Putsch : “Au pont Kadiogo, ils voulaient nous brûler vifs”

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A la suite du visionnage de l’élément vidéo le mercredi 3 avril 2019 exposant les « exactions » qu’auraient commis des soldats de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP) et des témoignages de victimes qui ont eu maille à partir avec ce corps, les observations des différentes parties au procès ont commencé le vendredi 5 avril 2019. Plusieurs accusés ont été appelés à la barre pour des explications.

« J’étais au pont Kadiogo, on voulait prendre du carburant. Les gens du RSP (Régiment de sécurité présidentielle) nous ont repérés. Ils sont venus vers nous et nous ont dit de nous coucher. En même temps, on a reçu des coups de ceinturons. Ils voulaient nous brûler vifs, mais il y a un qui s’est interposé. Finalement, ce sont nos motos qui ont été brûlées ». Ainsi témoignait un jeune homme dans la vidéo de plus d’une heure de temps diffusée le mercredi 3 avril 2019 au Tribunal militaire.

« … l’attentat à la sûreté de l’Etat a été planifié par le général Diendéré »

En sus de celui-ci, des journalistes dont Abdou Zouré, rédacteur en chef de Burkina 24 ou Adama Sigué du quotidien Le Pays ont exposé, dans la vidéo, leur rencontre « tragique » avec des éléments du RSP lors du coup de force de septembre 2015. Une partie de l’élément vidéo a concerné le passage des putschistes à la radio Savane FM. Dans cette partie, le Parquet a fait remarquer que le sergent-chef Mahamado Bouda a utilisé une arme, une kalachnikov, pour « casser » une des caméras de surveillance.

Pourtant, lors de son audition, l’inculpé avançait avoir utilisé un bâton pour ce faire. Appelé à la barre, le sergent-chef confirme les dires du Parquet. Mais, précise-t-il, « c’était pour éviter certains faits. Les enfants voulaient chercher le disque d’enregistrement. Pour éviter autre chose, j’ai demandé l’arme et j’ai tapé sur la caméra ». Le Parquet, toujours dans ses observations, fait mention d’une interview du général Diendéré sur France 24. « Dès le 16 septembre 2015 (jour de l’interview selon le Parquet) le général Diendéré a parlé de Coup d’Etat (…) Il a même dit, par rapport aux autorités arrêtées qu’on va les libérer », explique le Parquet, convaincu que « l’attentat à la sûreté de l’Etat a été planifié, commandité par le général Diendéré ».

Le général Diendéré a pour sa part réfuté la date de l’interview donnée par le Parquet. « Elle a eu lieu au plus tôt le 17 septembre après la proclamation », confie-t-il. Mais bien avant cela, dans ses observations, le général Diendéré a constaté que des vidéos, notamment celles de l’aéroport manquaient. Dans la même lancée que Me Mahamadi Sawadogo qui faisait cas de « violence » de la part des manifestants anti coup d’Etat, le général Diendéré a rappelé « avoir remis deux listes de membres du Comité de résistance ».

A la suite des débats sur la vidéo, Me Stéphane Ouédraogo, avocat de Adama Ouédraogo dit Damiss a produit une pièce, une vidéo de 2014, dans laquelle il était loisible d’entendre et de voir l’expert Younoussa Sanfo démontrer la possibilité de capter des données personnelles d’un téléphone portable, lors d’une émission de la RTB. Se basant sur cela, Me Ouédraogo jette des doutes sur la fiabilité des écoutes téléphoniques et des éléments vidéo versés dans le dossier. Par ailleurs, l’avocat a révélé l’existence de « logiciels » qui permettraient « d’imiter des voix ».

…décès du père de Me Bonkoungou, conseil de Djibrill Bassolé

Mais selon Parquet et les Parties civiles, Me Ouédraogo doit démontrer, en prenant l’exemple d’une écoute ou d’une vidéo, qu’elle a été altérée. Aussi, ajoute le Parquet, « ce n’est pas élégant » de la part de l’avocat qui produit la pièce juste après le départ de l’expert ne permettant pas à celui-ci de pouvoir opiner. A la fin des débats, le Parquet militaire n’ayant plus de vidéos à diffuser, une autre étape du procès allait être franchie. Il s’agit des témoignages des parties civiles. Les avocats de celles-ci ont demandé un temps pour se concerter.

La demande a été accordée. L’audience reprend le mardi 9 avril 2019. Mais avant la suspension, les avocats présents au procès ont annoncé le décès du père de Me Dieudonné Bonkoungou, conseil de Djibrill Bassolé.  

Ignace Ismaël NABOLE

Burkina 24

Ignace Ismaël NABOLE

Journaliste reporter d'images (JRI).

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