Tabaski 2019 : Le sermon de l’imam Alidou Ilboudo

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Ceci est le sermon de l’imam Alidou Ilboudo, qui a porté notamment sur la situation sécuritaire du Burkina, à l’occasion de la prière de Tabaski, le 11 août 2019 à Ouagadougou.

Première partie

Louanges à Allah, Seigneur et Maitre des Univers, qui a créé l’homme de la meilleure des formes, l’a honoré et l’a élu calife, mandataire sur la terre.  Louanges à Lui Allah, qui donne aux croyants dans le temps et l’espace des occasions et des circonstances pour se repentir et mériter sa grâce. Paix et salut sur le messager de la révélation ultime, Mohammed bin Abdoullah, descendant de Ismaël et Ibrahim, sur eux la paix d’Allah.  Paix et salut sur l’ensemble des envoyés de Dieu ainsi que    ceux qui les ont suivis et obéi jusqu’au jour des comptes. Paix et salut sur tous les hommes de bien et de foi qui empruntent le chemin du vrai et du juste dans tous les aspects de leur vie.

Chers frères et sœurs dans la foi, bien-aimés devant Dieu, redoublons de crainte d’Allah et surpassons-nous en bonnes actions car notre salut dépend de la foi et de la bonne œuvre : « Ô vous qui croyez ! Craignez Allah et parlez avec droiture, afin qu’Il améliore vos actions et vous pardonne vos péchés. Quiconque obéit à Allah et à Son messager obtient certes une grande réussite. » sourate 33, V 70-71

 En ce jour où nous célébrons le sacrifice d’Ibrahim, son souvenir devrait nous habiter, sa figure inspirer notre conduite et notre comportement et sa trajectoire illuminer notre quotidien. Oui ! il est bien beau de sacrifier un bélier en un jour pareil car selon le hadith, c’est l’œuvre qui plaît le plus à Allah.  Mais il est encore plus beau de dépasser ce geste matériel et de nous en pénétrer le sens, l’enseignement, la finalité.

 Qu’est-ce que Dieu veut de nous en nous demandant de perpétuer ce sacrifice ? En réalité, afin d’être investi pleinement de l’intimité divine, Ibrahim (AS) devait vider son cœur de tout attachement aux créatures. Le fils est le symbole du moi absolu et de l’amour intense.

Ainsi pour aller Dieu, le croyant doit accepter de vivre l’épreuve comme Ibrahim (AS), se poser les questions existentielles, évaluer sa foi, connaitre l’exil, affronter l’adversité, mais rester bon de cœur et humaniste sur toute la ligne en dépit du comportement de ses contemporains. Tel fut Ibrahim et ainsi donc, il fut élu l’ami du Miséricordieux, lui qui était un père pour l’orphelin, un asile pour le pauvre, un réconfort pour l’éprouvé.

« -Abraham était un guide (’Umma) parfait (19). Il était soumis à Allah, voué exclusivement à Lui et il n’était point du nombre des associateurs.

 

– Il était reconnaissant pour Ses bienfaits et Allah l’avait élu et guidé vers un droit chemin.

 

-Nous lui avons donné une belle part ici-bas. Et il sera certes dans l’au-delà du nombre des gens de bien.

– Puis Nous t’avons révélé : «Suis la religion d’Abraham qui était voué exclusivement à Allah et n’était point du nombre des associateurs». » (Sourate 16, V120-123)

Ibrahim avait pour lui d’être au-delà des vaines questions d’appartenance raciale et était voué à Dieu l’Unique : «   Abraham n’était ni Juif ni Chrétien. Il était entièrement soumis à Dieu (Musulman). Et il n’était point du nombre des Associateurs. » (sourate 3, V 67)

 Sur toute la ligne la vie de Ibrahim reste une belle leçon pour les croyants. Il est bon que la communauté islamique médite longuement ce dernier verset de la sourate al-hajj qui affirme d’une manière on ne peut plus claire l’unicité de la Oummah :«  Et luttez pour Allah avec tout l’effort qu’Il mérite. C’est Lui qui vous a élus ; et Il ne vous a imposé aucune gêne dans la religion, celle de votre père Ibrahim, lequel vous a déjà nommés «Musulmans» avant ce Livre et dans ce Livre, afin que le Messager soit témoin contre vous, et que vous soyez vous-mêmes témoins contre les gens. Accomplissez donc la Ṣalāt, acquittez la Zakāt et attachez-vous fortement à Allah. C’est Lui votre Maître. Quel Excellent Maître ! Et quel Excellent Soutien ! » (S22,V 78).

