Hôpital à Kua : Ce qu’il y a dans la “partie clairsemée”

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Le déclassement  d’une partie de la forêt classée de Kua pour la construction d’un hôpital, don de la République de Chine, ne cesse de soulever des vagues. Ce vendredi 31 mai 2019, un groupe d’osc formant une nouvelle Coalition Citoyenne pour la Protection de l’Environnement a donné son opinion sur la question au cours d’une conférence de presse qu’elle a animée à Ouagadougou au Centre de Gestion Forestière.  Elle dit oui à l’hôpital mais sur un autre site et à la préservation de la forêt.

Sur la partie de la forêt dite « clairsemée » donc propice au déclassement pour certains, la coalition avance d’autres raisons sur la base d’une étude qu’elle a menée pour s’opposer à la construction de l’hôpital sur ce site.

Selon elle, la partie délimitée pour ce projet comporte la plus grande densité de pieds de Vitellaria paradoxa (le karité), une espèce protégée au Burkina et qui met 25 à 30 ans pour sa première fructification, et dont la valeur économique n’est plus à démontrer. Il y a d’autres espèces utilitaires comme le Parkia biglobosa (le néré) et une source d’eau de l’ONEA qui approvisionne la ville de Bobo.

Mieux. « Cette partie de la forêt que le ministre est allé visiter est une unité de la forêt qui a été délimitée dans le cadre du plan d’aménagement de cette forêt… Le karité est à l’aise dans les champs, donc cette partie qui a été cultivée, c’est pour permettre la régénération des karités. Quelqu’un qui n’est pas forestier va voir de petits karités de 5 ans et il va dire qu’il n’y a rien», explique Guimbien Cléophas, l’un des animateurs de la conférence.

D’ailleurs, avance-t-il, «ce n’est pas parce que la partie est clairsemée qu’il faut déclasser sinon à ce rythme, on va déclasser toutes nos forêts. On connait l’état de dégradation de nos forêts. Au contraire, quand la partie est dégarnie, il faut mener des actions ».

Outre les arguments environnementaux, Moumini Niaoné, médecin en éducation santé et membre de la coalition, voit des risques d’émergence de maladies infectieuses.

 « Construire l’hôpital sur un autre site serait l’idéal pour toute la communauté. J’insiste sur le fait que les risques de maladies infectieuses émergentes comme la Dengue, Ebola, la fièvre jaune ou le chigunguya peuvent augmenter avec la déforestation. Et amener les populations à s’installer autour de cet hôpital ou même venir faire un séjour à l’hôpital en tant qu’accompagnant de malade, ça augmente le risque d’attraper des maladies qu’on n’aurait pas attrapé si nous n’allons pas dans ces zones », dit-il.

Pour lui, la gestion de la santé de population  au Burkina va au-delà de la médecine moderne, il y a la médecine traditionnelle et les phytothérapeutes, « La forêt est le premier hôpital, la première pharmacie ».

Moumini Niaoné, docteur en éducation santé

Donc en son sens, il est important de prévenir qu’il y a des risques de survenue de maladies infectieuses émergentes liées à la déforestation et donc construire l’hôpital dans cette zone, c’est un message négatif que le ministère de la santé enverrait aux communautés pour dire qu’en fait l’environnement n’est pas important, alors que l’environnement joue même plus de rôle dans la préservation de notre santé que les hôpitaux. « Les hôpitaux, on en a besoin quand on est malade et pour faire des examens de prévention de maladies mais  l’environnement est ce qui définit tous les jours votre santé, l’eau que vous buvez, l’air que vous respirez, là où vous dormez, là où vous travaillez, là où vous jouez… et les arbres on ne peut pas finir d’expliquer les bienfaits ».

Il s’inquiète aussi de la distance de l’hôpital pour les hospitalo-universitaires. «Si des étudiants doivent se déplacemer à des kilomètres pour venir chaque matin faire des stages alors qu’on sait qu’on a des primes très dérisoires pour mettre du carburant, c’est pour augmenter des charges inutiles ».

Démontrant toujours l’inopportunité de l’hôpital sur ce site, il argumente que construire cet hôpital suppose que dans 100 ans, si on  veut l’étendre, il va falloir détruire la forêt encore pendant que sur d’autres sites comme celui de Belle-Ville on nous dit qu’il y a environ 100 ha.

Définitivement, Kua n’est pas le lieu où il faut implanter l’hôpital pour lui, car dit-il, « il existe d’autres sites qui ont déjà bénéficié de l’étude de l’impact environnemental pourquoi donc dépenser encore des millions pour faire une étude ? »

Bien qu’étant née à la faveur de la problématique de la forêt de Kua, la coalition compte désormais faire des questions environnementales au Burkina, son combat.

Mais dans l’urgence, elle se penche sur Kua et compte dans les jours à venir entreprendre des démarches auprès des autorités, mener des actions afin de faire entendre sa voix et barrer la route à ce projet de déclassement d’une partie de la forêt.

« Nous sommes pour la construction de l’hôpital à Bobo mais sur un autre site et la préservation de la forêt dans sa globalité. Je suis originaire de Bobo-Dioulasso. Nous avons accueilli cette nouvelle de construire cet hôpital avec beaucoup de fierté et joie », conclut le médecin.

Revelyn SOME

Burkina24

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