Que cache la dénomination des groupes fondamentalistes ?

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Pourquoi les groupes fondamentalistes optent-ils pour les dénominations Al-Mourabitoun, Ansar Dine, Ansaroul Islam etc. en langue arabe et pas dans d’autres langues locales comme l’est Boko Haram en Haoussa traduit par « l’éducation occidentale est un péché »? Samedi 25 mai 2019, les Dr. Ibraogo Kaboré, assistant en sémiotique et Dr Mathieu Daïla, sociolinguiste tous deux enseignants à l’université Ouaga I Pr Joseph Ki-Zerbo, ont entretenu leur auditoire autour du choix de dénomination des groupes fondamentalistes qui n’est autre qu’« une stratégie de captation ».

La captation est définie comme étant l’ensemble de manœuvres consistant ou aidant à s’emparer d’une succession, ou simplement pour arracher quelque libéralité à quelqu’un. Les leaders des groupes fondamentalistes l’ont compris et en usent à satiété. De ce fait, rien n’est le fruit du hasard. Tout est fait avec minutie, mauvaise gouvernance aidant, pour faciliter l’incorporation de nouvelles recrues. A commencer par le choix de la langue arabe pour dénommer l’entité créée ou à créer.

Pour le Dr Ibraogo Kaboré, assistant en sémiotique, cela participe de « l’appareillage de ces groupes » et constitue surtout « une porte d’entrée précieuse dans la connaissance de ces derniers tant dans leurs motivations profondes que dans leur vision du monde ». « Il y a volonté ici d’attirer vers soi un certain nombre de cibles, notamment à ceux qui adhèrent à la même religion que nous », décrypte l’enseignant-chercheur à l’Université Ouaga I Pr. Joseph Ki-Zerbo.

Assis à la droite du modérateur (Dr Guillaume Tologo, assistant en sémiotique), le sociolinguiste Dr Mathieu Daïla, comme pour faire allusion à la langue arabe, le remerciera pour son choix de « distribuer la parole de la gauche vers la droite ». Le choix de la langue n’a rien de fortuit pour lui. « Derrière la langue, nous avons une captation du religieux : l’islam. Du point de vue poids linguistique, si on choisit l’arabe, ces fondamentalistes ont bien regardé avant de choisir cette langue ».

Au regard du nombre

Et pour cause interroge l’enseignant, « s’ils avaient choisi le mooré qui est parlé seulement au Burkina, en Côte d’Ivoire et au Ghana, est-ce que le message allait passer ? ». De l’avis du sociolinguiste, « ces fondamentalistes ont choisi la langue arabe au regard du nombre de musulmans dans le monde ».

Les panélistes ont surtout fait référence au groupe Al-Mourabitoun (La sentinelle) de Mokhtar Belmokhtar dont la scission a donné l’Etat islamique au grand Sahara (EIGS). L’explication se trouve, selon le Dr I. Kaboré, dans le fait que les leaders de ces groupes surfent sur la vague religieuse tout en prenant le soin de « mettre le passé au service du présent pour s’attirer les faveurs des gens, pour paraître des gens bien, qui prient Dieu ».  

Mais alors pourquoi l’Afrique, pourquoi le Sahel continue de s’interroger Mathieu B. Daïla. C’est là qu’intervient surtout l’usage de l’arabe qui « a une connotation de musulman » et qui aide à attirer « ceux qui ne sont pas instruits suffisamment ou ceux qui sont instruits mais sont emportés par la religiosité (et qui) finissent par tomber dans le piège de ces fondamentalistes ».

Au-delà du volet religieux, « il y a beaucoup d’éléments qui s’entre briquent » observe le sociolinguiste qui entrevoie également une visée économique dans l’action de ces groupes. Une observation que partage son collègue sémioticien. La multiplication des groupes fondamentalistes représente pour Dr Ibraogo Kaboré, un indice clé. « Cela veut dire qu’il y a d’autres enjeux. On a l’impression que ce qui est affiché, c’est pour manipuler, rallier les gens. Chacun voudrait avoir sa part », commente-t-il.  

Son observation  est partagée par son collègue sociolinguiste. Pour Dr Mathieu Daïla, « ils (groupes) profitent de la pauvreté matérielle », ce qui explique que « le recrutement se fait dans des lieux où on dit aux gens qu’ils sont abandonnés à eux-mêmes ». Et le sémioticien d’inviter les dirigeants à revoir la gouvernance dans ces pays où « on a travaillé à déchiqueter le patriotisme » pour plus tard revenir parler de civisme. « Les gens ne sont pas dupes », fait remarquer Dr Ibraogo Kaboré.

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Burkina24

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