Les musulmans forment une seule et unique communauté ; ils devraient être fiers du seul nom et attribut qu’Allah leur a donné : mouslimounes, les soumis. Il   est malheureux qu’aujourd’hui ils s’affabulent d’autres appellations comme sunnites, salafistes, soufis, chiites, etc. Or donc quand ces appellations ne sont pas pompeuses et orgueilleuses pour soi, elles sont insultantes et dévalorisantes pour l’autre. Tout le contraire du vécu d’Ibrahim, dont toute la vie est modestie, accueil, accompagnement et valorisation d’autrui. Pire, ces sobriquets et autres surnoms  ont divisé la communauté, sapé son unité d’action et mis à mal son efficacité, toutes choses  dont pourtant le coran nous avait prévenues : « O croyants ! Craignez Allah comme Il doit être craint. Et ne mourez qu’en pleine soumission. Et cramponnez-vous tous ensemble au câble d’Allah et ne soyez pas divisés ; et rappelez-vous le bienfait d’Allah sur vous : lorsque vous étiez ennemis, c’est Lui qui réconcilia vos cœurs. Puis, par Son bienfait, vous êtes devenus frères... » (Sourate 3, V102-103)

Or donc la Communauté islamique a vocation d’être excellente en foi comme en action : «. Vous êtes la meilleure communauté, qu’on ait fait surgir pour les hommes. Vous ordonnez le convenable, interdisez le blâmable et croyez à Allah. » (Sourate 3, V110). Quand nous lisons ce verset, nous le ressentons comme un accomplissement, et pourtant, nous devrons le lire comme un appel, un rappel ; Allah nous enjoint d’être les meilleurs, car nous avons tout dans sa révélation pout l’être.  Mais où en sommes-nous ? Individuellement pris sommes-nous des modèles ? de foi ? de vertu ? D’action ? collectivement, ici et ailleurs, la oummah est-elle ce modèle de perfection dont fait cas ce verset ? sommes-nous fiers de la posture, de l’action, du niveau des musulmans dans notre pays et ailleurs dans le monde. Sans fausse modestie, il est honnête de reconnaitre qu’un fossé entre existe entre la perfection idéale énoncée par le texte et la réalité vécue sur le terrain. Et ce fossé, nous avons le devoir de le combler par des actions volontaristes au niveau de l’éducation, de la santé, de l’emploi des jeunes, de la condition de la femme et de l’enfant, des droits humains, bref par plus d’engagement social, citoyen et humain.

Mes frères et sœurs dans la foi, tout comme le sacrifice, le hajj, le pèlerinage aux lieux saints de l’islam est un grand moment de la vie spirituelle du croyant musulman. « C’est un devoir pour les gens d’accomplir pour Dieu, le pèlerinage de la maison, » (Sourate III, V 97) dit le coran. Le hajj est un des cinq fondements de la religion musulmane et son accomplissement est une aspiration pour chaque croyant. En conséquence, il est du devoir des responsables de la communauté islamique d’œuvrer encore plus dans la recherche de plus d’efficacité dans son organisation. Certes, des efforts considérables sont constatés de la part de l’état ainsi que des acteurs directs du hajj, les agences, le comité du suivi et la fédération, mais beaucoup reste encore à faire pour épargner aux candidats du hajj certains désagréments. Ainsi, les associations islamiques doivent redoubler d’efforts dans l’information et les formations. Le comité de suivi et l’Etat doivent  être plus regardants sur les cahiers de charges des agences de voyage et des transporteurs.

Alhamdoulillah, tous les pèlerins burkinabés sont arrivés à très bonne date sur les lieux saints, mais il n’en demeure pas moins que certaines difficultés persistes notamment les délais de convocation trop longs (6 à 12h) et l’insuffisance de communication liée au décalage des vols, toute chose  qui est de nature à entamer le moral des pèlerins. Espérons que l’encadrement sur le terrain sera efficient et que le programme des retours sera maitrisé. En tout état de cause, à l’heure du  bilan des propositions d’amélioration devrait être faites  sans complaisance pour opérer les retouches nécessaires.

