Sankofa ou l’invite à trouver des solutions au déficit énergétique

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19% des 19 millions d’habitants du Burkina Faso, pays le plus ensoleillé de l’Afrique de l’Ouest avec environ trois mille (3000) heures de soleil par an, ont accès à l’électricité. Les abonnés au réseau de la Société nationale d’électricité s’en retrouvent très souvent privés. Pour inverser la tendance, des jeunes réunis dans le cadre du projet Enter Africa se sont donnés pour but de changer la donne. Par l’intermédiaire du jeu vidéo. Cela donne Sankofa.

21 février 2019 à l’Institut Goethe de Ouagadougou. La concentration est maximale de part et d’autre. Là, en effet manettes à la main devant un écran pour les uns, les autres hésitant à déplacer le « fou » du jeu d’échec pour ne pas se faire « mater » par l’adversaire, synonyme d’échec, des jeunes rivalisent d’ingéniosité.

C’est sur cet esprit de concentration qui est à l’origine du projet Enter Africa. Les initiateurs sont catégoriques. « Nous sommes convaincus qu’ils le peuvent ! Et c’est la raison d’être du projet Enter Africa. Il encourage les jeunes d’Afrique subsaharienne à utiliser le raisonnement des jeux comme un outil pour répondre aux défis quotidiens », peut-on lire à ce sujet.

Pour y arriver dans 15 capitales du continent, des équipes interdisciplinaires composées d’architectes, d’urbanistes, d’experts en informatique et d’artistes sont constituées pour créer des jeux basés sur la localisation. Pourquoi les jeux ? « Les jeux anticipent les processus de transformation de nos villes et envisagent des scénarios futurs » en répondant aux défis liés à l’infrastructure, la culture et à l’environnement. Le tout est de passer par le jeu pour imaginer, concevoir un meilleur futur (intéressant, ludique qui peut engager le maximum de personnes afin de résoudre les différends de problèmes). C’est-à dire gamifier sa ville du futur.

Au Burkina Faso, le résultat donne Sankofa, « simple, sous forme de questionnaires ». Il a pour thème la problématique énergétique avec une projection dans un futur proche. Dans le jeu, il est fait « appel à un fils du terroir » invité à aider à résoudre les problèmes énergétiques. « On a 3 000 Heures par an de soleil. Mais qu’est-ce qu’on en fait ?  Pas grand-chose, constate amère Evélia Gadegbeku, représentante pays du projet Enter Africa. On ne vous propose pas un jeu qui va résoudre la problématique énergétique. On vous propose un jeu qui va vous permettre de vous projeter dans l’avenir. »

Avec « le jeu, on se rend dans un monde virtuel, un monde du futur. Et pourquoi pas créer des jeux qui sont reliés à la réalité du pays d’où on vient ? », interroge Carolin Christgau, directrice du Goethe Institute Ouaga. En épaulant les équipes locales à créer leur propre jeu, l’institut espère ainsi aider à concevoir des solutions endogènes aux défis inhérents à chacune des quinze villes africaines concernées par le projet Enter Africa. « On a la possibilité de parler de sujets qui concernent son propre pays. Les technologies peuvent être utilisées pour un bon but », assure-t-elle.

Yasser Sangaré fait partie de l’équipe d’Enter Africa Ouaga. Ce business developer est convaincu que « chacun à son niveau peut faire quelque chose » pour solutionner les problèmes qu’il y a autour de lui. « Comment peut-on y arriver ? De manière fun », oriente-t-il. D’où l’approche gamification (user du jeu vidéo à des fins didactiques, managériales) avec son « petit secret qui permet de créer de l’engagement chez les utilisateurs » pour les emmener à réfléchir sur des possibles solutions dans bien d’autres secteurs où le besoin de transformation se pose avec acuité.

Contexte et défi de Sankofa : Avec plus de 3000 heures de soleil par an, le pays est l’un des plus chauds d’Afrique faisant de l’énergie solaire une ressource renouvelable prometteuse.

L’équipe derrière Sankofa souhaite « capter » ce pouvoir pour aider à solutionner la crise de l’énergie au Burkina Faso. « Que ce soit au Waré, aux cartes, au poker, aux échecs, toute personne qui joue atteint un certain niveau de concentration. On appelle dans le jargon le flow. Et c’est un moment de concentration tellement extrême que les personnes, lorsqu’elles seront amenées à mener des tâches, elles vont le faire très bien. Raison pour laquelle nous passons par le jeu », explique Yasser Sangaré. Il est temps dit-il que « les gens arrêtent de considérer le jeu comme quelque chose de futile » car « bien au contraire, le jeu peut être très utile ».

L’équipe derrière Sankofa ne prétend pas détenir la solution à la crise énergétique.  Avec son équipe, Evélia Gadegbeku espère que ce jeu amène les joueurs à « penser à des solutions alternatives » en sortant des sentiers battus pour enfin « pallier les coupures qu’on a de manières récurrentes ici ».

Pour y arriver, les concepteurs de Sankofa invitent à sortir de « l’erreur » qui consiste à ne voir que l’aspect ludique des choses. « Ce qu’il faut savoir, explique la cheffe d’équipe, c’est qu’aujourd’hui, on a la gamification qui permet d’utiliser le côté ludique des jeux et d’implémenter ça dans différents domaines d’activités comme l’énergie, la sécurité, l’économie etc. C’est ça la force majeure des jeux. »

Oui KOETA

Burkina24

Oui Koeta

'The vitality of a country can also be measured through that of its journalists'

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