100 ans du Burkina : “Nous avons besoin que notre histoire nationale soit mieux enseignée”

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Cela fait 100 ans que le Burkina Faso existe. Un siècle plus tard, dans l’optique de mieux « cerner les circonstances de la création de leur pays », les Burkinabè observent « un arrêt sur l’événement pour réfléchir sur le processus de construction de notre Etat-nation ».

Ça se passe à l’Université Ouaga 1 qui porte le nom de l’éminent historien Joseph Ki-Zerbo. Ce temple du savoir, pour le Pr. Magloire Somé, constitue le « lieu idéal » pour accueillir le colloque scientifique dont les résultats sont attendus par le ministère de l’administration territoriale, de la décentralisation et de la cohésion sociale.  

Le chef de l’Etat Roch Kaboré  a pris part, ce 9 mars 2019, à la cérémonie officielle qui s’est soldée par la communication inaugurale donnée par Jean Marc Palm, directeur de recherche à la retraite, président du Haut conseil pour le dialogue social.

Pour le président du Faso, il est temps pour les Burkinabè de « [se] approprier [leur] histoire parce qu’il n’y a pas d’avenir dans un pays si cet avenir n’est pas fondé sur l’histoire et les leçons [à en tirer] ». Et Roch Kaboré d’inviter ses compatriotes, notamment les scientifiques, les historiens et tous ceux qui le peuvent, à « participer à la reconstitution de cette histoire ».

Le but, avoir du contenu à « enseigner à nos jeunes, nos enfants dans le cadre de la meilleure connaissance de notre histoire ». Le jeu en vaut la chandelle, car à ses yeux, le secret de l’avancée des pays qui pèsent dans la balance mondiale se trouve dans leur histoire qu’ils enseignent dans les écoles et universités.

Un avis partagé par le Pr. Albert Ouédraogo, enseignant de littérature orale africaine à l’Université Ouaga 1. Pour lui, le résultat demeurera le même, tant que, l’histoire de la chasse sera contée par les chasseurs qui décriront toujours les lions comme des bêtes féroces. Pour ce professeur de littérature orale, « il est important que ceux qui ont subi l’histoire à un moment donné puissent prendre la parole, la plume et donnent leur version des choses ». A défaut, « on aura toujours une version biaisée ».

L’ambassadeur français Xavier Lapeyre de La Cabanes trouve lui « très important d’avoir un colloque scientifique qui permet d’avoir une approche et une compréhension scientifique dépassionnée des choses ». Cela consistera à ne pas cacher les faits mais à les expliquer. De même, il apprécie « qu’il puisse y avoir des échanges scientifiques de façon non polémique ».

Dans le cadre de cette démarche scientifique consistant à chercher à comprendre comment le pays s’est « construit à partir d’une décision coloniale un peu discutée avec les pouvoirs locaux », des historiens français spécialistes du Burkina Faso et de la Haute-Volta, invités, sont présents à Ouagadougou.

Passer aux étapes « enseignement, réécriture de cette histoire par nous-mêmes et appropriation (qui) est un élément fondamental dans la prise de conscience que nous appartenons à un même Etat, à une même nation »

« Asseoir une conscience historique chez les jeunes » africains

Le cheminement n’ayant « nullement été paisible (la création de ce territoire comme réalité historique l’a été dans la douleur de l’engendrement) », le ministre d’Etat en charge de la cohésion sociale se réjouit que « la volonté d’aller de l’avant a toujours animé les Burkinabè qui restent attachés à ce territoire qui est leur patrie ». Et Siméon Sawadogo d’invoquer le recours à l’identité et à l’appartenance à la même nation.

De quoi séduire le Pr. Doulaye Konaté, ancien président de l’association des historiens africains. L’historien malien « venu souvent » à Ouagadougou pour participer à un événement qui se tenait régulièrement sur la culture et l’identité, parle d’« exemplarité » du Burkina Faso, qui « attache beaucoup d’intérêt aux questions d’identité ».  Pour lui, cela relève d’un impératif que d’« asseoir une conscience historique chez les jeunes » Africains. Sans quoi, « il n’y a pas de citoyenneté ».

Le ministre de l’administration territoriale s’y est attardé dans son discours d’ouverture du colloque. « La conscience nationale suppose que les populations se reconnaissent dans une appartenance commune et qu’elles partagent des affinités diverses ; qu’il y ait entre elles une communication, des compénétrations qui conduisent au brassage. Il s’agit de faire en sorte que des liens qui se tissent consolident le vivre-ensemble et minimisent les particularismes conflictogènes », a déclaré Siméon Sawadogo.

« Enrichissant », c’est ainsi qu’Ilboudo Hilary a trouvé le contenu de la communication inaugurale faite par le directeur de recherche à la retraite en ce sens qu’elle confie avoir « vraiment appris » tant Jean Marc Palm « a eu à dire des choses que je ne savais pas sur la Haute-Volta (création et signification) » qu’elle ne savait pas. L’étudiante ne pensait pas si bien dire.

Le président du Faso le dira lors de l’interview  au sortir de l’amphithéâtre. « Aujourd’hui, si vous demandez à beaucoup de jeunes qu’est-ce que l’histoire du Burkina Faso, personne ne sait de quoi il s’agit”, constate le chef de l’Etat. Pour Roch Kaboré, il y a nécessité à passer aux étapes « enseignement, réécriture de cette histoire par nous-mêmes et appropriation (qui) est un élément fondamental dans la prise de conscience que nous appartenons à un même Etat, à une même nation ».

Toute chose qui soulève la problématique du contenu des enseignements, notamment des livres d’histoire. Même son de cloche en provenance du ministre d’Etat Siméon Sawadogo :  « Nous avons besoin que notre histoire nationale soit mieux enseignée dans nos écoles avec cette forte conviction qui m’anime qu’elle aidera à forger le sentiment national burkinabè ».

Insuffler un nouveau souffle

Pour Jean Marc Palm, cela relève de l’ordre d’absolue nécessité. L’Etat voltaïque aujourd’hui burkinabè, une reproduction de l’organisation administrative, judiciaire et militaire de l’ancienne métropole, ne reflète pas les différentes organisations socio politiques des populations, d’où le divorce entre elles et l’appareil d’Etat. Aujourd’hui à la retraite, le directeur de recherche met en cause les anciens schémas d’analyse.

S’interrogeant sur la part de responsabilité de la classe politique et des idéologues qui ont contribué à façonner « une certaine jeunesse gagnée par le désespoir dû à l’incertitude du lendemain,  qui ne jure que par ce qu’elle appelle les deals, les ken, les wé, le business », M. Palm est catégorique : « De nos réponses-actions dépendront en partie leurs pratiques et l’avenir du pays ». En guise de cheminement, préconise-t-il, « il faut provoquer la mobilisation générale (qui) n’est qu’un choc psychologique pour drainer toutes les énergies vers la transformation de notre pays ».

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Burkina24

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