Abdoul Karim Sango : “Les TIC ne remplacent pas les bibliothèques”

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La Foire internationale du livre de Ouagadougou est prévue au Burkina du 21 au 24 novembre 2019 sur le thème «littérature et promotion de la paix et de la sécurité ». Abdoul Karim Sango, le ministre burkinabè en charge de la culture, évoque avec Burkina24 les articulations de cette foire et quelques défis de la littérature burkinabè. 

Burkina24 (B24) : Qu’est-ce qui a valu le choix du thème de la FILO 2019 ?

Abdoul Karim SANGO : Le thème de l’édition 2019 de la FILO est « littérature et promotion de la paix et de la sécurité ». L’UNESCO nous enseigne que c’est dans la tête des gens que naissent les guerres. C’est donc dans leur tête qu’il convient de combattre la guerre.

Depuis bientôt 5 ans, notre pays fait face à une violence absurde à travers les attaques répétées des groupes terroristes. Cette situation fragilise la paix dans notre pays et crée un environnement d’insécurité, compromettant ainsi les efforts du gouvernement en vue d’éradiquer la pauvreté.

Face à cette situation, le comité d’organisation de la 15e édition a fait le choix du thème précité pour questionner le rôle du livre dans la construction d’une société de paix où règne la sécurité. En effet, la littérature a un pouvoir énorme de transformation positive des hommes et des sociétés en influençant sur leur mode de pensée.

Par la littérature, donc à travers le livre on peut promouvoir les valeurs culturelles positives de la société africaine que sont, entre autres, le respect, la tolérance, l’hospitalité et la solidarité.

Par la littérature, on peut promouvoir des valeurs comme la démocratie, la liberté qui sont consacrées aujourd’hui comme étant des valeurs universelles. Il est évident que l’homme ou la société cultivée qui s’approprie ces valeurs s’éloigne de la violence et  devient un militant actif de la paix et de la sécurité.

 Il faut donc interroger notre littérature pour savoir quelles valeurs elle promeut et l’encourager à prendre en charge le défi de la construction d’une société de paix et de sécurité.

B24 : Pouvez-vous revenir sur les particularités de cette FILO ?

Abdoul Karim SANGO :  Un honneur est fait aux femmes écrivaines dans un contexte où la femme semble marginalisée avec l’invitée d’honneur Monique Ilboudo. L’invité spécial, le professeur Bado Laurent  qui animera une conférence publique sur la responsabilité sociale de l’écrivain.

Une innovation, ces deux personnalités ont la particularité d’être tous deux des professeurs de droit. Ce qui nous permet de briser les barrières entre disciplines mettant en avant leur complémentarité.

Une grande implication des élèves des collèges et lycées qui constituent la relève de demain et chez lesquels nous devons cultiver le goût pour le livre. Des invités de marque comme le Mogho Naaba et Monseigneur Anselme Sanou dont les ouvrages seront exposés au public.

B24 : Que vaut vraiment une bibliothèque dans une ville, quand on sait que les TIC offrent plus d’opportunités ?

Abdoul Karim SANGO : Les TIC ne remplacent pas les bibliothèques. Avec l’avènement des TIC, les bibliothèques se multiplient simplement puisque les bibliothèques virtuelles se multiplient.

C’est une opportunité pour nos jeunes. Les bibliothèques classiques gardent leur intérêt surtout dans un pays où le taux de connectivité est très faible. Et je note que les bibliothèques continuent d’être fréquentées sur l’ensemble du territoire. Le défi c’est de mettre des livres de qualité à la disposition de ces bibliothèques au profit de nos jeunes.

B24 :  La tendance est à la mise en ligne des livres sur les plates-formes de téléchargement. Le ministère a-t-il une politique dans ce sens ou l’initiative est laissée à chaque auteur ?

Abdoul Karim SANGO : Ce n’est pas une attribution du ministère, c’est une tâche des éditeurs en relation avec les auteurs des livres que nous encourageons.

B24 :  Les écrivains se plaignent des difficultés qu’ils rencontrent dans l’édition de leurs œuvres. Y a-t-il des initiatives à ce niveau ?

