JNP 2019 : Ce qu’il faut retenir des échanges avec le président du Faso

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Des annonces faites à Gaoua lors des échanges avec le chef de l’Etat, il ressort que « le paysan qui nourrit le Burkina Faso restera au milieu des préoccupations » des ministères dédiés au développement du monde rural. D’où l’engagement de l’exécutif à « faire de l’agriculture un pôle de concentration » au travers de plus d’investissement dans « l’industrie de transformation naissante » pour faire du secteur agricole « un domaine d’affaires qui doit être rentable, qui doit permettre d’améliorer le revenu de nos paysans ».

Dans son discours lors de la cérémonie officielle de la Journée nationale du paysan ce 26 avril 2019, le ministre de l’agriculture Salifou Ouédraogo dévoilait les attentes du gouvernement qui vient d’adopter les décrets d’application de la loi d’orientation agro-sylvo-pastorale halieutique et faunique. L’exécutif espère ainsi « donner un nouveau regard à l’activité agricole », qui « plus qu’une activité est aussi et surtout un métier, une vocation ». Ce qui fait de ces textes « une incitation à la mobilisation de la jeunesse dont la contribution est attendue pour la transformation structurelle du secteur ».

Des menaces qui pèsent sur la saison agricole

Encore faut-il déjà convaincre les paysans de ne pas abandonner les champs pour la ville à la recherche de leur pitance quotidienne, ce phénomène aggravé par la menace sécuritaire. Dans certaines régions cependant, le danger qui pèse sur les paysans n’est pas du fait des terroristes. Loin de là.

Membre consulaire de la chambre régionale du Centre-ouest, Nignan Kouamé a fait part de l’une des préoccupations des populations des provinces de la Sissili et du Ziro. « Depuis un certain temps, confie-t-il, les éléphants font de plus en plus des dégâts (champs, vergers) dans la région et causent même des pertes en vie humaine ». Une situation qui, dit-il, a poussé les populations à manifester leur désarroi et mécontentement. Et le porte-parole de faire une plaidoirie : « Excellence monsieur le président, sécurisez-nous face à ce phénomène ».

Salamata G. du Nord et Yacouba G. du Sahel ont fait part de leurs craintes à la suite de « l’abandon des zones de production et la réduction des interventions des partenaires au développement » dans ces deux régions du pays. Yacouba a fait cas du « blocage » des activités agro-sylvo-pastorales et de l’« inaccessibilité de certains marchés à bétail, de postes de vaccinations et de pâturages » et aussi de la « destruction d’ouvrages hydrauliques ».

Pour le retour à la normale au Sahel, les participants aux forums et ateliers sectoriels de la région du Sahel recommandent le « renforcement de la sécurité dans la région et la restauration de la bonne collaboration entre les populations et les forces de défense et de sécurité ». Eleveur, Yacouba G souhaite voir relancer la construction de l’usine de fabrique d’aliments (pour bétail) dont la pose de la première pierre est intervenue en 2016.

Industries agro-alimentaires

Représentés par Hema Atel, vice-président de la fédération des industries agro-alimentaires du Burkina, les promoteurs d’unités de transformations souhaitent obtenir une subvention des équipements de transformation et d’emballages des produits agricoles transformés et la prise en compte des achats des produits transformés dans le cadre de la constitution du Stock national de sécurité alimentaire.

Leurs doléances ne sont pas si différentes de celles de l’interprofession riz et de l’union nationale des étuveuses du riz du Burkina. Président de l’interprofession riz, Jacques Kienou souhaite pour sa part « l’interdiction d’importation pure et simple du riz importé âgé de trois ans ». 

Selon lui, en 2016, les producteurs de riz au niveau national ont pu livrer 88% de leur production. L’année d’après, ils ne livreront « que 68% ». En 2018, « c’était pire » déplore-t-il. L’interprofession riz et l’union nationale des étuveuses se sont retrouvées sur le marché « avec les maçons et où des boutiquiers pour les marchés institutionnels ». Résultante, « le riz reste dans les mains des producteurs ».

