devenir ministre. J’ai refusé. Ce n’est pas à la fin de ma carrière que je vais me lancer dans la politique. Demandez à l’armée, vous allez savoir qui je suis ». « Mais, pourquoi ne l’avoir pas arrêté ? », a rétorqué un Parquetier.

Le Général Zagré a pouffé de rire avant de répliquer : « Ha ! Il n’était pas question d’affronter le Général Diendéré. Des personnalités politiques m’ont appelé pour me dire d’agir ou d’attaquer. J’ai dit non. Nous avons joué sur la mentalité du Général Diendéré. Et avec la grâce de Dieu, nous avons réussi ». Selon ses propos, le Colonel-Major Boureima Kéré, pendant qu’il était en liberté provisoire en décembre 2016, lui a confié que les éléments du RSP ont failli en ne considérant pas ses conseils en tant que CEMGA. Le mal étant déjà fait, il s’agissait dès le 16 septembre 2015, a insisté le témoin-vedette, de mettre un terme à la Transition et non de résoudre une énième crise.

Le Général Diendéré, le Colonel-Major Kéré, le Commandant Korogo, les Capitaines Dao et Zoumbri, l’adjudant-Chef Nébié dit « Rambo » et l’Adjudant Nion sont invités à la barre. C’est le Général Diendéré qui balayera du revers de la main la plupart des déclarations du témoin, même si pour des avocats des Parties civiles, Me Guy Hervé Kam et Me Ali Néya, l’intervention du Général Zagré inspire respect et considération. L’audience suspendue peu avant 17h se poursuit le lundi 25 février 2019, la parole dans le camp des avocats des Parties civiles.

Noufou KINDO

Burkina 24

Noufou KINDO

@noufou_kindo s'intéresse aux questions liées au développement inclusif et durable. Il parle Population et Développement.

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