Développement du Burkina : Le MPS prône le modèle japonais

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Le Pr Augustin Loada a débuté sa communication par ce fait venant du Japon. « Une compagnie ferroviaire japonaise s’est excusée de l’énorme gène occasionnée par l’un de ses trains qui est parti avec 20 secondes d’avance ». Et pourtant, personne n’a raté le train, poursuit le Pr Loada avant d’énoncer son premier enseignement. « Si nous voulons être comme les Japonais, il faut qu’on apprenne à commencer à l’heure », dit-il en faisant référence au retard constaté dans le début de la conférence publique qu’il a animée le samedi 14 septembre 2019 à Ouagadougou.

Organisée par le Mouvement patriotique pour le salut (MPS), la conférence publique avait pour axe de réflexion, « le modèle de développement japonais : quelles leçons en tirer pour l’Afrique ? ». Tout d’abord, le conférencier a planté le contexte quant à la rencontre avec l’Occident. « L’Afrique a été colonisée mais le Japon ne l’a pas été. Cela fait une différence importante. Sur le plan socio-culturel, le Japon est un pays plus ou moins homogène alors que l’Afrique, c’est une terre de pluralisme », dit-il.

Au milieu du XIXe siècle, le Japon avait un début d’industrialisation, ce qui n’était pas le cas de l’Afrique. Mais sur le plan militaire et technologique, l’Afrique et le Japon étaient au même niveau, poursuit le Pr Augustin Loada. Tirant leçons de ce rapport de force, le Japon a travaillé pour se hisser au niveau des pays occidentaux. Comment le Japon a alors réussi sa transformation ?

« On pense que ce sont les économistes seuls qui peuvent développer. On va même chercher nos Premiers ministres à la Banque mondiale, au FMI… » (Pr Loada)

Celle-ci s’est opérée, selon le Pr Loada, par « une prise de conscience des élites dirigeantes ». Ainsi, au lieu d’être inhibée par le complexe de supériorité des Occidentaux, une partie de l’élite du Japon a plutôt privilégié l’examen de conscience et s’est résolue à les battre sur leur propre terrain économique et technologique, relate le conférencier. Dans cette classe, tout le monde s’y retrouvait tout comme les philosophes. « Je dis y compris les philosophes parce que généralement en Afrique, lorsqu’on parle de développement, on dit, les littéraires, les philosophes, mettez-vous de côté. On pense que ce sont les économistes seuls qui peuvent développer. On va même chercher nos Premiers ministres à la Banque mondiale, au FMI… ».

Cette classe politique a ensuite développé une idéologie qui se résumait à « se protéger, se défendre, s’instruire, préserver l’indépendance du pays et se faire connaitre des autres puissances », explique le Pr Loada qui précise que l’un des traits caractéristiques de l’élite dirigeante japonaise, c’est le sens du patriotisme. Aux côtés des élites, narre le conférencier, il y avait une population disciplinée et travailleuse.

« L’action des élites serait vaine si elle n’était pas relayée par la population. Au Japon, la légitimité traditionnelle issue du système impérial féodal a fourni les bases de l’obéissance de la population », relate-t-il. Les populations ont intériorisé les valeurs de discipline, d’ordre depuis la famille et depuis l’école. Dans ce sens, avec l’ère Meiji (1868-1912), la formation, notamment l’enseignement supérieur était prioritaire. Par contre, en Afrique, compare le Pr Loada, « malgré les proclamations de foi, l’éducation est en crise et déconnectée des besoins réels des sociétés ».

Pour ce qui concerne l’Etat, la politique du mérite est de mise et les nominations politiques sont limitées aux postes  de ministres et de vice-ministres. L’administration de chaque ministre relève du rôle des fonctionnaires de carrière. « Les ministres ne font que passer. Ce qui permet d’assurer la cohésion et l’efficacité des organisations », dit-il.

Vidéo – Quand le MPS prône le modèle de développement japonais

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Des leçons à tirer, le Pr Augustin Loada retient certains principaux facteurs à l’origine du succès japonais. Il s’agit de l’éducation. Ce n’est pas seulement dans le système formel, l’enseignement technique doit être prioritaire, dit-il. Ensuite, le travail. « Le Japonais travaille dur. Même pour prendre des congés, il faut leur demander pardon », narre le conférencier. Un autre facteur, c’est le patriotisme. « C’est un ingrédient essentiel pour comprendre le succès du Japon », dit-il.

Selon le Pr Loada, le Japon est la première nation non-occidentale à s’être hissée au niveau des pays occidentaux tout en gardant sa culture et le Burkina Faso peut en faire de même, dit-il.

Ignace Ismaël NABOLE

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Ignace Ismaël NABOLE

Journaliste reporter d'images (JRI).

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