Tribune│ Afrique, aie bon sang l’audace de te libérer de toutes les certitudes qui te tiennent en tenailles

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Ceci est une tribune d’un enseignant sur la situation de l’Afrique.

Mais pourquoi et pour quoi donc la volonté d’assujettir l’Afrique et l’homme noir est-elle si tenace à travers l’espace et le temps?  Faut-il imputer exclusivement aux autres cette douloureuse réalité ?

Ces questions méritent bien d’être posées si l’on convient que l’humanité était au départ noire et que par conséquent, la première civilisation humaine était noire, le noir fut le premier homme à entretenir des rapports avec le créateur et avec l’univers. Les réponses à ces interrogations deviennent incontournables pour l’Afrique au 21ème siècle, ce siècle qui consacrera la liberté définitive du continent ou scellera définitivement son douloureux destin d’éternel dominé/exploité. Risquons quelques réflexions.

Les théories ou si l’on veut les idéologies de la sujétion du négro-africain par les européens résultent de la conception judéo-chrétienne des races humaines ; conception renforcée par des thèses sociologiques et anthropologiques de l’inégalité des races. Le fixisme et le darwinisme, thèses qui renvoient à l’échelle des mentalités ont aussi nourri et nourrissent encore probablement hélas, la volonté des autres de percevoir et de traiter le noir comme un sous-homme.

Ainsi donc, la traite négrière n’était qu’un rachat pour les « fils maudits de Dieu », descendants, semble-t-il, du maudit Cham. L’infériorité du noir relèverait d’une logique/volonté divine et tirerait sa source de cette sentence de NOE : « Maudit soit Canaan ! Qu’il soit pour ses frères le dernier des esclaves».

Il faut alors comprendre quand le chantre du fixisme, le médecin et botaniste suédois Carl Von LINNE soutient que « L’espèce est une sorte d’essence métaphysique tout au plus susceptible de former des variétés mais inapte à devenir une autre espèce. » Peut-on conclure que pour les autres, Dieu et la nature ont fait du noir un instrument/objet/une ressource entre leurs mains et le dernier des hommes.

Les noirs eux-mêmes semblent percevoir leur longue souffrance (aucun peuple n’a connu continuellement les violences, les humiliations et toutes sortes de tors qu’ont connu les noirs)  comme étant une conséquence d’une faute commise ayant irrité le destin vengeur. Tout ou presque dans notre comportement au quotidien, montre à quel point, nous avons intériorisé notre infériorité vis-à-vis des autres. Nous portons les mêmes lunettes que les autres pour nous regarder nous-mêmes. Il n’y a que les arabes en ce 21ème siècle naissant, qui égalent l’Afrique subsaharienne dans la faiblesse face à l’occident.

Ce n’est un secret pour personne que l’Europe a une constante volonté de dominer les autres peuples à travers le monde. La violence est un gène dominant et majeur chez l’Europe de tous les temps. Elle a été et reste le moyen par lequel ce continent s’est construit et se maintient. Ce n’est aussi un secret pour personne que les arabes et les africains au sud du Sahara, répétons-le,  sont ceux qui manifestent de façon récurrente une faiblesse notoire face à cette volonté de l’Europe de diviser, de dominer et d’exploiter l’autre. Les noirs et les arabes se sont laissés convaincre de l’existence en leur sein d’un certain et absurde ordre social porteur de germes de divisons, de déstabilisation et donc de contre-développement. C’est pourquoi l’Europe n’a aucune difficulté à diviser les africains et les arabes. On a comme l’impression que ces deux peuples portent les gènes de la division et de la soumission.

Ce qui arrive aux noirs comme aux arabes actuellement est plus imputable à eux-mêmes qu’aux européens, disons, qu’à la classe dirigeante en Europe. Les noirs surtout, doivent se libérer de leurs horribles certitudes d’être faibles, pauvres, incapables… Ils gagneraient à se départir des clivages ethnoculturels qui amènent les uns à se prendre pour des conquérants, les autres pour des nobles, les autres encore pour les plus tolérants, les plus intelligents, les plus beaux, les plus vertueux, les plus méritants, les plus…Tant qu’ils resteront par orgueil tenus en tenaille par ces horribles certitudes, jamais ils ne pourront relever le défi de l’unité sur tous les plans. Or sans unité, sans union, point de salut pour personne.

Le monde noir doit se libérer de tous les liens externes et internes, de toutes les pressions externes et internes. L’Europe n’est rien économiquement dans le concert des nations sans l’Afrique. Sa force (chance ?) réside dans la faiblesse de l’Afrique et du monde noir, dans l’incapacité jusque-là constatée des noirs à fédérer et à transformer leurs diversités ethniques et culturelles pour en faire une arme redoutable de résilience, de libération et de promotion individuelle et collective.

L’Afrique doit se libérer des langues et des monnaies européennes (comme et surtout le fcfa), de tout ce qui sape ses cultures et identités, pour espérer le développement. Elle doit se libérer de ses doutes, de ses craintes et oser la rupture brutale et totale avec l’Europe. S’impose plus que jamais à elle le devoir et l’audace nécessaires pour bâtir sa monnaie, refuser définitivement les divisons, définir et promouvoir sa propre vision de l’éducation, valoriser ses langues et cultures et valeurs, trouver les voies et moyens pour assurer elle-même le financement de son éducation, de sa santé, de sa sécurité et de son agriculture.

C’est possible. Avec des dirigeants éclairés,  audacieux, poussés et soutenus par des populations audacieuses, prêtes pour le sacrifice suprême, mues par la volonté de réhabiliter l’Afrique et l’homme noir. Aucun développement n’est possible pour un individu ou un peuple qui s’échine à promouvoir les valeurs ou les cultures de l’autre, en particulier celles de son bourreau.

Les africains doivent refuser d’avoir les mêmes convictions que l’Europe sur le continent et le monde noir. Modifions nos représentations sur les autres et sur nous-mêmes. Tout est dans notre façon de nous regarder nous-mêmes, dans notre volonté de nous libérer, dans le leadership qui doit porter notre audace, notre détermination, notre capacité à nous organiser, notre foi en nous-mêmes et en nos capacités.

Le succès de notre constant prédateur qu’est l’Europe réside dans sa capacité à s’organiser et à mutualiser ses visions, ses ressources et ses efforts. Ainsi donc nos défaites et notre sujétion tirent leurs sources de notre incapacité à nous organiser, à nous mettre ensemble de corps et d’esprit, à transcender nos différences. De notre faute et pas celle de celui qui profite de notre faiblesse qui tire ses sources de nos chaotiques démarches.

La génération actuelle des intellectuels africains a une lourde responsabilité. Plus que ses devancières, elle portera l’entière responsabilité du devenir du continent et de l’homme noir au 21ème siècle. Il y’ a des risques inévitables à prendre et des sacrifices à consentir pour donner au continent et à l’homme noir le talent et l’allant nécessaires
 à la rupture qui consacrera la re(naissance) enfin du noir en tant qu’être humain. Espérons que les crises actuelles qui secouent le monde sont les prémices de cette rupture salutaire pour l’Afrique et l’homme noir. Tout dépend de nous et de personne d’autre.

Elhadji BOUBACAR

Inspecteur de l’Enseignement du 1er Degré/Dori

[email protected]

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