Mes frères et sœurs dans la foi, cette fête de Tabaski a lieu au moment où le climat social est des plus troubles dans notre pays.  Depuis maintenant quatre années le Burkina Faso est la cible de groupes terroristes qui endeuillent chaque jour que Dieu fait nos familles, détruisent nos biens et sèment la panique et le désarroi dans nos villes et campagnes. Cette situation a comme corollaires   et conséquences la dégradation du vivre ensemble qui vient s’ajouter à un front social en ébullition depuis l’insurrection d’octobre 2014. Pire, désespérés de ne pouvoir entamer notre attachement à la nation, les groupes terroristes essaient ces derniers instants de créer la fracture sociale en excitant la fibre communautaire, en tentant de créer des affrontements ethniques ou religieux. 

Chers compatriotes, nous ne devons pas nous laisser prendre au piège. Dans cette entreprise terroriste, des Burkinabè du nord, du sud, de l’est de l’ouest, du sahel comme du centre ont laissé des vies et des biens. Des musulmans, des chrétiens, des coutumiers et des libres penseurs ont péri. Des burkinabè de toutes ethnies, des africains, des Européens, des américains, des asiatiques, sont tombés. Il n’appartient pas à une communauté quelconque de compter ses morts comme si ceux-ci étaient différents des autres martyrs Burkinabè.

Il est du devoir de l’Etat de protéger toutes les communautés afin de nous éviter les appels singuliers de protection de certains groupes religieux qui risque de fragiliser notre vivre ensemble. 

 Les attaques terroristes ont occasionné actuellement des milliers de déplacés internes dans plusieurs localités du sahel, du nord, du centre nord et de l’est. Ces populations, sous la menace, ont fui les terres qui les ont vues naitre et y ont laissé champs, récoltes, troupeaux et histoires.

Frères et sœurs, au-delà du soutien matériel, moral et psychosocial que nous devons leur apporter, c’est plutôt de sécurité qu’elles ont besoin. C’est aussi l’occasion pour nous de rappeler le pacte républicain auquel nous tenons de tous nos vœux. Les initiatives citoyennes se sont multipliées ces derniers temps, différents appels ont été lancés, un dialogue politique s’est tenu entre la majorité et l’opposition, mais si toutes ces bonnes actions ne sont pas fédérées par l’intérêt supérieur de la nation, elles resteront des vœux pieux. Nous n’avons pas le choix car nous n’avons qu’un seul pays : donnons-nous la main maintenant pendant qu’il est toujours temps. Allons résolument vers une réconciliation des cœurs et la prise en compte des préoccupations de tous les fils et filles du Burkina Faso sans distinction. J’en appelle aux sages, aux religieux, aux combattants de la liberté, aux intellectuels, aux hommes politiques, aux militants de la société civile : il est encore temps de sauver la patrie. Ce n’est pas un simple défi, c’est plutôt notre responsabilité devant l’histoire.

Il est bon de rappeler qu’au-delà des causes exogènes qui font du terrorisme un phénomène à l’échelle mondiale, il peut être nourri au niveau local par les situations d’injustice, la mauvaise répartition des richesses, la paupérisation, le sentiment d’abandon, l’exclusion sous toutes ses formes. C’est pourquoi il est de la responsabilité des gouvernants de répondre aux aspirations des populations et de travailler à conforter encore le sentiment d’appartenance à un destin commun, à une nation unique à travers un traitement juste et équitable de toutes les communautés

Aussi, faut-il  rappeler aux musulmans et à toute la communauté des humains la sacralité de la vie et la place de la diversité de culture, d’origine et de croyance en islam et dans le droit dit international

“Celui qui tue une âme innocente, c’est comme s’il avait tué toute l’humanité” (S5, V32).

Allah dit : «  …Si Dieu l’avait voulu, Il aurait fait de vous une seule communauté. Mais Il a voulu vous éprouver par le don qu’Il vous a fait. Cherchez à vous surpasser les uns et les autres par les bonnes actions. Votre retour à tous se fera vers Dieu, Il vous éclairera au sujet de vos différends » (Sourate 5 ; V48)

Concitoyennes et concitoyens, nous constatons une augmentation du phénomène de la prostitution et le racolage dans notre pays. Et il se trouve des organisations qui, tout en combattant le mariage dit « d’enfant », promeuvent paradoxalement la liberté du sexe pour ces mêmes « enfants ». Nous ne pouvons passer sous silence cette situation en contradiction avec nos valeurs religieuses et traditionnelles.

