Simon Compaoré : “Il ne reste qu’une seule solution, vaincre”

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Le Président par intérim du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) Simon Compaoré, par ailleurs ancien ministre de la sécurité, était l’invité de Burkina 24, le mercredi 15 mai 2019. A travers les lignes qui suivent, il est revenu sur la tournée qu’il a effectuée du 2 au 11 mai en France et aux Etats-Unis. Aussi, les questions sécuritaires marquées par le regain d’attaques contre des religieux ont été abordées.  

Burkina 24 (B24) : Vous avez effectué du 2 au 11 mai 2019 des voyages en France et aux Etats-Unis. Pourquoi et quel bilan en faites-vous ?

Simon Compaoré (S. Compaoré) : La Direction nationale du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) a entrepris de mener des tournées tant en Afrique qu’en Europe en vue de rencontrer les militants du MPP pour communiquer avec ces derniers, faire le point sur l’état de la nation, donner des informations sur la situation sécuritaire du pays, mais aussi la manière dont nous accompagnons le président du Faso dans la mise en œuvre de son programme puisque l’année de la redevabilité, c’est 2020.

Nous avons profité faire le point sur le front social, les nombreuses grèves, quel est leur impact sur notre économie et comment nous les gérons. Nous avons terminé avec les défis futurs qui tournent principalement autour de la préparation et de l’organisation des nombreuses élections à venir. Il y a le référendum pour pouvoir consacrer définitivement la nouvelle Constitution et puis, l’élection présidentielle, législative et les municipales.

2020 est une année charnière et en matière de défis, ce sont des défis majeurs pour l’avenir de notre pays. C’est de tout cela que nous avons parlé avec nos camarades à l’extérieur pour que nous puissions ensemble, relever les défis.

B24 : Mais ont-ils partagé leurs inquiétudes avec vous ?

Simon Compaoré: Absolument. Beaucoup sont intervenus sur la situation sécuritaire. Ils ont voulu savoir comment on s’organise pour contrer les velléités des assaillants, des terroristes parce que sans paix, il n’y a pas de développement, il n’y a pas d’élections. Nous les avons rassurés parce qu’il y a une volonté commune qui anime les acteurs de la vie politique nationale.

Que ce soit les hommes politiques, la société civile, les religieux, les coutumiers, tout le monde est conscient qu’aujourd’hui, il y a une seule chose que nous devons faire, c’est créer l’union sacrée aux côtés des autorités, de nos Forces de défense et de sécurité, pour faire reculer la terreur, la bestialité que développent les forces du mal dans notre pays et les empêcher d’atteindre les objectifs qu’ils s’étaient fixés.

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B24 : Parlant d’insécurité, après les positions des Forces armées, il est procédé depuis des mois à des exécutions de civils dont des leaders religieux. Quelle est votre analyse ?

Simon Compaoré : On peut constater simplement que les terroristes ont choisi de revoir leur stratégie en faisant en sorte que maintenant, ce sont des religieux qui sont attaqués dans des églises, dans des temples, dans des mosquées. C’est un tournant qu’il ne faut pas minimiser. Il faut bien scruter, analyser et percevoir ce qui est recherché à travers cette nouvelle stratégie d’attaque.

Il ne s’agit ni plus ni moins qu’une tentative d’opposition des religieux après avoir tenté d’opposer les ethnies. Or, c’est la pluralité des ethnies, la cohabitation des religions qui font la beauté de notre nation. Aujourd’hui, il est question de mettre à mal ces acquis qui fondent notre vivre-ensemble. Il était temps que nous nous mettions ensemble, et c’est ce qu’on constate, pour déjouer ces tentatives des terroristes qui veulent diviser et créer des troubles sérieux.

Nous avons vu juste, là où gît le mal, là où on veut nous amener, nous allons trouver les ressources nécessaires pour livrer une vraie bataille contre les prédateurs de la liberté, de la vie, ceux qui font couler le sang, ceux qui sont dans l’animosité extrême et qui n’ont rien à voir avec des hommes qui croient en Dieu.

Les terroristes ont fini de libérer leur génie, ce qui me fait dire que leur dégringolade va bientôt se réaliser parce qu’ils ont atteint le summum de la cruauté, de la bêtise humaine et Dieu ne les laissera pas, surtout pas, continuer impunément à semer la mort et la désolation. Nous allons vaincre parce que nous sommes unis et Dieu sera de notre côté.   

B24 : Depuis 2015, on parle d’individus non identifiés. Jusqu’à présent, le gouvernement n’a jamais dit clairement qui attaque les Burkinabè et pourquoi les Burkinabè sont attaqués… Alors qui attaque et pourquoi ?

Simon Compaoré : Quand on dit des individus non identifiés, quand on dit qu’il y a 10 ou 20 personnes qui sont rentrées avec des armes qui ont tiré et qui se sont retirées, comme souvent on n’a pas eu l’occasion de les arrêter sur place, de relever leur identité complète, de savoir d’où ils viennent, c’est pour cela qu’on utilise le vocable, des éléments non identifiés.

