Accès des jeunes à la contraception au Burkina : Des acquis, mais surtout des défis

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Le Burkina Faso a entrepris de faciliter l’accès des adolescents et des jeunes à la planification familiale (PF). Leur implication intégrale dans la promotion de la santé sexuelle et reproductive aussi. Il y a des réussites mais, surtout, d’importants défis à relever.

Au Burkina Faso, il n’est toujours pas rare d’entendre que Rama, une fille, autrefois, brillante à l’école, a été contrainte d’abandonner les bancs, pour cause de grossesse non désirée. Ou que la petite Safi, mariée de force à 15 ans, attend son premier enfant. Ou encore que la quinzaine d’enfants d’une famille polygame se regardent en chiens de faïence après le décès du père.

Le droit de décider et l’accès des jeunes à l’information sexuelle et à la planification familiale sont devenus des sujets d’actualité. Ils visent notamment à éviter les grossesses à risques et les avortements clandestins. Cependant, de nombreux défis demeurent, face à la non-disponibilité des locaux en tout moment, tout lieu, dans un cadre propice. D’autres défis sont relatifs au manque d’agents de santé, et aux rumeurs et préjugés liés à la contraception.

Il y a également des barrières socioculturelles et religieuses qui persistent, entre autres, la préconisation de l’abstinence en milieu jeune. La poursuite de l’investissement dans la délégation des tâches est aussi un challenge à relever. Elle permettra de recruter de nouvelles utilisatrices de méthodes contraceptives modernes. Surtout au sein de la jeunesse. Les chiffres montrent, en tout cas, que les jeunes sont sexuellement actifs.

La planification familiale pour éviter les grossesses à risques et les avortements clandestins

D’après Amnesty International, près de 30% des filles et des jeunes femmes de 15 à 19 ans en milieu rural sont, soit, enceintes. Soit, elles ont déjà eu leur premier enfant. Selon la même source, 105.000 cas d’avortements à risques ont été enregistrés en 2012. Les jeunes filles de 15 à 24 ans enceintes représentaient 65%. Ces chiffres illustrent à souhait la réalité au Burkina Faso.

Quant aux données du « Performance Monitoring and Accountability » (PMA 2017-2018), 27% des naissances sont non voulues dans le pays. La frange jeune est, le plus, victime des grossesses non désirées. Les jeunes, pour leur part, ne semblent pas, non plus, satisfaits. Ils disent avoir besoin d’un traitement spécifique. Ils avouent se sentir mal à aise en train de demander des conseils à un parent proche, par exemple.

« La planification familiale offre des avantages aussi bien à la mère, au père, à l’enfant, qu’à la famille et à la communauté entière. Mais, imaginez un jeune qui vient dans un service de planification familiale, et se retrouve nez à nez avec sa tante ou sa mère dans le même service, pour les mêmes besoins. Ça fait bizarre », illustre Célestin Compaoré, le Coordinateur national de l’ONG SOS Jeunesse & Défis.

Mettre les informations à la disposition des jeunes

Le Coordinateur de SOS Jeunesse et Défis préconise par ailleurs un financement endogène de la PF par le gouvernement afin de ne pas trop compter sur les subventions des bailleurs de fonds. L’effectivité de la gratuité de la PF annoncée pour juin 2019 est toujours attendue par les acteurs.

Cependant, bien qu’il y ait assez de défis à relever, il y a lieu de reconnaître que des efforts sont faits en matière d’amélioration des droits sexuels et reproductifs notamment des jeunes au Burkina. Selon l’étude démographique de 2015, le taux de prévalence contraceptive est passé à 24% pour toutes méthodes confondues, et à 22,5% pour les méthodes modernes.

Les jeunes de 15 à 19 ans ont un taux de prévalence contraceptive moderne de 12,6%, contre 27,7% pour les 30 à 34 ans. Le pays s’attèle à atteindre 32% de taux national de prévalence contraceptive moderne à l’horizon 2020, dont 22% pour les 15 à 19 ans, et 37% pour les 30 à 34 ans. Pour y arriver, l’accent est mis sur l’accès des adolescents et des jeunes à la PF.

Certains acteurs soutiennent que le pays est sur la bonne voie. Ils saluent l’implication des jeunes dans les politiques et prises de décisions. « Pour faciliter l’accès des adolescents et des jeunes aux services de santé sexuelle et reproductive, ces derniers ont été associés à l’élaboration du Plan national d’accélération de la planification familiale 2017-2020 », se réjouit Moukaïlou Ouédraogo, Président du Réseau des jeunes ambassadeurs pour la SR/PF.

« Même si on ne peut pas empêcher un jeune d’avoir des rapports sexuels, on peut l’accompagner… »

Les principaux acquis engrangés quant à l’accès des jeunes à la PF, selon Célestin Compaoré, concernent l’implication progressive des jeunes aux sphères décisionnelles et aux campagnes de sensibilisation. Il salue la prise en compte des besoins spécifiques des adolescents et des jeunes, la mobilisation des communes à travers les ONG et l’intégration progressive de l’éducation complète à la sexualité dans les établissements scolaires.

Le Président du Réseau des jeunes ambassadeurs pour la SR/PF rappelle que plusieurs organisations de jeunesse et coalitions d’ONG encouragent la promotion de la PF notamment au sein du Groupe Technique Santé de la Reproduction. Pour lui, il faut accompagner les jeunes, et non leur interdire d’avoir des rapports sexuels. Car, c’est un « vain combat », dit-il.

« Même si on ne peut pas empêcher un jeune d’avoir des rapports sexuels, on peut l’accompagner en mettant toutes les informations à sa disposition pour qu’il soit bien conscient de la décision qu’il prend. Avant, les adultes pensaient qu’ils pouvaient penser et décider de ce qui est bien à la place des jeunes. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas », fait remarquer Moukaïlou Ouédraogo.

Noufou KINDO

Burkina 24

Noufou KINDO

@noufou_kindo s'intéresse aux questions liées au développement inclusif et durable. Il parle Population et Développement.

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