Ablassé Ouédraogo à Roch Kaboré : “Voilà pourquoi votre démission est attendue maintenant !”

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Ceci est une lettre ouverte de Ablassé Ouédraogo au Président du Faso Roch Marc Christian Kaboré.

Excellence Monsieur le Président du Faso

C’est un secret de polichinelle que de dire que le Burkina Faso va très mal et il n’y a aucune perspective de redressement à l’horizon. Comme nous vous l’avions déjà dit dans notre lettre ouverte qui vous a été adressée le 25 juillet 2016, soit six (6) mois après votre prise de fonction, tous les voyants sont passés aujourd’hui du rouge vif au rouge vif clignotant et votre gouvernance hasardeuse et à tâtons est certainement la cause de cette descente aux enfers du Burkina Faso et des Burkinabè depuis que Votre Excellence et le régime MPP sont aux affaires. Nous illustrons nos propos, à travers entre autres, ce qui suit : 

  • Au cours de votre visite d’amitié et de travail du 9 au 11 avril 2019 en Turquie, vous avez déclaré et je cite : « Ceux qui s’en prennent à la Turquie, s’en prennent au Burkina Faso et réciproquement ». Clairement, une telle déclaration ne peut qu’élargir la liste des ennemis du Burkina Faso à travers le monde ;
  • Le 23 avril 2019, le Journal « Africa Intelligence » a titré dans un article : « Exclusif Burkina Faso : Roch revient sur ses propos, emboîte les pas de Blaise COMPAORE et négocie avec les combattants Djihadistes », en faisant mention des nombreux contacts, des entretiens et des négociations que vous auriez eus à Dakar et à Ouagadougou avec leurs premiers responsables.

Au lieu de traduire en justice ce journal bien connu pour la qualité et la fiabilité de ses informations, d’ailleurs, Intelligence ne veut-il pas dire espionnage, vous avez préféré porté un démenti le 25 avril 2019 par le Porte-Parole du Gouvernement, à travers un Communiqué disant que Le Président Roch KABORE n’a jamais envisagé de négocier avec un quelconque groupe terroriste, en demandant d’éviter de tomber dans l’agitation et l’effet de manipulations ;

  • Le 5 février 2019, vous avez accepté d’assumer la Présidence en exercice de la Conférence des Chefs d’Etat du G5 SAHEL pour l’année 2019. Cette responsabilité prestigieuse au niveau régional n’est certainement pas faite pour rassurer les ennemis de notre pays et les risques encourus sont beaucoup plus importants que les bénéfices que le Burkina Faso pourrait tirer de la gestion de cette lourde charge.

                                                                                                             

De vos actes et déclarations ci-dessus mentionnés, l’on est en droit de se demander s’il n’y a pas une relation de cause à effet entre ce qui précède avec la tourmente terroriste dans laquelle le Burkina Faso est installé depuis le 26 avril 2019. Les actes terroristes ont connu une subite recrudescence depuis cette date, comme le montre la liste ci-dessous qui ne saurait être exhaustive sur la période d’un mois, soit du 26 avril au 26 mai 2019:

  1. Le vendredi 26 avril 2019 : Attaque de l’Ecole Primaire Publique de la Circonscription d’Education de Base (CEB) et de l’Ecole Classique de Comi-Yanga, Province du Koulpélogo dans la Région du Centre Est, ayant entraîné la mort de cinq (5) enseignants.
  2. Toujours le vendredi 26 avril 2019 : Attaque de Toulfé, localité située à une vingtaine de kilomètres de Titao, Chef-lieu de la Province du Lorum, dans la région du Nord. Un débit de boisson a été incendié et trois motos ont été emportées.
  3. Encore le vendredi 26 avril 2019 : A Soudougui, Province du Koulpélogo, dans la Région Centre-Est, une personne ressource a été abattue.
  4. Toujours le vendredi 26 avril 2019 : Attaque autour de 18h00 du Poste de Police à la frontière de Boussoukoula, dans la Province du Noumbiel, Région du Sud-Ouest.
  5. Le dimanche 28 avril 2019 : Le pasteur du village de Silgadji dans la Commune de Tongomayel, Pierre Ouédraogo et cinq (5) autres personnes ont été abattus.
  6. Toujours le dimanche 28 avril 2019 : Prise d’assaut de la Commune rurale de Pissila, région du Centre-nord aux environs de 18h00 par des individus armés non identifiés.
  7. Encore le dimanche 28 avril 2019 : Attaque du village de Bollé dans la Commune de Barsalogho faisant quatre (4) morts.
  8. Le lundi 29 avril 2019 : Attaque du village de NOAKA à 25 kms de Kaya sur la route de Pissila et des maisons ont été brûlées ;
  9. Toujours le lundi 29 avril 2019 : Attaque contre le village de Nasséré situé à 12 kms de Kongounsi. Une école primaire, des débits de boissons et le marché ont été brûlés.
  10. Toujours le lundi 29 avril 2019 : Incendie d’une école primaire dans le village de Minima, dans la Commune de Zimtenga, à quelques kilomètres de Kongoussi, Province du Bam, Région du Centre-nord.
  11. Encore, le lundi 29 avril 2019 : Attaque de la Mairie et du Commissariat de Gorgadji par plusieurs hommes armés non identifiés.
  • Le jeudi 2 mai 2019 : Attaque à Toeni dans le Sourou/Région de la Boucle du Mouhoun, d’un détachement militaire faisant un gendarme tué.
  • Toujours le jeudi 2 mai 2019 : Attaque du village de Dabirti numéro 2, situé à 15kms de Kongoussi par des individus armés qui ont incendié un Kiosque et emporté des motos.
  • Le mardi 7 mai 2019 autour de 3 h00 : Attaque du poste de péage de Ouahigouya par des individus non identifiés faisant un (1) mort et deux (2) blessés.
  • Dans la nuit du jeudi 09 au vendredi 10 mai 2019, une opération des Forces Spéciales françaises en collaboration avec les services américains et les Forces de Défense burkinabè menée dans la Région du Nord a permis la libération de quatre (4) otages (deux français, une sud-coréenne et une américaine). Quatre terroristes ont été neutralisés et deux éléments des Forces Spéciales françaises ont perdu la vie. Les deux touristes français avaient été enlevés le 1er mai 2019 dans le Parc de la Pendjari au Bénin. A ce jour, aucune précision n’a été donnée sur la localité où cette intervention a eu lieu.
  • Le dimanche 12 mai 2019 : Attaque de l’église catholique de Dablo pendant la célébration de la messe par un groupe d’individus armés qui ont incendié des débits de boissons et deux véhicules. Le prêtre Siméon YAMPA et cinq (5) fidèles ont été tués. Dablo est une commune frontalière à Kelbo dans le Soum à 90 kms de Kaya dans le Centre-nord/ Province du Sanmatenga.
  • Le dimanche 12 mai 2019 : une embuscade contre une Unité du Groupement des Forces Anti Terroristes (GFAT) a été tendue par des individus armés non identifiés au niveau de Gasnindé non loin de Namsiguia, dans le Département de Kelbo, province du Soum, région du Sahel, faisant un militaire tué et neuf (9) blessés.
  • Dans la nuit du dimanche 12 mai 2019 : Des éléments de l’Unité d’Intervention Polyvalente de la Police Nationale (UIP) ont procédé à des tirs de sommation qui ont mortellement atteint un individu suspect portant une tenue militaire au niveau de l’échangeur de Ouaga 2000.
  • Le lundi 13 mai 2019 : Exécution de quatre (4) fidèles catholiques du village de Singa dans la Commune de Zimtenga, province du Bam Région du Centre-nord par des individus armés non identifiés.
  • Le mardi 14 mai 2019 : Attaque de la Gendarmerie de Pensa dans la Province du Sanmatenga, Région du Centre-nord.
  • Le samedi 18 mai 2019 : Aux environs de 19h00, des hommes armés ont abattu deux enfants au domicile du Chef Koglwéogo absent à Akissi, une localité à 10 kms d’Arbinda dans le Soum/ Région du Sahel.
  • Le samedi 18 mai 2019 : Une embuscade tendue à une patrouille à 25 kms de Arbinda, Région Sahel a entraîné la mort d’un gendarme.
  • Le mardi 21 mai 2019 : Le GFAT démantèle un faux poste de péage installé par des personnes non identifiées pour contrôler les passagers entre Arbinda et Boukouma (deux terroristes sur cinq tués et deux (2) blessés du GFAT).
  • Le mardi 21 mai 2019 : Enlèvement vers 8h00 de trois agents dont un médecin du Centre de santé du camp de Mentao dans le Soum et un véhicule par des individus armés non identifiés.
  • Le mercredi 22 mai 2019 : Attaque repoussée de la Mairie de Markoye, Province de l’Oudalan, région du Sahel. Déjà le 19 mars 2019, des hommes armés avaient enlevé le Maire et son chauffeur, lequel a été libéré le 22 mars 2019.
  • Le mardi 21 mai 2019 : Enlèvement vers 8h00 de trois agents dont un médecin du Centre de santé du camp de Mentao dans le Soum et un véhicule par des individus armés non identifiés.
  • Le vendredi 24 mai 2019 : Une embuscade terroriste tendue à la périphérie de la réserve de faune de Wamou, à une soixantaine de kms de Fada N’Gourma a entraîné la mort d’un préposé des Eaux et Forêts.
  • Le dimanche 26 mai 2019 : Attaque terroriste contre l’église de Toulfé /Titao dans le Lorum à 9h00 du matin ayant entraîné quatre (4) décès et des blessés.
  1. Le dimanche 26 mai 2019 : Attaque du village de Silmangué dans la Commune rurale de Bouroum et frontalier à Arbinda entraînant la mort de trois jeunes et l’incendie de débits de boissons.
  2. Dans la nuit du dimanche 26 mai 2019 : Assassinat de deux (2) bergers, le père et son fils, dans le village de Wesséré, province de la Kossi.

