Tribune de Zakaria Guengané : « Du franc CFA à l’Eco : et la servitude monétaire de l’Afrique continue»

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Ceci est une tribune de Zakaria Guengané, enseignant et écrivain, sur la problématique du FCFA.

AVANT-PROPOS

Ce présent article a constitué le substrat d’une série de conférences publiques que nous avons eue l’honneur et le plaisir de présenter dans quatre grandes villes du Burkina Faso et ce, sous la demande des braves populations et travailleurs de ces localités. En effet, nous avons abordé ce thème en mai 2017, avec les militantes et militants de la CDAIP de Nioko I, dans la Commune rurale de Saaba. Ensuite, en octobre 2017 nous avons été sollicité par la population de Ouahigouya réunie autour de la Coalition Contre la Vie, la Fraude, l’Impunité et pour la justice (CCVC) pour partager ce thème. Notre troisième rendez-vous fut à Garango en janvier 2018 où la Coordination Communale des Syndicats de l’Education (CCSE) de cette ville nous a invités à nous entretenir avec elle autour dudit thème. Enfin,  le 1er mai 2019, nous étions à Yako, sur invitation des travailleurs de la ville pour sacrifier à la même tradition. Mais, pourquoi d’une conférence publique nous en venons à la publication de ce thème sous forme d’article de journal ?

La première réponse plausible à cette question, nous l’estimons ainsi, serait l’engouement tant suscité autour du sujet, mais bien plus, l’engouement pour les informations que nous donnons et le modeste développement dont nous faisons de la thématique. La deuxième, c’est permettre à un grand nombre de personnes d’avoir accès au contenu de nos conférences afin de mieux se l’approprier selon leur disponibilité. Octave Ruyet (2008 ; 17) ne disait-il pas que la parole laisse beaucoup moins de traces que l’écrit dans la mémoire des gens ? Les conférences sont bien mais, elles sont généralement plus déclaratives qu’actives. De ce fait, elles permettent très difficilement à un grand nombre de participants de « domestiquer » l’information et les savoirs acquis. Par cette publication _il n’est pas exclu que nous l’éditions après sous forme d’essai littéraire_ nous sommes sûrs d’offrir une possibilité d’une « auto-conférence » à des centaines sinon des milliers de personnes. Avoir le contenu de nos conférences aura aussi l’avantage d’éviter à ce qu’on nous fasse appel pour l’animation de ce thème quand il y a seulement besoin.

Dans une des quatre villes susmentionnées, nous avions appris que, à l’annonce du thème et du statut de notre modeste personne qui devait assurer son animation, certains participants étaient très dubitatifs quant à notre maîtrise même du contenu à donner au sujet. Pour ces derniers, le franc cfa, étant intimement lié à l’économie et aux finances, un Conseiller pédagogique d’anglais quoique écrivain de son état ne peut que difficilement maîtriser les rouages et autres contours sinusoïdaux de la question.

Mais, ce que beaucoup de gens oublient, c’est que la monnaie a un fondement, une fonction et un objectif plus politique qu’économique. Et ce n’est pas nous qui le dirons, la monnaie n’est que la fille de la politique. « C’est le politique qui définit l’économique et le monétaire et pas le contraire », dira Dr Daouda ZOURE[1]. Ainsi donc, bien que toute notre faculté de langues et tout notre Département d’Etudes Anglophones furent très loin des amphithéâtres des sciences politiques et juridiques, nous pensons que chacun de nous vit la politique à tout instant et à même la possibilité de se prononcer sur comment sa société est gérée. L’objectif ultime de la conception, de la présentation et de la publication de ce document n’est autre que d’apporter notre pierre contributive à la lutte contre toute forme d’esclavage moderne et contre l’impérialisme sous toutes ses formes et pour une indépendance monétaire et politique véritable.

Tout comme le titre, la présente mouture du texte qui avait été présentée dans les quatre localités ci-dessus citées a subi des modifications. La volatilité du sujet et les nouveaux paradigmes que les acteurs du Franc CFA entendent lui insuffler expliquent largement cette mutation continuelle qui, du reste, est loin de s’estomper tant l’actualité est et reste grosse d’informations nouvelles autour de cette monnaie dont colonialité crève les yeux. Toute la communication comporte trois parties que sont : Première partie : « Du franc cfa… » ; Deuxième partie : « …à l’Eco » et la troisième partie : «Sortir de la servitude du franc cfa et de l’Eco, seule alternative crédible ».  

