Tribune │Qui veut d’un vrai pays appelé Burkina Faso ?

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Maixent Somé apporte son analyse sur la situation nationale

Quel est le creuset dans lequel se fabriquent des citoyens burkinabè ?

Nous n’avons plus un seul système éducatif pour tous. D’ailleurs, nous n’avons jamais pu scolariser tout le monde…

Notre armée n’a jamais été une armée de conscription, et nous avons arrêté le service militaire (Service National Populaire) qui était un cadre de brassage des jeunes de milieux très divers…

Nous multiplions les organisations à base ethniques ou religieuses :

  • associations des ressortissants de tel ou telle région,
  • associations des “personnes ressources” de tel ou telle région,
  • associations professionnelles des ressortissants de tel ou telle région.
  • associations professionnelles à base confessionnelle (musulmane, catholique, protestante).

Plutôt que de bâtir une administration forte, les politiciens préfèrent prendre acte de leur incapacité et inféodent chaque jour un peu plus la puissance publique aux intérêts particuliers et aux chefferies traditionnelles et religieuses. Celles-ci sont de plus en plus omniprésentes au cœur de notre vie institutionnelle, sans la moindre codification juridique à part une vague mention dans le préambule de la constitution qui reconnait : « la chefferie coutumière et traditionnelle en tant qu’autorité morale dépositaire des coutumes et des traditions dans notre société »…

Apparemment, ces quelques lignes que notre texte fondamental sont suffisantes pour servir de justificatifs à ceux qui, avec zèle et acharnement, vident chaque jour l’Etat de son sens.

Voici les derniers exemples :

  1. Opération d’établissement de CNIB

Nous avons pu lire dans la presse l’extrait suivant: « Une délégation de l’Office Nationale d’Identification (ONI) avec à sa tête son directeur général a été reçue ce vendredi 12 juillet en audience par le chef suprême des Mossé. L’objectif de cette visite était de solliciter l’accompagnement du Mogho Naaba pour la réussite de l’opération de renouvellement et d’établissement de Carte Nationale d’Identité Burkinabè (CNIB). »

Ainsi donc, le DG de l’ONI (Office National d’Identification) et tout son staff vont faire des génuflexions devant le Mogho Naaba pour lui demander de “les aider” (les autoriser peut-être ?) à faire le travail pour lequel l’État les paie et les outille chèrement ?! Le DG de l’ONI et tout son staff poursuivront-ils leur logique (à supposer qu’il y en a) en allant demander l’aide des chefs des 60 autres ethnies que compte le Burkina?

  1. Projet de construction de logements sociaux à Logofourousso

Le jeudi 4 juillet 2019 à Bobo-Dioulasso, le ministère en charge de l’urbanisme annonçait un « consensus » sur le démarrage des travaux du projet de construction de logements sociaux à Logofourousso.

Dans les jours qui suivirent, Sibiri Ouattara le chef du village, exprimait bruyamment son désaccord et mettait en garde les représentants de l’État ainsi que toute autre personne ou entreprise qui s’aviserait de se prévaloir d’un quelconque titre foncier dans sa commune qui n’émanerait pas de lui et de son conseil de “notables”…

  1. Organisations professionnelles ou confessionnelles?

Toujours dans la presse, on apprend que « Le monde de la communication au Burkina accueille (…) la naissance d’une nouvelle structure regroupant les journalistes et communicateurs de confession musulmane ». En cherchant un peu, l’on découvre qu’une pareille organisation professionnelle existe déjà depuis belle lurette chez les catholiques, l’UCAP (Union catholique de Presse) …

A quoi sert ce machin ? Si cette UCAP était une organisation de type Think Tank réfléchissant et analysant le traitement dans la presse des sujets de bioéthique, de corruption, de place de l’élite dans la société, de l’usage des réseaux sociaux dans notre société, de conflits communautaires, etc. nous en aurions certainement déjà entendu parler. Cela aurait pu être utile car au moins, nous saurions ce que pense une certaine élite. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la lettre pastorale des Évêques est toujours attendue et analysée avec soin…

Dès lors, à quoi servent ce type d’organisations ?

Est-ce un pays que nous avons ? Est-ce d’un pays que nous voulons ?

Chaque jour, chacun détricote un peu plus un État déjà mal en point et qui ressemble de plus en plus à un patchwork de pouvoirs locaux, d’intérêts particuliers, d’identités collectives. Et nous nous offusquons quand un regard extérieur, en la personne du Général Lecointre, parlant de nos pays, pose en quelques mots ce diagnostic cinglant:  « Le problème est (…) bien plus large qu’un simple problème militaire. C’est un problème systémique, qui comporte des sujets de développement, de gouvernance… ».

Maix.



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