Mais après, il y a des recherches qui ont été faites. Et quelques attaques ont été signées. On sait que certains viennent des groupes qui se réclament de Iyad Ag Ghaly qui est bien connu chez nous puisqu’il a fait un tour ici ou de l’Etat islamique qui a pion en Syrie, au Pakistan.

Maintenant, si la question est de savoir est-ce qu’il y a de la complicité avec des agents locaux, à cette question, on peut dire que c’est à ne même plus se poser. Il y a eu des attaques où nous avons vu des mains de Burkinabè.  Dans beaucoup d’attaques, on a vu qu’ils arrivent à impliquer des Burkinabè dans leur sale besogne. Donc lorsqu’on parle de radicalisation, ce n’est pas un vain mot.

C’est ce qui a amené le gouvernement à voir l’aspect dual de la lutte contre le terrorisme. Pas seulement l’aspect militaire, mais aussi l’aspect économique. Les terroristes surfent sur la misère, sur la pauvreté ambiante pour faire les recrutements. Donc, le manque d’emploi, les difficultés de vie dans ces zones font qu’il y a un terreau fertile pour le terrorisme.

La question aujourd’hui, c’est comment continuer à unir nos efforts, à cesser nos divergences aussi bien politiques. De toutes les façons, nous n’avons pas le choix. C’est vaincre ou périr. Et comme on ne veut pas périr, il ne reste qu’une seule solution, vaincre.

B24 : Au moment de votre présence dans le gouvernement, avez-vous a été contacté ou avez-vous reçu des revendications de la part ceux qui attaquent ?

Simon Compaoré : Non. Quand il y a ces genres de situations, c’est public. La seule chose qu’on peut dire, c’est que quand ces gens arrivent dans un marché, dans un village, ils disent aux gens de marcher comme eux. Ils ne veulent plus l’école dite française, il faut utiliser l’arabe. Ils veulent qu’on cesse de prier alors qu’ici il y a une liberté religieuse.

Mais il faut s’en convaincre que ces forces du mal, c’est un ramassis de voleurs, de brigands, de gens qui pillent et qui tuent pour implanter ce qu’eux croient être la règle dans le monde, la religion unique au monde qu’il faut suivre : la bêtise. Parce que je ne vois pas de religion au monde qui prêche la mort, la désolation. Nous ne pouvons en aucun cas être d’accord avec eux.

B24 : Des otages dont deux Français, une Américaine et une Sud-coréenne ont été libérés dare-dare. Que deviennent les nôtres, notamment le Docteur Elliot et l’Abbé Yougbaré ?

Simon Compaoré : A propos du Dr Elliot, il y a beaucoup d’efforts qui ont été faits. Ici au Burkina, des recherches, des recoupements ont été faits, mais aussi des efforts issus de nos amis étrangers, les pays frontaliers. Il y a eu beaucoup de contacts pour avoir des éléments pour la libération du Dr Elliot. Ce n’est pas faute d’avoir fait des efforts, ce n’est pas faute d’avoir créé des initiatives. Mais tous ces efforts sont restés vains, parce qu’à part la libération de son épouse, lui-même est resté introuvable. Même si quelques fois on a eu des pistes, elles se sont révélées infructueuses.

Mais c’est toujours dans le boîtier. Qui sait, peut-être qu’il continue de vivre. On n’a pas laissé tomber le dossier. Notre désir le plus ardent c’est de pouvoir dire un jour qu’on a pu retrouver le Dr Elliot.

B24 : Mais il y a toujours le cas de l’Abbé Yougbaré. Sa mort avait été annoncée mais l’Eglise a démenti…

Simon Compaoré  : On ne va pas épiloguer sur ça, quand il y a des situations comme ça, il y a des thèses qui sont développées. Nous retenons seulement qu’avec la situation que nous vivons, il faut être prudent lorsqu’on livre des informations. Toujours au conditionnel tant qu’on n’est pas sûr que ce qu’on donne c’est la vérité tout craché.

Mais l’autre aspect, c’est ceux qui affectionnent ce qu’on appelle les Fake news, ceux qui sont spécialistes dans la propagation des fausses nouvelles. Ou ces personnes sont inconscientes du fait que ça augmente la psychose, ça traumatise des esprits faibles, ou ces gens souhaitent que le Burkina soit constamment dans des troubles. Il faut que ces gens arrêtent. Et nous allons conjuguer nos efforts pour que ça s’arrête. Je crois que ces gens-là doivent être punis, avec la plus grande sévérité.

B24 : Appelez-vous le gouvernement à sévir ?

Simon Compaoré : Absolument. Il faut que ça cesse et ça doit cesser.

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Burkina24 

Propos recueillis par Ignace Ismaël NABOLE

Burkina 24

Ignace Ismaël NABOLE

Journaliste reporter d'images (JRI).

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