Cette longue liste d’actes meurtriers terroristes, couvrant seulement la période du 26 avril 2019 au 26 mai 2019, témoigne à suffisance que :

  • Le terrorisme et la mort sont banalisés au Burkina Faso et il faut accepter de vivre avec maintenant.
  • Trop de sang a coulé et continue de couler et beaucoup de morts ont été enregistrés, et de 2016 à nos jours, soit trois ans correspondant à votre présidence, le Burkina Faso a connu plus de morts de par le fait du terrorisme que sur la période de 1960 à 2015. Clairement, la poisse tenaille notre pays et toute personne bien sensée et réfléchie ne peut réfuter le fait que nos ancêtres sont mécontents et insatisfaits de cette situation désolante que les Burkinabè ne méritent pas de subir.
  • Le serment que vous avez prononcé le 29 décembre 2015 lors de votre investiture de protéger l’intégrité du territoire et les Burkinabè a été largement trahi.
  • La dégradation de la situation sécuritaire est telle que le Burkina Faso est devenu aujourd’hui le maillon faible et le ventre mou dans la région du Sahel dans la lutte contre le terrorisme, le grand banditisme et le trafic en tout genre. Les populations vivent dans la peur et dans les angoisses permanentes et c’est la débandade. A la date du lundi 6 mai 2019, le Bureau des Nations Unies pour les Affaires Humanitaires (OCHA) a enregistré 161.217 personnes déplacées Internes (PDI), soit une augmentation de 9 pour cent par rapport à la date du mercredi 24 avril 2019. Ces mouvements affectent cinq régions (le Centre, le Centre Nord, l’Est, le Nord et le Sahel), 11 Provinces et 43 Communes. Dans la seule province du Soum, 17.000 personnes ont dû être déplacées.

Le 17 mai 2019, le ministre Stanislas OUARO du MENAPLN a indiqué que

 1.933 écoles et établissements du post-primaire et du secondaire ont été fermés en raison des menaces terroristes mettant dans la rue 326.152 élèves et affectant 9.042 enseignants. L’avenir de notre pays est compromis de jour en jour.

La gestion de toutes ces personnes déplacées à l’approche de la saison des pluies doit être une préoccupation de premier ordre afin de leur assurer le minimum alimentaire et sanitaire nécessaire. Dans les drames de Yirgou, Arbinda, Kain et Bahn, les Burkinabè attendent toujours que justice soit rendue pour permettre le retour de la sérénité et des conditions du vivre ensemble.

