Le secret des frères Paré pour éviter la corruption pendant leur carrière d’arbitres

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Les frères Lassina et Losseni Paré célèbrent depuis le vendredi 7 juin le jubilé de leur carrière d’arbitres de football. A l’occasion de ces festivités, ils ont tenu à partager leur expérience avec les plus jeunes. A travers de nombreux témoignages, ils livrent le secret pour ne pas tomber dans le piège de la corruption.

Corruption au Burkina

« Au Burkina, je ne me rappelle pas que quelqu’un nous ait même approchés  pour un match. Quiconque peut bomber sa poitrine et dire qu’il a corrompu les frères Paré n’a qu’à approcher. Je ne dirai même pas corrompre, je dis juste approcher… Qu’il vienne à la radio où la télé pour témoigner. On le dit parce qu’on n’a pas donné l’occasion. Il y a des maquis qu’on ne fréquentait plus. Quand on va dans un maquis où il y a un supporter, rapidement on change pour éviter le contact. Quand vous vous asseyez, quelqu’un d’autre s’assoit et dit « servez la table ».

Vous commandez le serveur vient vous dire « C’est déjà payé». Vous demandez, « c’est qui ?» On vous dit qu’il est parti. « C’est le monsieur qui était assis là-bas ». Lorsqu’il fait cela, souvent il part sur le terrain et pendant que vous arbitrez, il se donne à cœur joie à tous ceux qui veulent écouter « cet arbitre là je l’ai corrompu ». Mais, il ne dit même pas ce qu’il t’a donné ».

Se faire respecter

« Au retour d’un match d’éliminatoires Coupe du Monde, je devais après, faire un match au terrain Monory. Pendant le match, il y a un mécanicien qui était arrêté au bord qui a passé tout son temps à m’insulter. Comme je ne réagissais pas, il a fini par dire « mais toi, je te connais là. Je t’ai apporté un sac de riz. C’est moi qui t’ai apporté le sac de riz ».

Quand il a dit ça, je ne pouvais pas tenir. Je me suis approché et j’ai dit : « Monsieur, avant d’être arbitre, j’étais un fonctionnaire de l’Etat. J’ai un salaire chaque mois. Je ne vis pas d’arbitrage. Et si je t’entends encore, je demanderai à la police de te mettre dehors ». Jusqu’à ce que le match finisse, il m’a laissé en paix ».

Les modes de corruption

« Corruption en argent, corruption en femme, corruption en matériel, en tout. Tout ce qui peut vous intéresser en matière de résultats de matchs, les gens sont prêts à le faire. Si vous aimez les paroles mielleuses, il y a des gens qui vont vous le dire. Si on avait accepté les milliards qu’on nous avait proposés dans l’arbitrage, on serait les plus riches de ce pays. Mais on a toujours su tourner dos. Mais aussi, on a toujours su parler aux gens. « Monsieur, ça c’est pour nous ? Il n’y a pas de problème. C’est pour le match. Il n’y a pas de problème. Gardez. Nous nous sommes là, sous votre coupe, sécurité, repas, visite, voiture, nous sommes vraiment dans le luxe. Mais si ce sont des cadeaux, gardez. Nous savons que nous avons des cadeaux avec vous.

Quand le match va finir, on verra ça. Dites à vos joueurs de bien jouer. Nous allons faire notre travail. Quand vous dites ça, ils repartent avec leur argent. Le plus souvent, quand ils gagnent, vous ne les reverrez plus jamais. Ils sont dans la joie. S’ils ne gagnent pas, ils ne peuvent pas parler parce que vous n’avez rien pris.

Nous, on n’a jamais pris. Dès que la CAF a décidé qu’on ne pouvait plus prendre un cadeau après un match, nous n’avons plus rien pris. Par exemple, les Arabes pouvaient venir avec un sac de maillots de leurs clubs ou de leurs équipes nationales souvent même, ils ajoutent des chaussures. Ils donnent aux commissaires et ils disent « commissaires voilà des souvenirs de notre pays. C’est pour vous et vos arbitres ». En dehors de ça, nous n’avons jamais pris un cadeau ».

Propos recueillis par Boukari OUEDRAOGO

Burkina24

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