Issouf Kéré : “Je suis très déçu de la gestion du pouvoir” par le MPP

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Bané est une Commune rurale du Burkina Faso, située dans la province du Boulgou, Région du Centre-Est. Le maire de cette commune, Issouf Kéré, élu de l’Union pour le progrès et le changement (UPC) était dans les locaux de Burkina 24, le lundi 27 mai 2019. Au menu des échanges, la vie de la Commune et l’actualité nationale marquée par les attaques terroristes et le débat sur le déclassement en partie de la forêt de Kua.

Burkina 24 : Dites-nous en terme de réalisations depuis votre élection, quel bilan faites-vous ?

Issouf Kéré : Contrairement aux autres partis, l’UPC ne fait pas de promesses. Nous sommes dans le changement et il faut changer même la mentalité et la manière de faire la politique. Au niveau de ma commune, nous avons tout simplement dit la vérité à la population qui a bien voulu nous mettre à la tête de la commune. Cela dit, comme je viens de le dire nous ne faisons pas de promesses aveugles.

Nous connaissons les réalités de notre commune et nous savons que c’est ensemble que nous devons batailler pour nos priorités. Donc nous avons demandé à la population de voter celui avec lequel elle peut concevoir un programme et l’exécuter elle-même. Les priorités s’alignent directement aux priorités de l’Etat parce qu’au Burkina vous savez, il y a la santé, l’éducation, l’eau potable et l’assainissement.

B24 : Mais en lien avec les priorités, quel bilan pouvez-vous faire ?

Issouf Kéré : Par rapport à ces priorités, nous pouvons dire qu’à l’heure actuelle, on a pu faire une quinzaine de forages pour la population, deux écoles primaires et un CSPS en finition. On a engagé beaucoup d’autres qui vont suivre.

B24 : Dans votre commune, quelles sont les difficultés que vous rencontrez ?

Issouf Kéré : Effectivement, nous avons des problèmes. Quand vos adversaire politiques, malheureux aux élections passées, sortent le contraire de ce vous expliquez à la population, c’est un peu difficile. Souvent, ils disent des choses juste pour les empêcher d’avancer dans la bonne direction et ça, c’est inadmissible. C’est avec la population que nous travaillons pour le développement de la commune sans attendre l’apport de l’Etat directement. Donc, quand d’autres personnes sortent pour dire de ne pas payer les taxes car le gouvernement met l’argent à la disposition de la mairie, cela dénote de l’immaturité de certaines personnes politiques.

B24 : Outre cela, dans la gestion quotidienne de la mairie, existe-t-il d’autres difficultés ?

Issouf Kéré : Les difficultés que nous rencontrons actuellement, c’est le problème foncier car il faut chercher les financements et revenir négocier le site pour l’investissement, du moment où le foncier a été retiré presque des mains de l’autorité municipale. Mais à ce niveau, dans la Commune de Bané, on n’a pas trouvé beaucoup de difficultés et cela dit, nous avons eu à faire un lotissement.  

En termes d’électrification et d’assainissement, nous ne rencontrons pas de problèmes parce que nous avons eu à électrifier la commune vers fin 2018 et l’adduction d’eau potable est effective dans le chef-lieu de la commune. Il y a de gros villages qui en demandent et nous sommes en train de travailler à voir comment cela peut être effectif.

B24 : La région du Centre-est est réputée être une zone d’émigration. Quel est l’apport des ressortissants burkinabè à l’extérieur ?

Issouf Kéré : On a beaucoup de ressortissants à l’extérieur. En 2017, rien qu’en Guinée Equatoriale, on avait près de 500 ressortissants de la Commune de Bané. On en a plus au Gabon, en Guinée et en Côte d’Ivoire. Et beaucoup nous appellent de Libye et souhaitent rentrer car ils rencontrent des difficultés. On ne sait pas comment faire d’abord pour qu’ils puissent rentrer.

