Mariage d’enfant dans la Boucle du Mouhoun : Entre coutume, religion et méconnaissance des lois

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Dans la  Boucle du Mouhoun, des études ont révélé des cas de mariages d’enfants dans cette partie du Burkina. Des raisons, religieuses, culturelles et de pauvreté mais aussi de relations familiales ont été évoqué pour justifier ce phénomène. C’est ce qu’a laissé entendre le premier responsable de la région, le gouverneur Edgard Sié Sou. Une équipe de presse dans le cadre du projet « d’autonomisation des femmes et dividende démographique » et en son sous-projet soukabè Rewlè, a effectué une caravane de presse dans la région du 5 au 11 mai 2019 pour s’enquérir de la situation des mariages d’enfants.

Sur les six provinces que compte la région de la Boucle du Mouhoun, il ressort que les taux de prévalence des mariages forcés sont particulièrement criards dans les provinces de la Kossi qui vient en tête avec 34%, les Banwa 29%,  le Nayala 22%  et le Mouhoun 17%. Le Gouverneur de la région l’avait tantôt dit, les causes de ces pratiques sont essentiellement liées à la coutume, la religion et la pauvreté.

En parfaite collaboration avec le directeur régional de l’action sociale et avec les structures déconcentrées de ladite structure, les journalistes ont pu rencontrer les leadeurs religieux et coutumiers pour comprendre leur perception du phénomène.

A Gassan, une commune rurale située à quelques kilomètres de Dédougou, on a pu rencontrer l’Imam El hadj Sidiki Demè pour savoir comment les mariages sont célébrés dans sa localité. En effet, El hadj Sidiki Demè assure que la quasi-totalité des mariages musulmans dans la localité sont célébrés par lui. Aussi, il fait savoir qu’avant de célébrer un mariage, il s’assure avec la mère de la fille qu’elle a déjà vu ses menstrues, si elle est physiquement en forme et si elle est consentante pour le mariage.  Cela suffit pour célébrer le mariage. Pas de critère d’âge avant la célébration.

Ils disent d’ailleurs ne pas être au courant d’une quelconque loi qui préconise un certain âge aux filles et aux garçons pour se marier. « Ici pour les célébrations, il n’y a pas d’âge précis qu’on demande. On s’assure seulement avec la mère de la fille qu’elle a déjà vu ses premières règles et qu’elle est physiquement en forme avant de célébrer le mariage. On ne demande pas l’âge de la fille », a-t-il confessé.

 Mais après l’entretien avec les journalistes, celui-ci s’est dit édifié par le fait que le mariage d’enfant était puni par la loi et du fait qu’on lui apprenne que les mariages précoces peuvent porter atteinte à la santé, la scolarisation et à l’épanouissement de la jeune fille. Par ailleurs, il promet porter l’information au reste de sa communauté pour un changement de mentalité.

Autre fait marquant dans cette région de la Boucle du Mouhoun, c’est le cas de Sidibé Fatimata. Elève au Lycée de Kosso à Warkoy, elle a été retirée de l’école pour un mariage forcé. Fort heureusement, avec l’intervention des autorités locales, cela n’a pas pu se faire. 

« Ils sont venus avec le sel et le sucre à la maison. J’ai alors demandé à maman, c’est pour qui cette dot. Elle m’a assurée que c’était pour ma tante. Quelques jours après, ils sont venus pour la célébration du mariage à la mosquée. J’ai demandé à maman encore. Elle m’a assuré que c’était toujours ma tante. Mais vint un jour où un groupe d’individus débarque à la maison pour me chercher de force. J’avais 16 ans et je voulais continuer mes études. Je me suis donc enfui et je suis venue voir le directeur qui m’a conseillé d’aller à la préfecture porter plainte. C’est ainsi que la police nous a arrêtés  à Bobo-Dioulasso mon père et moi, alors qu’il s’entêtait à m’emmener  contre mon avis en Côte-d’Ivoire pour retrouver mon mari».

Sauvée de son père, elle poursuit ses études et elle assure avoir fait la paix avec son géniteur.

La religion, la tradition, la pauvreté et la frivolité des filles sont, entre autres, les raisons recueillies au cours de cette caravane de presse auprès des populations de la région de la Boucle du Mouhoun pour justifier les mariages d’enfants. Par ailleurs, cette caravane aura eu le mérite de sensibiliser ces populations sur les méfaits des mariages d’enfants. Au regard de l’intérêt et l’engouement que la question a suscités, on peut dire que l’espoir est permis.

Adam’s OUEDRAOGO      

Pour Burkina24 

Rédaction B24

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