  • Cette situation d’insécurité jamais vécue au Burkina Faso a plongé le pays dans une morosité exacerbée par le bouillonnement observé sur le front social. Les travailleurs de tous les secteurs d’activités et surtout des secteurs sensibles comme la santé et l’enseignement sont dans des grèves de revendications pour améliorer leurs conditions de vie.
  • La désarticulation de l’économie est une réalité indiscutable caractérisée par une baisse drastique du volume des investissements. Le Burkina Faso est devenu un pays dangereux et à risques croissants, si bien que les partenaires et les investisseurs sont devenus très prudents dans leurs initiatives et peu incités à entreprendre dans notre pays. Il n’y a pas suffisamment d’investissements pour accompagner les besoins de développement de notre pays.
  • L’autorité de l’Etat s’est effondrée et tout est pire qu’avant l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014. L’incivisme et l’anarchie se généralisent dans les comportements du citoyen. L’institution « Présidence du Faso » est devenue l’ombre d’elle-même et ressemble beaucoup plus à une mine d’or exploitée artisanalement par des orpailleurs dont la gourmandise et la cupidité expliquent aisément la perte de crédibilité du Sommet.
  • Le constat de votre échec est indiscutable. La solution, la réponse que vous prétendiez être s’est convertie en véritable problème pour le Burkina Faso dans l’exercice de vos fonctions. Mais, il n’y a pas de honte à échouer. La honte, c’est la persistance dans l’échec.
  • Le Burkina Faso vit dans la haine et la division, si bien que les conflits inter-composantes détruisent la société burkinabè et surtout le vivre-ensemble et la cohésion sociale.
  • La résultante est que le mécontentement généralisé et les complaintes des populations prennent graduellement de l’ampleur. Le Burkina Faso va très mal et personne n’est sûr de quoi sera fait le lendemain.

De ce tableau peu reluisant et surtout sombre qui précède, trois options se présentent à vous et le choix que vous ferez déterminera le destin du Burkina Faso, notre destin commun :

  1. Présenter maintenant votre démission en vous conformant aux articles pertinents de la Constitution et ainsi libérer le Burkina Faso et les Burkinabè de leurs déceptions et frustrations morales et de leurs souffrances matérielles. Votre prédécesseur, le Président Blaise COMPAORE a montré l’exemple avec courage et dignité.
  2. Mettre de côté toutes les considérations personnelles et subjectives et accepter le dialogue national inclusif et ouvert pour aboutir à la réconciliation nationale sincère, inclusive et ouverte avec l’implication et la participation de toutes les composantes de la société burkinabè. La profondeur de la crise que vit le Burkina Faso exclut toute solution concoctée par la seule classe politique. Le Burkina Faso n’a pas besoin d’un dialogue organisé pour la seule classe politique, mais d’un véritable dialogue national ouvert thématiquement. La réconciliation nationale est une impérieuse nécessité et un impératif catégorique pour la construction de la nation.
  3. Vous entêter à continuer dans la gouvernance « mouta mouta » actuelle et vous exposer inutilement à des conséquences qui peuvent s’avérer douloureuses pour vous-mêmes et pour le Burkina Faso. Et le risque de plonger le pays dans la violence est de plus en plus grand au fil des jours, tant l’espoir et la perspective d’un redressement ne sont pas perceptibles.

Connaissant votre patriotisme et votre amour pour notre pays, je suis certain que vous saurez faire le bon choix pour que le Burkina Faso soit à l’abri de la douleur et de la souffrance et ainsi pouvoir continuer sur la voie d’un véritable développement durable dans la stabilité, la paix sociale, la sécurité, la confiance et le vivre ensemble retrouvé.

Veuillez agréer Excellence Monsieur le Président du Faso, l’assurance de ma très haute et respectueuse considération.

En ce mois béni du Ramadan, que Dieu protège le Burkina Faso.

 Le Président                                           

Dr.Ablassé OUEDRAOGO

 Commandeur de l’Ordre National

                                                                                                     

B24 Opinion

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