   

INTRODUCTION GENERALE

« Avec environ plus d’un milliard d’habitants, l’Afrique est officiellement considérée par tous les indicateurs comme étant le continent le plus pauvre du monde. Mais, paradoxalement l’Afrique reste le continent le plus riche au monde en termes de ressources naturelles »[2]. Elle est ce continent où la pauvreté, la maladie et  l’ignorance sévissent. Le paradoxe est si accablant que la question a longtemps constitué un sujet de débats et/ou de recherches au quadruple niveau national, sous régional, africain et mondial. Durant la colonisation et depuis l’indépendance de nos pays, plusieurs auteurs et chercheurs ont analysé les problèmes de développement de l’Afrique.

La littérature africaine est riche dans ce sens. A l’échelle mondiale, certains auteurs, tels René DUMONT[3], ont relevé « l’impréparation des nouveaux pays indépendants ». D’autres, comme Axelle Kabou[4] ou Jean-Marc Ela[5], ont souligné la responsabilité des dirigeants africains tandis que, pour d’autres auteurs comme Stephen Smith[6], les « problèmes de l’Afrique sont inhérents au fait d’être africain ».

Pour expliquer les maux dont souffre l’Afrique, plusieurs personnes ont aussi identifié le rôle de facteurs exogènes. On pense notamment aux réflexions de François-Xavier VERSCHAVE et de Jean-Pierre DOZON sur le « rôle trouble de la FrançAfrique ». La quasi-totalité des auteurs africains a avancé la responsabilité aussi bien du colonisateur que celle de certaines élites africaines qui n’ont fait ou qui ne font que perpétrer l’œuvre cynique des anciens-nouveaux maîtres des lieux.   

De toutes ces démarches, il y a eu très peu de réflexions de scientifiques occidentaux sur la responsabilité du système économique et monétaire africain dans la perpétuation du sous-développement. Et cela se comprend. Au niveau africain, les choses ont commencé à bouger depuis longtemps même si leur allure n’avait pas été aussi vive que celle de maintenant. C’est le lieu de citer ici le livre prophétique de l’économiste camerounais en l’occurrence le Professeur Joseph Tchuindiang POUEMI (1979). Ceci était intitulé : « Monnaie, Servitude et Liberté : la répression monétaire d’Afrique ». Il y a les recherches menées par Nicolas AGBOHOU sur le franc CFA et l’euro accusés de travailler contre l’Afrique ; celles de Mamadou KOULIBALY sur les raisons du sous-développement en Afrique et les travaux en équipe sur ce même sujet pilotés par quatre chercheurs dont l’économiste et ex-ministre togolais Kako NUPUKPO. On n’oubliera pas la jeune génération des économistes panafricanistes comme Ndongo Samba SYLLA, sénégalais et l’économiste-sociologue camerounais Martial ZE BELINGA.

Mais, quel que soit le niveau d’implication des causes du sous-développement du continent, Aimé CESAIRE (1955)[7] pense que la tragédie de l’Afrique a surtout commencé au contact de celle-ci avec l’Europe exploiteuse. Selon lui donc : « Le grand  drame historique de l’Afrique a moins été sa mise en contact trop tardive avec le reste du monde, que la manière dont ce contact a été opéré ; que c’est au moment où l’Europe est tombée dans les mains des financiers et des capitaines d’industrie[8] les plus dénués de scrupules que l’Europe s’est « propagée ; que notre malchance a voulu que ce soit cette Europe-là que nous ayons rencontrée sur notre route et que l’Europe est comptable devant la communauté humaine du plus haut tas de cadavres de l’histoire ».

