« Secrets de femmes » à Ouagadougou :  A la découverte de « Petit bandit » et compagnie !

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Les « secrets de femmes » ? C’est l’ensemble des artifices qu’utilise l’autre moitié du ciel  pour attirer et/ou maintenir l’homme. Ils peuvent résider dans de l’encens, des parfums, des comprimés, des décoctions. A Ouagadougou, nous avons essayé de trouver des femmes qui en utilisent. Peu de monde a répondu à l’appel. Pourtant, « Petit bandit » et compagnie s’achètent à tour de bras !

Ce qu’en disent des femmes

Rood-wooko. Le soleil dans le ciel de Ouagadougou joue à cache-cache avec les nuages de ce mois de juillet.  Une dame s’attèle à payer des vêtements pour ses enfants. Nous lui demandons ce qu’elle pense des « secrets de femmes ». Elle accepte répondre. Mais sous le parapluie de l’anonymat.  « De plus en plus, les secrets de femmes sont versés et s’achètent comme de petits bonbons », affirme-t-elle. 

Fait-elle partie des clientes ?  « J’ai déjà vu les secrets de femmes à l’occasion du SIAO, FESPACO, mais je n’utilise pas. Ça ne m’intéresse pas », répond-t-elle, avant de donner des conseils : « Je pense que si on a un problème, il faut aller consulter un gynécologue, au lieu d’acheter ces genres de produits dont on ne sait pas si ça vient d’un laboratoire. J’ai appris que beaucoup de femmes se plaignent après des démangeaisons».


Secrets de femmes : Avis médical


Plus loin, un groupe de jeunes femmes, mangeant leur « Babenda », vote aussi pour le service « naturel ». Pas question pour elles d’introduire dans leur intimité des produits censés la rétrécir. Pour elles, ce comportement est synonyme de cancer.   

L’une d’elles se montre plus explicite et donne sa recette : « Moi je n’utilise pas les secrets de femmes, les produits chimiques. Quand je veux avoir des rapports avec mon mari, je fais ma toilette intime avec de l’eau chaude et un peu de citron, et du savon CITEC, et les rapports sexuels sont top ! Pas besoin non plus de cristaux de menthe pour faire une fellation. On a juste besoin de glaçon et du yaourt pour ça ». Mais en fait, n’est-ce pas un « secret de femme », ça ?

Et les hommes ?

Bref ! Que pensent les hommes de tout ceci ? Un vendeur d’habits du grand marché apporte son témoignage sur l’utilisation des secrets de femmes.

« J’ai déjà eu une petite amie qui a utilisé et c’était bien. Mais je connais une autre femme mariée qui a utilisé les secrets de femmes et son vagin s’est rétréci à tel point qu’elle n’arrivait plus à avoir des rapports sexuels avec son mari. Ce dernier a fini par la répudier », raconte-t-il.

Les plantes, pas la chimie

Voilà une bonne fournée de personnes qui n’épousent pas l’idée des « secrets des femmes ». Maintenant, que disent celles qui y croient ?  Dans nos recherches, nous finissons par découvrir  (très difficilement) l’une d’elles.

Bébé au dos, elle s’en va vers le bâtiment du grand marché où sont vendus des vêtements pour femmes. La dame avoue qu’elle utilise bien le sujet de notre reportage mais souligne que ce ne sont pas les produits chimiques. Mais plutôt des plantes pour sa toilette intime.

« Petit bandit » !

Malgré tous ces avis majoritairement pas très favorables aux « secrets des femmes », ce n’est pas demain la veille que les boutiques qui en ont fait leurs spécialités, fermeront !

« Toutes les femmes, toutes celles qui sont intéressées par les secrets de femmes, viennent acheter. Si quelque chose n’est pas bien, quand tu paies une fois, tu ne vas plus revenir acheter », explique Mohamed Cissé, gérant d’une grande boutique de « secrets de femmes » à Rood-Wooko.

Une gamme de produits  se trouve dans cette boutique. « Serré serré, kind maggi, lait de minuit » sont autant de noms de baptême. Ce sont généralement des pommades,  des plantes,  de l’encens, du parfum,  des pilules, qui, selon Mohamed Cissé, attirent l’homme et le rendent de bonne humeur, entre autres. Et le tout accessible à partir de 500 F CFA.

Le nom d’un des produits, « Petit bandit », nous intrigue. En quoi consiste son « banditisme » ?  « Petit bandit est un excitant (aphrodisiaque) en forme de comprimés. C’est la femme qui prend deux ou trois avant le ‘match’. D’autres peuvent prendre jusqu’à quatre comprimés. Cela  dépend de l’organisme de tout un chacun », développe le vendeur.  

Prudence médicale

Cette explication fort édifiante terminée, nous prenons  la direction d’un centre hospitalier. Objectif, avoir l’avis de la science et de la médecine.

Nous rencontrons Moumouni Konseiga, maïeuticien d’Etat, responsable de la SMI (Santé maternelle et infantile) du service  gynéco-obstétrical de l’hôpital Paul VI, à Tampouy. Il laisse entendre que sur le plan médical, rien n’est dit sur ces secrets, sauf les produits utilisés pour les toilettes intimes. Etant dans un milieu de femmes, il confie  avoir déjà entendu parler de leurs « secrets ».

« Les femmes partagent leur secret entre elles. Mais ce que je sais, c’est que l’objectif de l’utilisation des secrets de femme, au final, c’est amener à satisfaire les relations sexuelles. Elles trouvent des médicaments pour rétrécir la vulve ou le vagin pour que les rapports soient sensibles. C’est tout ce qu’on utilise dans ce cadre qu’on appelle secrets de femmes. Ça peut être des produits chimiques, ça peut être du Maggi (bouillon de cuisine, ndlr)», dit-il.

Produits corrosifs

L’utilisation de ces produits n’est pas sans conséquences,  à écouter l’agent de santé. Il dit recevoir en consultation des femmes avec des infections génitales basses dues à certains produits qui sont corrosifs.

« Il y a des produits qui dénaturent le PH vaginal (degré d’acidité du vagin, NDLR). Cela profite aux infections. Il y a un taux du PH vaginal à ne pas dépasser. Quand c’est au-dessus de la normale, cela détruit les microbes supposés protéger le vagin, et laisse la voie libre aux infections», détaille-t-il.

L’homme, pour qui toutes ces acrobaties sont réalisées, peut aussi subir des conséquences de ces usages. « L’homme  peut ne pas se sentir si le vagin par exemple  est modifié.  Il peut  être aussi contaminé par les infections», prévient Moumouni Konseiga.

 « Si on a un problème sexuel, on part en consultation trouver des remèdes. S’il faut même faire une chirurgie esthétique, on peut le faire. Tant que ce n’est pas démontré médicalement, je crois que ce n’est pas la peine d’utiliser parce qu’on se fait plus de mal en voulant satisfaire l’homme. En restant naturelle, on attire plus l’homme », conseille l’homme de santé.

Mais comme on le dit, en matière d’amour, la logique et la raison sont des notions inconnues.

Irmine KINDA

Burkina24

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