Deuxième partie

Frères et sœurs dans la foi, nous célébrons cette fête de tabaski au moment où nos associations, l’AEEMB et le CERFI ont la trentaine d’années d’existence et renforcent leurs capacités en matière d’infrastructures scolaires et sanitaires.  Fidèles à leurs slogans, « un espace de spiritualité et de prospérité» pour le CERFI, et « la conviction d’une jeunesse » pour l’AEEMB, ces structures ont décidé avec vous de faire de la foi un tremplin pour la participation citoyenne et la contribution au développement socio-économique de notre pays. C’est le lieu de remercier tous les fidèles et les partenaires qui nous ont toujours fait confiance. A la rentrée prochaine de nouveaux établissements à Ouagadougou comme à l’intérieur du pays, viendront renforcer l’existant et diversifier l’offre éducative. Notamment les lycées Al-Ilm de Bassinko et de Tanghin à Ouagadougou et le lycée Al-Ilm de Tenkodogo.  Toutes les contributions aussi bien matérielles, financières, qu’intellectuelles sont les bienvenues et Allah récompense les bienfaiteurs au-delà de leur espérance.   En attendant profitons des activités de vacances, en participants aux  séminaires nationaux de formation de l’AEEMB à Bobo- Dioulasso et de la cellule du personnel enseignant musulman du CERFI à Koudougou pour une occupation utile de nos vacances.

Frères et sœurs dans la foi, notre pensée en ce jour de souvenir va à l’endroit de tous ceux qui souffrent parce que d’autres hommes comme eux ont décidé qu’ils n’avaient pas le droit de vivre heureux et librement. Certains à cause de leur foi et d’autres pour leur aspiration à la Paix, à l’autonomie. C’est le cas des palestiniens privés de leurs terres aux yeux de la communauté internationale ; c’est le cas aussi des Rohingyas en Birmanie, des Ouïghours en Chine, mais c’est aussi le cas des Chiites au Yémen, bref de tous ceux qui sont privés de leur liberté par le simple fait de penser autrement. Frères et sœurs dans la foi, la justice est le seul socle qui puisse maintenir la stabilité de notre monde et garantir un avenir à l’humanité. Le musulman se doit donc de défendre le juste et le vrai en tout temps et tout lieu car c’est pour cela que les livres ont été révélés aux hommes et que les prophètes leur ont été envoyés.  Allah proclame dans le saint coran : « Nous avons effectivement envoyé Nos Messagers avec des preuves évidentes, et fait descendre avec eux le Livre et la balance, afin que les gens établissent la justice » (sourate 57, V25) et dans le hadith qoudsi, Dieu dit : « Ô Mes serviteurs!  Je me suis interdit l’injustice à Moi-même, et Je vous l’ai également interdite.  Ne soyez donc pas injustes les uns envers les autres. » (Sahih Mouslim) ?

Autant les musulmans que nous sommes devons réclamer la justice pour nos frères opprimés, autant nous devons défendre ceux qui sont sous l’oppression de personnes dites musulmanes, autant nous devons nous battre en front commun avec tous les défenseurs des causes justes ;

Mes frères et sœurs dans la foi, en ce jour béni, plein de leçons et de souvenirs, l’image d’Ibrahim doit nous habiter. Revivifions sa tradition par l’accueil, l’ouverture à l’autre, l’hospitalité et le partage. Partageons la viande et la nourriture, mais encore plus, partageons la joie, l’amitié et la fraternité. Cette fête est celle de l’humanité retrouvée en Ibrahim, le patriarche, le père des monothéistes, le père des orphelins ; faisons de cette fête celle qui nous relie avec la famille, les voisins, les collègues, la patrie. Faisons d’elle celle de la réconciliation avec nous-mêmes, avec les autres avec Dieu. Et pour qu’elle reste  belle et sublime, soyons pondérés et lucides, responsables et intègres, dans l’expression de la joie et rendons grâce à Allah.

 Nous terminons en demandant à Allah de préserver notre nation et de la sauver des difficultés  qu’elle vit actuellement,

Nous demandons à Allah qu’il donne la quiétude et la sécurité  à nos populations

Qu’il prenne soin des forces de défenses et de sécurité

Qu’il donne de l’espoir et de l’ambition à notre jeunesse

De la droiture à nos gouvernants

De la lucidité et de l’honnêteté à nos savants et intellectuels

De la pudeur à nos femmes

Du courage à nos hommes

Qu’il bénisse et protège le Burkina Faso

Bonne fête à tous.

B24 Opinion

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