Les « financiers et capitaines d’industrie » dont fait cas Césaire dans son œuvre ne sont rien d’autres que les impérialistes qui ont envahi notre continent et qui ont organisé le pillage de ses richesses tant par la violence que par des mécanismes souples mais intrinsèquement cyniques et pernicieux tels les accords de coopération militaire, culturelle, économique, financière et monétaire. Mais la question qu’on peut se poser est  la suivante : l’institutionnalisation d’une monnaie comme le franc CFA répond-t-il à ces objectifs ?  Qu’est-ce que le franc CFA ? A qui bénéficie-t-il ? Cette monnaie handicape-t-il nos élans de développement ou en constitue-t-elle une opportunité ? Telles sont les principales questions auxquelles nous tenterons d’apporter des réponses. Mais avant tout propos, donnons-nous la peine de découvrir quelques données sur les richesses de l’Afrique avant de chercher à comprendre ce que c’est que le «le Franc CFA et l’Eco » ainsi que  « le Terrorisme monétaire».  

QUELQUES DONNEES SUR LES RICHESSES DE L’AFRIQUE : PREUVES PALPABLES DE SA CONVOITISE PAR L’IMPERIALISME.

Selon la Fondation Mujeres Por africa (MxA) et Youtube (2017), l’Afrique possède :

Presque la totalité des réserves du chrome (métal renforçateur apportant une bonne résistance à la corrosion); (Zimbabwé et Afrique du Sud) ; 97% des réserves mondiales de cuivre ; 80% de celles de coltan ; 80% de celles de platine (métal blanc argent, rare et précieux) (Afrique  Du Sud) ; 60% de celles de diamants ; 50% de celles de cobalt ; 57% de celles d’or ; 20% de celles de fer et de cuivre ; 23% de celles d’uranium et phosphates ; 32% de celles de manganèse ; 41% de celles de vanadium (métal de couleur gris argenté) ; 14% de celles de pétrole (le Nigeria est 1er en Afrique et 9e au monde) ; parmi beaucoup d’autres matières premières.

Ce continent possède une grande richesse en ressources énergétiques : 

Les pays arabes, l’Algérie, le Nigeria et d’autres états de l’Afrique noire ont d’importants gisements de pétrole et de gaz naturel. Les ressources hydriques sont également très importantes, mais elles sont moins utilisées. En ce qui concerne le secteur alimentaire, l’Afrique possède des terres fertiles, des forêts et de grands bancs de pêche. La plupart  de ces ressources sont sous-exploitées ou cédées à des entreprises étrangères. Cas du Zimbabwe, de l’Afrique du Sud et le Kenya.

Les dix (10) pays africains les plus riches en ressources naturelles :

La République Démocratique du Congo (RDC) : riche en coltan et autres ressources ; la Guinée Conakry a les 95% des réserves de la Bauxite ; le Niger fournit les 44% de l’uranium au monde; le Ghana[9] est le premier pays le plus riche en or en Afrique. Il occupe le rang de 6e au monde ; le Bostwana est champion en diamant, nickel, cuivre et même or ; les gisements intarissables du calcaire, zinc, nickel, plomb et cuivre du Zimbabwé ; le Ghana renferme aussi d’autres ressources comme la Bauxite, le manganèse et le diamant ; le cuivre de la Zambie ; l’uranium de la Namibie ; l’Aluminium du Mozambique.

Et voilà le contraste : Les dix pays les plus pauvres de la planète selon le FMI en 2016.

1er le Sud Soudan ; 2e  le Malawi ; 3e le Burundi ; 4e la Centrafrique ; 5e Madagascar ; 6e Niger ; 7e le Mozambique ; 8e la Gambie ; 9e le Libéria ; 10e la RDC ; 11e la Guinée Conakry ; 12e l’Afganistan ; 13e le Togo ; 14e L’Ouganda ; 15e Guinée Buissau ; 16e Sierra Leonne ; 17e Burkina Faso. « Selon Oxfam International, 1% de la population mondiale s’est partagée 82% des richesses du monde en 2017 et seulement 8 personnes détiendraient plus de 50% des richesses du monde. Des huit personnes, il y a Marc Zuckerberg, le jeune patron de facebook».