Par rapport à leur contribution, il y a un apport considérable. Mais seulement, il faut reconnaître que de part et d’autre, il y a les avantages et les inconvénients. La commune s’est vidée totalement de sa jeunesse et cela pose beaucoup de problèmes.

B24 : La région a aussi connu les affres du terrorisme. 5 enseignants avaient été lâchement tués. Quelle est la situation dans la région ?

Issouf Kéré : C’est vraiment déplorable et actuellement, la psychose s’est installée. La population a peur. Beaucoup d’écoles sont fermées même dans ma commune. Cela est mal vu par la population.

B24 : Que pensez-vous de la réaction du gouvernement face à ces attaques terroristes ?

Issouf Kéré : Je vais dire mes encouragements aux FDS. Nous les soutenons dans le travail qu’ils abattent actuellement pour restaurer le pays tout entier, saluer l’action du gouvernement avec les deux opérations Otanpuanu et Doofu en cours actuellement. Nous leur demandons de faire plus d’actions, pour plus de sécurisation dans nos zones.

B24 : L’actualité c’est aussi le déclassement en partie de la forêt de Kua. Quelle lecture en faites-vous ?

Issouf Kéré : Nous avons effectivement suivi ça sur les réseaux sociaux et dans les journaux de la place, mais vivement qu’une solution soit trouvée à ce niveau. Je me dis que Bobo-Dioulasso ne peut pas manquer de superficie de 16 hectares pour construire l’hôpital et laisser la forêt de Kua.

Je sais que le gouvernement aussi peut mettre tous les moyens pour que cela soit effectif. Il faut délaisser Kua pour trouver un autre site parce qu’actuellement, nous parlons de changement climatique. Nous sommes dans un pays sahélien et entendre qu’une forêt doit être déclassée, ça fait mal au cœur. Il faudra préserver Kua si possible.

B24 : Quelle lecture faites-vous de la gestion du pouvoir actuellement ?

Issouf Kéré : Personnellement, cela ne m’étonne pas. Je savais qu’on a confié notre pays à des personnes qui vont nous faire beaucoup de problèmes que de bien. Ils ont géré le pouvoir avec le CDP, nous avons vu comment le pays a été géré. Après cela, je crois que de la création du MPP à son accession au pouvoir, ce n’est pas un parti qui a pu en réalité préparer un programme serein.

On avait demandé aux gens de faire un changement utile et de voter l’UPC qui allait conduire le pays différemment que ce que nous voyons aujourd’hui. Je suis très déçu de la gestion du pouvoir, de la prise du pouvoir jusqu’aujourd’hui.

B24 : Il est aussi dit que les Burkinabè ne laissent pas le pouvoir travailler, avec les grèves à  répétition…

Issouf Kéré : Les différentes grèves qui se déroulent dénotent de l’incompétence du pouvoir actuel à gérer le pays. Il faut se dire que le gouvernement a ouvert une fenêtre et a permis en tout cas, cette réclamation azimut de tous les syndicats. Il doit le régler et nous pensons qu’ils n’ont pas d’autre choix que de résoudre les problèmes.

B24 : Quel appel avez-vous à lancer ?

Issouf Kéré : A l’endroit de ma commune, j’allais appeler au patriotisme. Que la population se lève pour nous accompagner car nous avons la volonté mais nous ne pouvons pas développer Bané sans les fils et filles de Bané. Ensemble, on amènera Bané là où il faut.

Pour le Burkina, je prie pour la paix, la sécurité et je demande au gouvernement de mettre tout en œuvre pour que la sécurité revienne. Que les grèves meurtrières que nous voyons actuellement, surtout au niveau de la santé, puissent en tout cas s’arrêter.

Propos recueillis par Ignace Ismaël NABOLE et Amsétou OUEDRAOGO

Burkina 24



Ignace Ismaël NABOLE

Journaliste reporter d'images (JRI).

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