Alexandre Sankara : Contre le F CFA, « j’invite Roch Kaboré à être le porte-drapeau »

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Economiste financier de formation, inspecteur des impôts et député de l’UNIR/PS pour un 2e mandat, Alexandre Sankara a eu maille à partir avec son parti politique dirigé par Me Bénéwendé Sankara, il y a de cela quelques mois. La création d’un parti politique, le PUR, Progressistes unis pour le renouveau, lui avait été imputée. Même s’il nie la paternité, Alexandre Sankara, adepte de la rupture générationnelle en politique, invite toujours Me Bénéwendé Sankara à se retirer de la tête de l’UNIR/PS, parti membre de la majorité présidentielle. Le lundi 18 mars 2019, il a répondu aux questions de Burkina 24.

Burkina 24 (B24) : A l’Assemblée nationale, les bruits de bottes se sont tus, est-ce le parfait amour actuellement entre opposition et majorité ?

Alexandre Sankara (A. Sankara) : Vous savez, l’Assemblée, c’est le débat d’idées et le débat contradictoire. Mais au-delà de ça, il y a une ambiance bonne enfant, fraternelle qui règne entre les députés qu’ils soient de l’opposition ou de la majorité sans que cela n’entame en rien les convictions de chacun.

B24 : Votre nom a été associé à un nouveau parti politique, le PUR. Est-ce que vous l’avez créé ?

A. Sankara : Non, je n’ai pas créé un nouveau parti. Comme je le répète, des camarades avec qui nous avons cheminé de nombreuses années ont décidé, pour diverses raisons, de quitter l’UNIR/PS et de créer le PUR. Certains camarades de mon parti disent que je suis le parrain de ce parti. Mais en attendant, je suis député de l’UNIR/PS. Je n’ai pas encore démissionné de l’UNIR/PS.

B24 : Les élections de 2020 s’approchent. Des candidats à la présidentielle se sont déclarés. Mais d’aucuns estiment avoir peur même de la tenue des élections compte tenu de la situation sécuritaire précaire dans certaines zones. Partagez-vous cette inquiétude ?

A. Sankara : C’est une peur justifiée. Quand dans un pays il y a l’insécurité comme nous la vivons au Burkina Faso, c’est normal qu’on puisse s’inquiéter de l’organisation d’élections ou toute autre activité d’ailleurs. Mais je pense que de plus en plus, la situation sécuritaire est en train d’être maîtrisée par nos Forces de défense et de sécurité que je salue au passage. On espère que d’ici 2020, le ciel va s’éclaircir et que la situation sécuritaire sera totalement maîtrisée, ce qui va permettre tout naturellement d’organiser des élections.

B24 : Est-ce que Alexandre Sankara a des ambitions pour Kossyam ?

A. Sankara : Bien sûr. Tout homme politique et en ce qui me concerne, j’ai des ambitions pour Kossyam et je me suis engagé en politique parce que j’ai des ambitions, des convictions, des idées à partager avec mes concitoyens. Mais à chaque chose, il faut son temps. Il y a eu une émulation ces derniers temps de partis politiques créés par des jeunes. Il y a eu le PUR, il y a eu le parti qui a demandé à Tahirou Barry d’être son candidat, il y a le parti créé par Me (Ambroise) Farama qui, tous, se réclament du renouveau démocratique.

Je pense qu’il faut que ces jeunes puissent se retrouver, se mettre ensemble, peut-être que ça va donner un autre déclic. Tous ces partis disent qu’il y a un sentiment de désapprobation de la vieille classe politique. Il y a une rupture de confiance entre les Burkinabè et la vieille classe politique et par conséquent, il faut un renouveau démocratique. Mais il ne faut pas aussi que nous jeunes, nous fassions comme nos aînés. Si nous partons en rangs dispersés, nous n’allons pas pouvoir réaliser nos ambitions. C’est déjà cet appel que je fais. Si les gens pensent qu’il est temps de créer cette rupture générationnelle, cette jeunesse doit parler d’une même voix.

Alexandre Sankara invite Me Bénéwendé Sankara à « sortir par la grande porte » – Ph. B24

B24 : Vous venez de réaffirmer votre appartenance à l’UNIR/PS, Me Bénéwendé Sankara a toujours été le candidat du parti à la Présidentielle. En y restant, est-ce que les portes de Kossyam ne vous seront pas toujours fermées ?

A. Sankara : C’est ça mon combat à l’UNIR/PS et c’est du reste ce qui m’a valu tous les déboires que vous connaissez. C’est parce que j’ai exprimé mes points de vue de façon sincère et honnête et disant qu’il est temps qu’on fasse de l’alternance au sein du parti pour apporter un sang neuf. Je reste dans cette dynamique, je ne connais pas les intentions de Me Sankara, mais je pense qu’il a dû tirer leçons de ses candidatures successives.

Je pense que c’est un homme raisonnable qui saura dire que ‘’j’ai fait ce que je peux. J’ai conduit la lutte de l’opposition depuis une vingtaine d’années, il est peut-être temps que je me mette en arrière, que je pousse les jeunes que j’ai formés’’. Je pense que c’est ça qui doit être sa réflexion et je souhaite qu’il aille dans ce sens.

Vous savez, je pensais qu’à l’issue des élections de 2015, Me Sankara allait faire une halte, faire un bilan et prendre des décisions fortes. Mais ce n’est pas tard, 2020 s’approche, peut-être qu’il faut au sein de l’UNIR/PS que les choses se réorganisent, qu’il y ait une nouvelle dynamique. Sinon, vous voyez bien que ça stagne. Le parti stagne. Il faut se poser les bonnes questions et apporter les bonnes réponses.