Le paradoxe du Burkina Faso

Depuis très longtemps, le Burkina Faso a été 1er dans la culture et l’exportation du coton en Afrique ; 6e riche en or après le Ghana, le Soudan, l’Afrique du Sud ; et Mali, la Guinée Conakry. Toujours dans l’or, le Burkina est classé 19e sur les 90 pays au monde[10] avec la Chine comme tête de proue. Le clinker vient d’y être découvert précisément dans l’Oudalan. Il a un marché interne non négligeable avec 20 millions d’acteurs économiques. C’est un pays carrefour regorgeant de nombreux fleuves avec des terres majoritairement riches surtout à l’Ouest et le sud. La population est jeune donc dynamiques. Le pays vient de découvrir des gisements d’uranium dans la partie septentrionale du pays. Cette information a été donnée par le site Le 360afrique.com à la date du 30 mars 2017. Pour ce qui est des mines en Afrique, l’Institut Fraser classe le Burkina Faso au rang de 2e en Afrique après le Maroc et 29e au monde. Le pays est de loin un grand exportateur du bétail. Le Sahel à lui seul procurerait la moitié des besoins de l’exportation, etc. Comme beaucoup de pays africains et du monde, le Burkina Faso a des richesses qui sont malheureusement pompées et exploitées par les puissances étrangères et ce, à travers des mécanismes et canaux dont ceux de la monnaie, c’est-à-dire le franc CFA et l’ECO.

PREMIERE PARTIE :

DU FRANC CFA…

APPROCHE DEFINITIONNELLE

Qu’est-ce que le Franc CFA ?

Comme le Dollar (utilisé par les USA et autres), le Yen (Chine), le Peso (Mexique), le Dinar (Arabie Saoudite et autres), le Naira (Nigéria), le Cedis (Ghana), le Rouble (Russie et autres), le Rand (Afrique du Sud), le Kwanza (Angola), le Lari (Géorgie), L’Ariary (Madagascar), etc., le Cfa ou l’Eco sont des unités monétaires (ou monnaies tout simplement) en vigueur dans ces pays. Comme on le voit, la monnaie peut être utilisée par deux ou plusieurs pays ou encore dans un Etat fédéral (cas du Nigéria). Mais, si nous nous arrêtons là, nous n’aurions pas dit ce que le Cfa/Eco veut dire vraiment. Pour le comprendre, il sied de nous interroger sur le mot « Monnaie ».

Qu’est-ce que la Monnaie ?

Selon la Banque Centrale Européenne (BCE), la nature de la monnaie a évolué au fil du temps. Dans un premier temps, la monnaie marchandise (sorte de troc) était habituellement utilisée. Il s’agissait d’un objet fait à partir d’une matière ayant une valeur sur le marché, tel qu’une pièce en or. Plus tard, la monnaie représentative était constituée de billets qui pouvaient être échangés contre une certaine quantité d’or ou d’argent. Aujourd’hui, les économies modernes sont fondées sur la monnaie fiduciaire (dont la valeur est fictive mais fondée sur la confiance). Elle n’a pas de valeur intrinsèque – le papier utilisé pour la fabrication des billets n’ayant en principe aucune valeur –, mais elle est acceptée en échange de biens et de services, car la population fait confiance à la banque centrale en ce qui concerne le maintien de la stabilité de la monnaie sur la durée[11].

Pour ce qui nous concerne en Afrique et en Haute-Volta devenue Burkina Faso, la monnaie a commencé à exister sous forme de troc. Pour Emily BEAUVENT, prof. D’Histoire et Archéologie à Bruxelles, « Le troc existe depuis que l’homme est apparu sur la Terre. Il a en effet commencé dès qu’un être suffisamment intelligent a pu comprendre qu’il pouvait échanger un silex contre une peau de bison sans devoir aller le chasser lui-même…
L’origine du troc se confond avec celle de l’homme. »[12]
. Cette forme d’échange continua jusqu’au « VIIIe siècle (après J. C.) où les cauris ont commencé à être utilisés comme monnaie d’échange par les africains[13]».

Pour la BCE, la monnaie actuelle peut également exister indépendamment d’une représentation physique. Elle peut revêtir la forme d’une écriture électronique sur un compte bancaire ou être stockée sous la forme d’un compte d’épargne (OrangeMoney ; Mobicash). La monnaie électronique est une valeur monétaire stockée par exemple sur une carte prépayée ou un smartphone. (Il existe même de nouvelles monnaies numériques décentralisées ou des systèmes de monnaie virtuelle comme Bitcoin pour lesquels il n’y a pas de point de contrôle central (tel qu’une banque centrale). D’un point de vue juridique, elles ne sont pas considérées comme de la monnaie.

