Burkina : Le CGD scrute les initiatives locales de sécurité

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Avec d’un côté des groupes d’autodéfense censés faire partie de Initiatives locales de sécurité (ILS) qui commettent des actes répréhensibles devant la loi et de l’autre, des forces de défense et de sécurité « premières demanderesses des contributions citoyennes » de l’aide de la population pour endiguer l’insécurité, que faire et comment s’y prendre ? Pour y répondre, le Centre pour la gouvernance démocratique (CGD) invite autour de la table du dialogue démocratique pour sortir le pays du cercle vicieux.

Conformément à l’article 10 de la loi n°032-2003/AN du 14 mai 2003 relative à la sécurité intérieure, le gouvernement adoptait le 14 novembre 2016 le décret n°2016-1052 portant définition des modalités de participation des populations à la mise en œuvre de la police de proximité. Décret qui prévoit la mise en place d’une structure communautaire locale de sécurité par village et secteur. Face à « ces initiatives qui foisonnent », Thomas Ouédraogo, directeur exécutif du CGD et ses collaborateurs, ont invité les acteurs à s’asseoir autour de la table pour « aider à traiter et à formuler davantage le décret ».

Pour l’occasion, il a été fait appel à Sanoussa Gansonré, un consultant indépendant, autour des questions de police de proximité. Avec cette casquette, il a assisté à la formulation de la stratégie nationale de sécurité intérieure, notamment le volet police de proximité. Consulté par le CGD, il a entretenu, ce 22 février 2019, les participants au dialogue démocratique sur cette « politique axée sur la communauté » tout en partageant avec eux les tenants et les aboutissants des Initiatives locales de sécurité (ILS), « une notion apparue en 2009 ».

Ces initiatives se subdivisent en deux grandes familles que sont les ILS ouvertes (grande famille des Koglwéogo) et celles fermées (pour être membre, il faut procéder à des rites) que sont les dozos avec pour unique point commun « travailler à prévenir l’insécurité mais certainement avec des méthodes différentes », note le consultant.

M. Gansonré lie l’échec des comités locaux de sécurité dont la création et le mode de fonctionnement sont peaufinés par l’Etat par le fait que ceux-ci sont perçus « comme si c’est devenu un gagne-pain pour les acteurs». Quant à la promptitude des populations à s’organiser en elles-mêmes pour se défendre, cela s’explique aisément de l’avis de Anselme Somda, chargé de programme au CGD.

« Dans tout Etat en difficulté sur les questions sécuritaires, dit-il, les citoyens essaient toujours de s’organiser pour leurs propres sécurités. Comme on aime à le dire, la nature a horreur du vide. Si vous n’avez pas de police ou de gendarmerie dans une localité, il vous reste à vous organiser entre vous pour apporter une réponse aux problèmes sécuritaires que vous viendrez à rencontrer ou que vous rencontrez ».

Les résultats probants jouant parfois en leur faveur, leurs membres arrivent à récupérer les biens dépossédés pour les retourner à leurs propriétaires légitimes, les populations en arrivent à avoir de l’empathie allant même à se sentir redevables aux ILS. « C’est la vérité têtue », dira-t-il en évoquant la croissance des chiffres d’affaires, avec « l’entrepreneuriat rural (qui) a véritablement repris dans les zones où il y a eu l’émergence d’ILS ».

« Mais malheureusement, déplore le chargé de programme, certains groupes d’autodéfense dans leur désir d’apporter leur contribution à la résolution des problèmes sécuritaires que nous rencontrons, accompagnent leurs actions de violations parfois massives des droits de l’homme ».

« Soyons plus intelligents, honnêtes et modestes pour bâtir avec et à partir des communautés des approches locales productrices de résultats dans le respect du droit et de la dignité humaine », Sanoussa Gansonré

Que faire et comment le faire ?

Il faut, propose Sanoussa Gansonré, commencer par prendre en compte les propositions faites de par le passé lors de forums dédiés à la question. Le consultant déplore l’utilisation qui en est faite. En guise d’exemples, il a cité les propositions faites en mars 2016 lors des journées parlementaires de l’UPC à Kaya, celles faites en octobre 2017 lors du forum national sur la sécurité et en mars 2018 lors des journées parlementaires MPP à Dori. Pendant ces rencontres majeures, « des propositions pertinentes avaient été faites » dit-il. Pour quel résultat, interroge M. Gansonré ? « Chacun doit répondre ».

Timbangou Yenitiedeba est fonctionnaire à la retraite et chevalier de l’ordre du mérite. Il a insisté sur la décoration à lui décernée. « Cela veut dire que j’ai fait quelque chose pour l’Etat », justifiera-t-il. Aujourd’hui, il est secrétaire général de l’association Tin Kubiudogu (Protégeons la cité) qui regroupe les Kogwéogo de la région de l’Est qui « ont accepté suivre ce que le ministre a désigné comme ligne ». Appartenant à ce regroupement composé de « ceux qui suivent les textes », ce « cadre moyen de l’Etat » admis à faire valoir ses droits à la retraite est catégorique : « l’Etat a contribué en partie à la pagaille que certains Koglwéogo sont en train de faire ».

Lettré, Timbangou Yenitiedeba rejette les allégations selon lesquelles « tout ce qui est Koglwéogo, c’est des illettrés ». « C’est faux » reprouve-t-il tout en notant que « tout est dit dans le document ». Un document dont le contenu ne dissuade pas les membres de certains groupes d’autodéfense aux méthodes expéditives.  « D’autres villages, hors de la région de l’Est, les gens piétinent même le décret du ministre », indexe-t-il.

Tout en insistant sur la prévention, Sanoussa Gansonré préconise de « changer de fusil d’épaule » tout en associant la population de façon organisée aux côtés des forces de sécurité pour prévenir l’insécurité. Il se dit persuadé au regard des réalités dans les communautés, qu’« il est possible, sinon indispensable de consolider ou de réinventer une forme de participation communautaire plus efficace et dynamique pour faire face à la pieuvre de l’insécurité sur le territoire national ».

Avec des forces de défense de sécurité, « premières demanderesses des contributions citoyennes », le chargé de programme du CGD est preneur de cette proposition. Comment s’y prendre donc ? En agissant « comme un seul homme » et en devenant « plus intelligents, honnêtes et modestes pour bâtir avec et à partir des communautés des approches locales productrices de résultats dans le respect du droit et de la dignité humaine » sur le chemin de l’édification d’un Burkina Faso meilleur.

Oui Koueta

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