Burkina : A Koti,  des filles mineures sont enlevées et mariées de force

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La commune rurale de Koti, située à 175 km de Bobo-Dioulasso dans la région des Haut-Bassins est en effet le théâtre d’enlèvement et de mariage forcé de mineurs.

 Le ministère de la femme, de la solidarité nationale, de la famille et de l’action humanitaire, en collaboration avec le ministère de la santé, dans le cadre du projet  d’autonomisation des femmes et dividende démographique (SWEDD), plus précisément dans le cadre du sous projet Sukaabe rwele,  a organisé une caravane intégrée dénommée « zéro mariage d’enfants ». La caravane a parcouru l’étape de la région des Haut-Bassins du 11 au 15 mai 2019. L’objectif est  de promouvoir les comportements favorables à l’abandon de la pratique du mariage d’enfants dans des communes ciblées.

Des mineurs sont enlevés sur la route de l’école ou  du marché enfermé pour ensuite être marié. C’est ce qu’a laissé Koumeyarma Dabiré, éducateur social en poste dans la commune rurale de Koti dans le Tuy.  « Ce matin même, je viens de traiter un cas où une fille de 16 ans a été enlevée par un jeune homme de 21 ans aux environs de 20h.  Elle a été séquestrée pendant quelques jours. Ensuite, il devait aller informer la famille de la fille qu’il détenait la fille et qu’il souhait célébrer le mariage », a-t-il expliqué. Mais avant cela, poursuit-il, « la mère est venue se plaindre dans nos services. Fort heureusement je suis arrivé à convaincre son prétendant et sa famille que cette pratique était illégale et condamnée  par la loi ».

 Aussi, M. Dabiré a fait savoir que pour ce genre de cas, «  nous faisons un règlement à l’amiable pour faciliter la cohabitation et l’intégration sociale de la jeune fille après règlement du problème ». Pour l’année 2018,  informe-t-il, « nous avons traité une cinquantaine de cas d’enlèvement et de mariage de mineurs dont la plupart était des scolaires ».

Un phénomène qui a la peau dure dans cette localité « parce que culturel à l’origine » reconnait M. Dabiré. « Les parents sont très souvent complices car eux-mêmes ont procédé de la même manière pour se marier. Donc quand un jeune homme fait ça à une fille, ce n’est pas un sacrilège pour eux. Ils intercèdent donc rarement pour la résolution du problème », déplore M. Dabiré.

Pour Wotono Désiré, jeune homme dans ladite localité, il reconnait souvent que cela découle de défi qu’ils se lancent entre eux pour savoir qui va gagner en premier lieu la jeune fille. En plus, « comme le plus souvent, les jeunes garçons n’ont pas l’acte de naissance de la fille en main avant de l’appréhender, ils ne peuvent pas savoir si elle est mineure ou pas », a-t-il lancé.

Récidives

Mais au sortir d’une rencontre de sensibilisation avec l’équipe de plaidoyer qui accompagne la caravane, celui-ci avoue avoir compris que le mariage forcé est proscrit par la loi. Du plus, « l’âge de la fille nous importait peu quand on voulait une fille. Maintenant, on est conscient que le mariage d’enfant entrave l’épanouissement de la jeune fille en ce sens que cela l’expose à de nombreuses maladies telles que les fistules obstétricales dues à la grossesse précoce.  Cela empêche également la jeune fille de poursuivre ses études », a-t-il reconnu.

L’éducateur social a pris l’exemple de deux jeunes filles de 11 et 13 ans enlevées dans des classes de CM1 et CM2 pour le mariage. « Là encore, il a fallu user à la fois de menace et de diplomatie pour pouvoir résoudre la situation », souligne-t-il.

En outre, M. Dabiré déplore le manque de moyens notamment  roulants et de personnel suffisant mis à sa disposition pour lutter contre le phénomène. Ce qui fait que la résolution des cas qu’il rencontre se fait partiellement, car il n’y a pas de suivi pour parer aux éventuelles récidives. Chose qui arrive pourtant. «Vous venez leur expliquer qu’ils n’ont pas le droit d’enlever la fille pour la marier  ensuite, car la loi condamne cela. Ils disent qu’ils ont compris, mais dès que vous tournez le dos, ils repartent avec la jeune fille», déplore-t-il.

C’est pourquoi M. Dabiré a saisi l’opportunité de cette caravane de presse pour demander aux autorités de se pencher sur le cas Koti, et de lui venir en aide avec des moyens humains et matériels.

Adam’s OUEDRAOGO

Pour Burkina24

 

Rédaction B24

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