LES FONCTIONS DE LA MONNAIE

La monnaie comme intermédiaire des échanges

Considérée comme intermédiaire des échanges (unité de paiement), la monnaie est un instrument qui permet d’échanger deux biens et des services, en évitant les contraintes du troc. 

La monnaie comme unité de compte

La monnaie a une autre fonction : celle d’unité de compte. Sans monnaie, dans une économie marchande, il y aura autant de prix que de paires de biens, de types d’échanges entre deux biens. Pour opérer ses arbitrages dans un système de troc, chaque consommateur doit avoir en tête tous ces prix. La monnaie permet donc d’établir une échelle de prix simple et unique, exprimée en unités monétaires.

Les fonctions politiques et sociales de la monnaie

La monnaie est certes une question technique mais c’est aussi un phénomène social qui met en jeu des relations humaines. L’enjeu principal de la monnaie est toujours l’appartenance à une communauté de valeurs. Elle est une institution qui exprime et conforte les valeurs globales de la société où elle existe (Agbohou, 2000).

La monnaie a également une dimension conventionnaliste.

Elle est générée par une convention marchande : j’accepte la monnaie car autrui l’accepte. Ici, il est mis en exergue la question de la confiance que doit conférer l’usage d’une monnaie dans une société.   

La monnaie est la production d’un monopole d’État qui impose le médium d’échange et tente de le contrôler. La puissance publique tire profit de cette situation à divers échelons : la monnaie sert, à la fois, de source d’unité symbolique du pays, de source de revenu pour l’État et de moyen d’indépendance politique (Agbohou, 2000)[14].

La monnaie est un instrument de souveraineté nationale

Dans un espace national donné, c’est l’autorité politique représentative qui fait battre la monnaie et qui lui donne cours légal. La Monnaie, la Constitution et la Défense et (MCD) constituent le Triangle de Souveraineté (TS) pour un pays (Agbohou, 2000). Bien qu’elle soit un enjeu entre les classes sociales et un instrument de domination des uns sur les autres, la monnaie est aussi un bien public. Elle ne peut exister que par la légitimation politique et populaire qui lui donne la capacité d’être un pouvoir d’achat immédiat ou futur, garantissant son rôle de réserve à travers le temps. 

Dans leur œuvre coéditée et intitulée Sortir l’Afrique de la servitude monétaire. A qui profite le franc CFA ?, Paris, La Dispute, 2016, Kako NUBUKPO, Martial ZE BELINGA, Bruno TINEL et Demba Moussa DEMBELE nous laissent percevoir aux chapitres I et II qu’une communauté politique n’est souveraine tant qu’elle n’est pas souveraine sur sa monnaie. Il y a toujours un lien étroit entre le politique et l’économique.   

Un Etat ne peut se prévaloir le statut d’Etat sans la souveraineté. C’est ce que Charles LOYSEAU nous dit dans son ouvrage intitulé Traité des seigneuries (1669) : «…la souveraineté est du tout inséparable de l’Etat, auquel, si elle était ôtée ne serait plus un Etat. Car, enfin, la souveraineté est la forme qui donne l’être à l’Etat, voire même l’Etat et la souveraineté prise in concreto sont synonymes. (…)». Alors, avec le franc CFA, nous pays sont-ils souverains ? D’où vient cette monnaie ?

 

LE FRANC CFA : L’UNE DES 11 COMPOSANTES DE LA POURSUITE DU PACTE DE COLONISATION FRANCAISE DEPUIS LES ANNEES 1950[15].

La dette coloniale pour les avantages de la France coloniale

Pour Mawuna Remarques KOUNTONIN, l’auteur de ces recherches, ce fut une idée de Sylvanus OLYMPIO qui a été mal exploitée par la France. Les pays nouvellement «indépendants» doivent payer pour l’infrastructure construite par la France dans le pays pendant la colonisation. Et l’auteur de continuer. «Comme les comptes d’opérations, il y a un silence autour de cette question au niveau des Etats concernés ».

