Saint-Pierre Yaméogo a été porté à sa dernière demeure

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Le cinéaste burkinabè Saint-Pierre Yaméogo décédé lundi 1 er avril 2019, à l’âge de 64 ans à Ouagadougou a été porté à sa dernière demeure ce jeudi 4 avril 2019 au cimetière de Goughin.

On le savait malade et il se faisait rare. L’une de ces dernières apparitions publiques était en mars 2018 où il était parrain de la 3e édition de Ouaga Lab Film à l’occasion de laquelle il partait ses expériences avec les jeunes cinéastes.

Qui est Saint-Pierre Yaméogo ?

Pierre Sakama Yaméogo de son nom à l’état civil  est un « self made man », un exemple de vie courageuse.

Parti de rien après un échec scolaire, il regagne la Côte d’Ivoire avec son cousin François Yaméogo  pour travailler dans les plantations. Sorti de là parce que très pénible, il va rejoindre la ville où il va s’adonner à la couture.

Ambitieux, il va à Paris où il continue la couture, toujours avec son cousin. C’est là qu’est née l’envie de faire du cinéma. Il se voue à sa formation de cinéaste avec ses économies de la couture à Paris puis aux Etats-Unis. Son cousin, lui, poursuit des études de stylisme et devient François 1er, styliste de renommée internationale. Pierre Yaméogo a fondé après ses études sa maison de production « Afix Productions » en France.

Depuis 1976, il travaillait comme réalisateur et en 2005 son film Delwendé a remporté « Le prix de l’espoir » au festival de Cannes en 2005. Il a réalisé plusieurs films dont « L’œuf silhouette » (1984), « Dunia » (1987),  « Laafi, tout va bien » (1991), « Wendemi, l’enfant du bon Dieu », 1993, « Silmandé, le tourbillon », « Moi et mon blanc », 2003, « Delwendé, lève-toi et marche » ( 2005), « Bayiri, la patrie » (2010) son dernier long métrage portait sur la crise ivoirienne.

A noter que, outre ses œuvres cinématographiques, Pierre Yaméogo a été le réalisateur de Burkina compil qui réunissait tous les musiciens burkinabè pour chanter une hymne  pour la paix.

Mais ses œuvres cinématographiques laissent constater sa détermination à apporter sa pierre à la construction de sa nation. Les films de Pierre étaient très engagés, très critiques de la société.

« Il était sur des thèmes engagés, à tel point que les collègues qui devaient sélectionner les films ont fini par penser à un moment donné que ses films étaient des films documentaires. C’est normal, nous n’avons pas atteint le niveau de Pierre. Voilà pourquoi ses films nous dépassaient, voilà pourquoi on n’a pas su effectivement leur valeur exacte », en témoigne encore Pierre Roamba, cinéaste et ami du défunt.

Il aura marqué son temps, sa génération, le monde du cinéma. Les surnoms ne lui manquaient pas, « L’enfant terrible du cinéma africain », « Pierre le grognon », « Saint Pierre », « Virus », lui ont été donnés pour marquer la différence qu’il affichait dans sa vie.

Mais son franc parler avait fait de lui, un homme incompris. « Il n’était pas plus méchant que ça, il n’exprimait que sa déception. Il avait la grande gueule mais une grande gueule pour construire, il avait de la rigueur et quand on ne la comprenait pas, on pensait qu’il est mauvais. Il a toujours dit ce qu’il voit », analyse Abdoulaye Komboudri, qui était appelé « l’acteur fétiche » de Pierre tant il a joué dans ses films.

Standing ovation pour l’artiste à la soirée hommage

Cependant, l’homme avait aussi des amis de par le monde dont certains ont effectué le déplacement sur Ouagadougou ou des messages envoyés pour ceux empêchés pour lui témoigner leur reconnaissance.

Avant d’être porté à sa dernière demeure, une soirée hommage a été organisée en son honneur où, entre deux extraits de ses œuvres et portraits, les parents, amis et collaborateurs se sont remémorés la vie de l’artiste.

Il laisse derrière lui une femme et 4 enfants et une œuvre écrite et déposée au BBDA intitulée « Woubri » qui veut dire adoption en mooré.

Revelyn SOME

Burkina24

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