Mais leur peine ne se limite pas là. La lenteur administrative dont se plaingent les contribuables s’invite elle-aussi dans la chaîne des déboires. Ce qui fait que les producteurs ne sont pas payés à temps. Au terme des échanges, le chef de l’Etat s’est attardé sur le phénomène. « Faisons en sorte que nos producteurs ne gardent pas par devers eux ce qu’ils ont produit parce que l’année prochaine, ils vont laisser tomber parce que ça ne leur sert pas à quelque chose. Faisons-en sorte que l’Etat et ses démembrements paient à temps ce que le paysan donne à l’Etat pour les écoles, etc», a déclaré Roch Kaboré.

« Inondation de nos marchés par le lait en poudre dégraissé »

Adama Ibrahim Diallo est transformateur de lait. Il préside l’union nationale des mini-laiteries et producteurs de lait local au Burkina. Également vice-président de l’interprofession lait, il dit avoir constaté depuis la levée des quotas laitiers en Europe en 2015, « l’inondation de nos marchés par le lait en poudre dégraissé et réengraissé par de l’huile de palme ». Un déversement qui crée « une concurrence déloyale ». Une situation qui « ne sécurise pas la production et la transformation du lait local », déplore le producteur.

C’est conscient de cet état de fait, avoue le Harouna Kaboré, ministre de l’industrie, du commerce et de l’artisanat, que la décision a été prise d’inscrire un certain nombre de produits sur la liste des produits soumis à opération spéciale d’importer. Ce qui a permis selon lui « d’écouler l’année dernière à 100% le sucre de la SN SOSSUCO, d’enlever les 660 000 bidons d’huiles de 20 litres et de payer 260 000 bidons de la SN CITEC »

M. Diallo «n’est pas contre le lait en poudre mais contre le lait en poudre à moindre valeur qui rentre et qui tue notre production». Cependant, il attend du ministère du commerce qu’il prenne des dispositions pour contrôler la qualité du lait en poudre qui rentre au Burkina pour éviter à la filière lait dont les volets production et transformation sont assurés, selon ses estimations, à 80% par des femmes.

« Imaginez qu’aujourd’hui, toutes ces femmes perdent leurs emplois parce que du lait importé est venu tuer leur marché », s’est-il interrogé lors de son adresse au chef de l’Etat. Parce qu’en plus de la production, il faut écouler. Le transformateur de lait plaide pour un accompagnement de l’ensemble des mini-laiteries afin qu’elles puissent avoir des contrats de fournitures de lait à l’école. « Comme l’a réussi si bien le Programme alimentaire mondial dans le Sahel », se réfère-t-il.

« Consommer d’abord burkinabè »

« Sans vous, il n’y a pas de Burkina Faso », a caricaturé le ministre de l’industrie, du commerce et de l’artisanat. Hormis celle liées à l’énergie, aux infrastructures et aux superficies cultivables autour de la capitale que les promoteurs immobiliers s’adjugent, les doléances des producteurs étaient essentiellement logées dans ce département ministériel.

C’est pour s’assurer que les producteurs n’abandonnent pas leurs champs, vergers et fermes, analyse-t-il, que lors de la rencontre Etat-Secteur privé, il a été décidé  d’une relecture des textes de la commande publique pour « qu’il y ait une préférence, lorsqu’il s’agit du budget de l’Etat, pour les produits locaux ». Parce que, poursuit le ministre, « il n’y a pas de raison que nous produisons des choses et que nous préférons commander autre chose avec l’argent du peuple ».

Se posant en défenseur des acteurs du développement rural et en promoteur de la bonne gouvernance, le président du Faso a déclaré – au vu des engagements pris de part et d’autre – que c’est en se tenant « au coude-à-coude » que le but, veiller « à ce que les productions locales soient favorisées, consommées parce que nous devons consommer d’abord burkinabè », sera atteint.

Oui Koueta

Burkina24

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