Confiscation automatique des réserves nationales

Par ce pacte, les pays africains doivent déposer leurs réserves monétaires nationales en France à la banque centrale. Et c’est vrai. En effet, avant que la Convention des Comptes d’Opération (CCO) ne soit créée en 1973, ces dépôts de réserves monétaires au Trésor de France étaient de 100%. Les critiques amèneront la CCO à réduire ces taux à 65% en 1973 puis à 50% depuis 2005. La France détient toujours les réserves nationales de ces quinze pays africains depuis 1961 : Bénin, Burkina Faso, Guinée- Bissau, Côte-d’Ivoire, Mali, Niger, Sénégal, Togo, Cameroun, République centrafricaine, Tchad, Congo -Brazzaville, la Guinée équatoriale, le Gabon et les îles Comores.

Ce qui curieux selon Mawuna Remarques KOUNTONIN, c’est que ces pays eux-mêmes ne savent pas et ne sont pas informés, à hauteur de combien la réserve de change détenues par le Trésor français leur appartient en tant que groupe ou individuellement. « Seul un groupe restreint de hauts fonctionnaires du Trésor français connaissent les montants figurant dans les « comptes d’opérations » où ces fonds sont investis ; si il y a un bénéfice sur ces investissements ; ils ont interdiction de divulguer ces informations aux banques CFA ou aux banques centrales des états africains » écrit le Dr Gary K. Busch

 

Droit de priorité sur toute ressource brute ou naturelle découverte dans le pays

La France a la priorité en matière d’achats de toutes les ressources naturelles de la terre de ses ex- colonies. C’est seulement un refus de celle-ci que les pays africains sont autorisés à chercher d’autres partenaires.

Priorité aux intérêts et aux entreprises françaises dans les marchés publics et constructions publiques

Dans l’attribution des marchés publics, les entreprises françaises doivent être considérées en premier lieu, et seulement après les marchés étrangers sont considérés. En conséquence, dans la plupart des ex- colonies françaises, toutes les plus grosses compagnies et acteurs économiques sont dans la main des expatriés français. En Côte d’Ivoire, par exemple, les entreprises françaises possèdent et contrôlent tous les grands services publics – eau, électricité, téléphone, transports, ports et les grandes banques. Idem dans le commerce, la construction et l’agriculture.

Au Burkina, c’est pareille. La BRAKINA (entreprise la plus rentable au Faso avec plus de 600 millions de bénéfices par jour selon le DG de cette même entreprise en 2015). La télécommunication avec orange ; le chemin de fer avec le Groupe Bolloré ; les hydrocarbures avec Total qui a le monopole de livraison du carburant aux mines industrielles en fonction au Burkina Faso ; etc. Bref, voilà ce qu’on peut lire sur un journal en ligne au Burkina Faso : « Au-delà de la mention du franc CFA (domination monétaire, ndlr), c’est tous les appareils économiques et politiques de nos pays qui sont contrôlés par les français. Des Sénégalais et des Maliens s’offusquent contre les boutiques et des aéroports gérés par Lagardère. Les ports sont gérés par Bolloré, les compagnies de pétrole par Total, les télécommunications dominées par Orange et les programmes scolaires sont conçus au Quai-d’Orsay. Les manuels scolaires sont imprimés par Hatier… », nous informe Lefaso.net du samedi 26 janvier 2019.

 

Droit exclusif de fournir des équipements militaires et de former les officiers militaires des pays

Grâce à un système sophistiqué de bourses, de subventions, et les « accords de défense » attachés au pacte colonial, les africains doivent envoyer leurs officiers supérieurs de formation en France ou dans des infrastructures militaires françaises. La situation sur le continent est telle que la France a formé et nourri des centaines, voire des milliers de traîtres. Ils sont en sommeil tant qu’ils ne sont pas nécessaires, et activés en cas de besoin pour un coup d’état ou à d’autres fins !

