Madi Sakandé : Le développement, « ça doit partir du mindset d’abord »

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Pour Madi Sakandé, ‘’développement’’ et ‘’mindset (façon de penser, état d’esprit)’’ vont de paire. Convaincu que pour se développer, il faut commencer par « assurer l’autosuffisance alimentaire », ce spécialiste, consultant auprès d’agences onusiennes, s’investit dans la production de chambres froides depuis l’Italie (où il est installé) pour les besoins de conservation des produits agroalimentaires en Afrique. 

En Italie, son pays de résidence, le Burkinabè Madi Sakandé s’est spécialisé sur les questions de conservation de produits agroalimentaires à travers la chaîne de froid. Aujourd’hui, il y fait produire des chambres froides avec pour destination l’Afrique.

Le « pionnier (cf. la période révolutionnaire sous Thomas Sankara) » a encore en tête, le slogan ‘’consommons ce que nous produisons. Produisons ce que nous consommons’’. Trente-deux ans se sont écoulés depuis la fin de cette ère. Avec le temps, fort de son expérience professionnelle en Italie (deux décennies) et des visites de sites comme celui du barrage hydroagricole de Bagré, M. Sakandé déduit : « il y a un problème double ». Celui de l’inexistence de processus de conservation adaptée des produits alimentaires et son corollaire qu’est la « braderie » constatée quelques instants après les récoltes.

« Celui qui travaille dans le secteur agricole ne peut pas vivre de son activité. Le produit qu’il fait pour le commerce n’arrive pas au marché. L’exemple des vendeuses de fruits, les bouchers etc. sont obligés de brader leurs produits le soir venu parce qu’ils ne peuvent pas conserver. Ce qui veut dire qu’ils payent quelque chose 100 kilos, ils arrivent à vendre 30 kilos, les 70 kilos sont voués à la perte. Donc déjà, ils vont vendre les 30 kilos à un prix très cher pour pouvoir couvrir la perte des 70. Ce qui veut dire que le produit n’est pas accessible à tout le monde », résume l’expert dans le domaine de la conservation.

Des chambres froides et des groupes frigorifiques conçus dans son usine « en Italie pensant l’utilisation en Afrique »

Madi Sakandé ne se fera pas prier. Courant 2018, il a fondé le New Cold System. De l’avis de l’ingénieur, la majeure partie des appareils frigorifiques (climatiseurs, groupes pour les chambres froides etc.) qui sont vendus en Afrique n’a pas été conçue pour le marché africain. C’est ce qui l’emmène à concevoir lui-même des groupes frigorifiques dans son usine « en Italie pensant à l’utilisation en Afrique ».

« Quand on mange des produits qui sont mal conservés ou qui n’ont pas eu de la conservation du tout, cela provoque des problèmes de santé. Imaginez la viande presque pourrie, on vous met des épices et on vous fait manger. C’est une situation qui m’a amené à dire qu’il faut que je fasse quelque chose dans ce sens. Ce n’est pas pour moi. J’ai pensé pour ma nation, mon continent », explique-t-il.   

De l’idée du développement

A 24 ans, à la recherche d’opportunités, il s’était rendu en Italie de l’autre côté de la Méditerranée, aujourd’hui devenue « un cimetière à ciel ouvert ». Deux décennies plus tard, Madi Sakandé n’a plus la même perception de ce que sont les opportunités. « Dans ces pays ils ont déjà tout fait. Chez nous, il n’y a rien de fait. Il n’y a pas un secteur saturé en Afrique. Tous les secteurs sont des secteurs à développer ou même à commencer », caricature Madi Sakandé. Il propose à présent de « faire un mindset pour revoir notre façon de penser ». C’est de là, dit-il, que partira le développement.

Sa contribution, à lui, il a décidé de l’apporter en procurant des solutions de conservation des produits agricoles par la fabrication de chambres froides qui peuvent fonctionner à base de l’énergie solaire. Pourquoi le secteur agricole ? « Tu ne peux développer un pays qu’en donnant à manger à la population. Quand on a mangé à sa faim, alors on commence à avoir des envies bizarres.  Et les envies bizarres, c’est ça qu’on appelle le développement », définit-il.

Résoudre les problèmes à la base

L’amertume l’envahit lorsqu’il apprend aux nouvelles qu’une embarcation n’est pas arrivée à bon port sur les côtes européennes. Vivant et travaillant en Italie, il peine à trouver la bonne formule pour dissuader les jeunes Africains de s’engager dans une aventure périlleuse pour rejoindre le vieux continent. « Souvent, c’est difficile de convaincre quelqu’un en lui disant ‘’là-bas, ce n’est pas bon’’. Ne venez pas. Et toi-même tu ne viens pas ».

La recherche de meilleures opportunités, pour se réaliser, l’a conduit en Italie. Avec la New Cold System qu’il a créée et « compte agrandir », Madi Sakandé veut faire rentrer le froid dans les villages afin d’éviter que les jeunes ne se dirigent pas tous vers la ville « là où c’est saturé ».  « Et en ce moment, se projette-il, on aura résolu le problème à la base ».

En une année d’activité au Burkina Faso, l’expert confie avoir formé plus de 300 techniciens frigoristes dont une soixantaine de personnes travaillant dans des entreprises connectées à New Cold System. Un nombre qu’il veut voir accroître. Son rêve à lui, c’est de voir des Africains qui embarquent dans des avions pour des destinations hors du continent le temps d’y passer leurs vacances. « Pourquoi on ne peut pas travailler pour cela, s’interroge-t-il. Je suis de cette lancée-là ! ».

Oui KOETA

Burkina24        

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'The vitality of a country can also be measured through that of its journalists'

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