B24 : Clairement, vous appelez Me Bénéwendé Sankara à se retirer ?

A. Sankara : Oui, je ne vais pas faire la fine bouche. Je l’appelle à se retirer, pas à se retirer de la politique, mais à se retirer de la tête du parti. Il peut être celui-là même qui peut apporter par ses convictions, sa vison, beaucoup à la jeunesse. Si, à l’issue des élections de 2015, Me Sankara avait demandé au peuple burkinabè de soutenir les jeunes qu’il va pousser, je crois que ça allait être un message très fort. Mais ce n’est pas tard. Il peut encore le faire et ça va être très bien pour lui, parce que là, il va sortir par la grande porte et ça va propulser le parti au-devant de la scène politique.

B24 : Il y a de cela quelques jours, Kossyam a annoncé que la nouvelle Constitution sera adoptée par voie référendaire. Partagez-vous cette position ? 

Adoption de la nouvelle Constitution : « Je ne vois pas la raison du référendum »

Burkina 24

B24 : Vous estimez qu’une nouvelle Constitution n’est pas une priorité pour les Burkinabè, mais c’est une promesse électorale…

A. Sankara : C’est une promesse mais toutes les promesses ne sont pas tenues. Dans toutes les promesses qu’il a faites, il ne pourra pas les exécuter toutes. Ça aussi, c’est la vérité. Pourquoi l’adoption de la Constitution ne ferait pas partie des promesses qu’il ne pourra pas mettre en œuvre ?

B24 : Le débat sur le Fonds commun s’accentue. Que pensez-vous de la réponse du gouvernement qui plafonne le Fonds commun à 25% de la masse salariale ?

A. Sankara : Je suis inspecteur des impôts donc je connais le Fonds commun (FC) parce que j’en ai bénéficié jusqu’à venir à l’Assemblée nationale. Je précise que depuis que je suis à l’Assemblée nationale depuis 2012, je n’ai plus bénéficié du Fonds commun, même si c’est une injustice qu’on m’a faite, mais bon, c’est une autre affaire. J’apprécie le Fonds commun à deux niveaux.

Le premier niveau, effectivement, il faut que tout le monde y compris les agents du ministère des finances comprennent que le Fonds commun était arrivé à un niveau inacceptable. Ça, si tu es quelqu’un de raisonnable, tu dois admettre que les proportions étaient devenues inacceptables. Le deuxième niveau, il faut bien trouver des réponses que ça soit acceptable par tout le monde.

Mais est-ce que la réponse que le gouvernement a donnée est la bonne et la meilleure ? Je dis non. Je rappelle que lors du passage de la loi de finance pour cet article précis qui plafonne le fonds commun à 25% de la masse salariale, j’ai voté contre, même si pour le reste du budget j’ai voté ‘’Oui’’. J’ai voté contre parce que je pense que pour des questions sensibles comme cela, il ne faut pas les traiter de façon légère. Quand quelqu’un est habitué à prendre deux millions, trois millions par trimestre, vous ne pouvez pas du jour au lendemain dire que cette personne doit prendre 200.000 F CFA ou 300.000 CFA par trimestre. Quel que soit le bord politique de la personne, ça ne va pas passer, parce que ce sont des acquis que les gens ont engrangés. Ils n’ont pas volé ces acquis.

Une solution plus simple et plus juste c’était de geler le Fonds commun sur un nombre d’années, par exemple sur cinq ou dix ans. Par exemple, un inspecteur des impôts qui a peut-être dix ou 15 ans de service, il a deux millions de FC par trimestre, on va plafonner ça. Il ne bougera plus pendant 10 ans. Même si les recettes augmentent, il garde le même FC sur 10 ans, le temps que les vieux agents aillent à la retraite. Ça vous permet aux nouveaux agents de savoir que le FC est gelé. Donc les gens vont s’habituer à prendre des montants raisonnables et cela va permettre aux gens d’apurer les dettes qu’ils ont contractées auprès des différentes institutions financières.

Cette proposition je l’ai faite au Premier ministre, au ministre des finances, ça n’a pas été retenu. Ils ont pris la décision de couper de façon brutale ce FC. On va attendre de voir, on verra si la décision sera appliquée ou pas parce que le premier FC doit être payé en fin mars – début avril.

B24 : Doit-on s’attendre à un durcissement du bras de fer entre syndicats des finances et gouvernement ?

A. Sankara : Allez dans les administrations fiscales, vous voulez payer vos taxes, vous voulez demander un papier pour complément de dossier, on dit qu’il n’y a pas de réseau. Les uns et les autres disent qu’il y a le réseau mais il est sciemment saboté par des agents qui refusent de travailler en adoptant une nouvelle forme de grève qui ne dit pas son nom. C’est-à-dire être présent dans les bureaux mais ne rien faire. Je pense qu’il y aura d’autres mesures. J’ai ouïe dire que les syndicats se préparent pour lancer des actions vigoureuses, prendre en otage les salaires des fonctionnaires. En tout cas, c’est inquiétant, mais il faut que les gens se remettent sur la table de négociation.

B24 : Vous êtes économiste, sur la question du F CFA, vous avez souhaité que les chefs d’Etat africains cessent d’être des sous-préfets de la France. Pouvez-vous revenir plus en détails sur vos positions ?

Contre le F CFA, « j’invite Roch Kaboré à être le porte-drapeau »

Burkina 24

Interview réalisée par Ignace Ismaël NABOLE

Burkina 24

Ignace Ismaël NABOLE

Journaliste reporter d'images (JRI).
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