 

Droit pour la France de pré-déployer des troupes et intervenir militairement dans le pays pour défendre ses intérêts

Sous la dénomination « Accords de défense » attachés à ce pacte colonial, la France a le droit d’intervenir militairement dans les pays africains, et aussi de stationner des troupes en permanence dans des bases et installations militaires, entièrement gérées par les Français. En 2010, par ce pacte, Sarkozy a installé au forceps Alassane Ouattara au pouvoir alors que les indicateurs donnaient Laurent Gbagbo gagnant. En 2014, c’est même cette France qui a violé « notre souveraineté » en venant aéroporté Blaise Compaoré alors en fuite. Toutes les sources nous montrent que de 1960 à 2010, la France est militairement intervenue en Afrique 50 fois soit une intervention par an. Cela continue aujourd’hui sous plusieurs formes.

Obligation de faire du français la langue officielle du pays et de la langue pour l’éducation

Rappelons-nous des types de sanctions qu’on infligeait aux élèves qui osaient laisser cette langue reine au profit de leurs langues maternelles. Il est donc fait l’obligation aux populations des « anciennes-nouvelles » colonies que nos pays sont de parler français, la langue de Molière ! Après cette mesure, la Francophonie sera créée pour continuer de veiller à l’application de cette directive. La Francophonie est donc un instrument de domination comme l’a signifié l’auteur algérien Kateb YACINE. Pour lui, « La francophonie est une machine politique néocoloniale, qui ne fait que perpétuer notre aliénation, mais l’usage de la langue française ne signifie pas qu’on soit l’agent d’une puissance étrangère, et j’écris en français pour dire aux français que je ne suis pas français », déclarait-il en 1966.

Obligation d’envoyer le rapport annuel France du solde et de réserve

Un rôle dévolu aux secrétaires des banques centrales des ex- colonies. Ils ont l’obligation de faire ces rapports sur les soldes/réserves pour le trésor français.

Renonciation à entrer en alliance militaire avec tout autre pays, sauf autorisation par la France

Au lendemain de la colonisation, nous dit l’auteur, les Pays africains en général étaient ceux qui avaient le moins d’alliance militaires inter-Etat. La plupart des pays ne disposaient que d’alliances militaires avec l’ex-colonisateur ! Dans les cas où ils souhaiteraient une autre alliance, la France doit avoir son mot à dire.

Obligation de s’allier avec la France en situation de guerre ou de crise mondiale

Plus d’un million de soldats africains se sont battus pour la défaite du nazisme et du fascisme pendant la seconde guerre mondiale.

Obligation d’utiliser l’argent de la France coloniale le FCFA

Et nous sommes au cœur de notre thème. Pour ceux et celles qui doutent toujours, sachez que l’adoption du franc CFA par une ex-colonie lui confère une stabilité politique. C’est ainsi, le pacte est déjà signé. C’est la véritable vache à lait pour la France, un tel système maléfique, est dénoncé par l’Union européenne, mais la France n’est pas prête de se passer de ce système colonial qui lui offre une trésorerie d’environ 500 milliards de dollars en provenance de l’Afrique, et ce par an.

 

L’HISTORIQUE DE LA ZONE FRANC

La zone franc regroupe 26 entités territoriales ; elle comprend/comprenait, outre les 15 pays africains (Cemac : Uémoa et les Iles Comores), la France, les DOM-TOM[16], la principauté de Monaco et Mayotte. Elle est depuis le 1er janvier 1999 liée à l’Union monétaire européenne puisque les francs de la zone franc sont arrimés à l’euro.

La zone franc est née dans les années 30 où il y avait une sorte de protectionnisme au niveau des grandes puissances. Un grand nombre de pays d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud vont rattacher leur monnaie au dollar pour former la « zone dollar ». La zone franc est née de la volonté initiale d’isoler l’empire colonial du marché international et de créer un espace préférentiel après la crise de 1929. Elle a été institutionnalisée le 9 septembre 1939 (la 2e Guerre mondiale a démarré le 1er septembre de la même année), lorsque dans le cadre de mesures liées à la déclaration de guerre, un décret instaura une législation commune des changes pour l’ensemble des territoires appartenant à l’empire colonial français. La zone Franc, en tant que zone monétaire caractérisée par une liberté des changes, est ainsi créée. Vient le tour des francs de chaque entité monétaire.