Abdoul Karim SANGO : Je ne suis pas très informé de ces difficultés. Je pense qu’il y a des maisons d’édition qui font un excellent travail. Mais il faut comprendre que dans un contexte où la culture de s’offrir un livre en lieu et place d’un poulet et d’une bière n’est pas très développée, éditer des livres devient une entreprise difficile. On achète plus facilement le dernier smartphone qu’un livre. Quand j’étais plus jeune, chaque fois qu’un de mes aînés revenait de France, je lui demandais de m’envoyer un livre. Aujourd’hui mes enfants me demandent des jeux électroniques. 

Ceux qui veulent écrire des livres doivent aussi savoir que c’est un travail qui a des exigences tant dans le contenu que la forme. Je vois plein de manuscrits qui ne devraient pas être édités parce que personne ne les achèterait. On continue de lire les vieux auteurs africains plus que ceux de la nouvelle génération. C’est vrai que quelques-uns se distinguent, mais beaucoup doivent travailler plus sérieusement.

Il faut aussi noter que l’absence d’une loi sur le livre et la lecture a fragilisé le secteur. Heureusement dans les jours à venir, la loi d’orientation sur le livre et a llecture sera adoptée par l’Assemblée nationale (NDLR, la loi a été adoptée le 18 novembre 2019). C’est un projet qui date depuis les années 1997 que nous sommes en train de faire aboutir.

Il a dû manquer une réelle volonté politique. Et tout ce temps, nous avons accusé du retard.  Cela facilitera la mise en œuvre de la politique sur le livre et la lecture.

B24 :  A chaque FILO, un espace est réservé pour les enfants. A l’évaluation, cela a-t-il un impact réel sur les enfants, quand on sait que les jeux vidéos ont envahi l’espace infantile ?

Abdoul Karim SANGO : Il est évident que l’espace enfant seul ne suffit pas pour développer le goût de la lecture chez les enfants. C’est un travail qui doit commencer en amont dans les familles et se poursuivre à l’école. Comment des enseignants qui eux-mêmes n’ont jamais eu le goût de la lecture peuvent-ils transmettre cette envie aux enfants ?

La question du livre et de la lecture doit être un sujet pris en charge dans le débat public. Il y va même de l’avenir de nos enfants et notre nation. Une nation qui lit est une nation qui gagne, comme le précise le slogan de la FILO. Les hommes et femmes qui lisent ont plus de chance de réussir brillamment leurs études et leur vie professionnelle. Des études scientifiques l’ont démontré.

B24 : Qu’est-ce qui est fait pour encourager la littérature burkinabè dédiée aux enfants ?

Abdoul Karim SANGO : Nous travaillons à promouvoir la littérature en général, c’est le sens des évènements comme la FILO et les GPNAL à la SNC.

Le ministère n’écrit pas de livres, il appartient aux auteurs de travailler sur le sujet et si nous avons des projets de manuscrits qui répondent aux normes, ils peuvent bénéficier d’un accompagnement du ministère.

B24 : Vous aviez dit récemment qu’une nation qui ne lit pas est une nation qui ne peut que perdre. Est-ce le cas du Burkina Faso ?

Abdoul Karim SANGO : Il ne m’appartient pas de citer une nation en particulier. Chacun pourrait se faire son opinion là-dessus.

En tant que ministre, je regrette que le livre et lecture ne soient pas une passion partagée dans notre pays. Et je veux travailler à inverser la tendance. Cela prendra beaucoup de temps.

Mais il faut commencer. Vous-même journaliste, pourriez-vous me donner le titre du dernier livre que vous avez lu et à quelle date ? Or pour moi, un journaliste qui ne lit pas devrait changer de métier !

B24 : « Si seulement je savais », de Joslin Somé en octobre 2019 ! Revenons à la sécurité. Toutes les conditions sont-elles réunies pour assurer une belle fête du livre ?

Abdoul Karim SANGO : Oui ! Notre pays a une longue tradition de réussir au plan de la sécurité l’organisation de ce genre d’évènement. Tout se déroulera très bien de ce point de vue. Je n’ai pas d’inquiétudes !

B24 : Le message que vous souhaiteriez lancer aux festivaliers 

Abdoul Karim SANGO : C’est souhaiter qu’ils prennent part massivement à cette édition. Je souhaite que nos élèves et étudiants prennent d’assaut les stands pour échanger avec les professionnels du livre. J’invite chaque parent à dégager un petit temps pour envoyer les enfants sur les différents sites.

C’est un espace d’éveil et d’éducation qui peut changer radicalement le rapport de l’enfant au livre et à la lecture.

A tous, je souhaite une belle foire !

Propos recueillis par Saly OUATTARA

Burkina24



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