A l’analyse, les zones franc CFA sont des exemples parfaitement appropriés pour illustrer la nature politique de tout système monétaire tant dans leur histoire que dans leur fonctionnement.  Le désastre causé par la France dans cette zone est insupportable. Les données accablantes qui suivent sont du Dr Damien LANKOANDE, enseignant-chercheur à l’Université Ouaga II. « Parmi les 49 pays les moins avancés (nous étions en mars 2017) au monde, on a 35 en Afrique subsaharienne. La zone franc représente 12% de la population africaine, 12% à peu près du PIB, mais seulement 1,5% des exportations. La zone a aussi une population supérieure à plus de 25% à celle de la France. Pourtant elle représente à peu près 4,5% du Trésor français et seulement 1,5% de sa masse monétaire ».

 

LA CREATION DU FRANC CFA

La situation monétaire de la zone franc africain avant le franc CFA

  • Le troc comme moyen principal de change ;
  • Du 8e siècle (Après J.C.) jusqu’en 1896 : les cauris règnent en maître absolu ;
  • De 1896 à 1922 : plusieurs monnaies en circulation (l’or, les cauris, le franc français) ;
  • 1922 : interdiction des cauris comme signe monétaire dans le Soudan ancien (actuel ouest africain) ;
  • 1922 à 1945 : prépondérance du franc français.
  • 1945 : naissance du franc CFA dont le taux de change était de 50f cfa pour 1 ff. mais, à la dévaluation du 11 janvier 1994, ce taux change deviendra de 100 fcfa pour 1 ff.

L’historique de la création de la monnaie : le franc cfa

Le franc CFA a été inventé par le Général De GAULLE sur inspiration de Hermann Goering, ministre de l’économie d’Hitler. Il est issu du Décret n°45-0136 du 25 décembre 1945 et publié dans le Journal Officiel français le 26 décembre 1945. A sa naissance (du franc cfa, cela s’entend), nous apprend Agbohou (2000), De Gaulle était entouré de trois de ses ministres dont René PLEVEN, son ministre des finances et Jacques Soustelle, ministre des colonies. Ces deux personnes ont, selon le Pr Nicolas Agbohou, « en commun un double caractère : ils sont imbus de la suprématie blanche et ont été de fervents acteurs dans l’agression coloniale de l’Afrique ».

Dès sa création, le sigle « FCFA » signifiait « franc des colonies françaises d’Afrique ». Le franc CFA est battu à Chamalières, une bourgade en France. En 1958, elle est rebaptisée « franc de la communauté française d’Afrique ». Aujourd’hui elle est appelée « franc de la communauté financière d’Afrique ».

Malgré ces changements cosmétiques véritable jeux de mots, la franc Cfa reste fondamentalement une propriété de la France. On peut dire que la France est même championne dans ces genres de changement. Tout en gardant ses intérêts égoïstes, la France s’adapte selon les mutations sociopolitiques. Au Burkina Faso, le même type de changement vient de s’opérer avec la SOBBRA. Hier, c’était par le drapeau de la France qui était sur les bouteilles et capsules de la bière, aujourd’hui, c’est la tête de l’Etalon, symbole contestable des armoiries du Burkina Faso qui y est exposée. Pour de nombreuses personnes dont le ministre du commerce, Harouna Kaboré qui a parrainé la cérémonie du changement de logo, la société privée la plus pourvoyeuse de recettes qu’est la SOBBRA est ainsi nationalisée puisque le symbole de la domination française que représentait le drapeau n’y est plus. Drôle de pays !  

Il est aussi à noter que certains pays ont choisi, lors de leur indépendance ou après, de quitter la zone franc coloniale. Il s’agit d’Algérie (1963), du Maroc (1959), de la Tunisie (1958), de la Mauritanie (1973), du Madagascar(1973), de Guinée Conakry (1958) et de l’ex- Indochine (Cambodge, Laos, Viêtnam) en 1954. Le Mali l’a quittée en 1962 (sous Modibo KEÏTA, père de l’indépendance et panafricaniste) pour la réintégrer en 1984 (sous le lieutenant Moussa Traoré, ancien légionnaire français et putschiste) soit vingt-deux ans de divorce.

Les aspects techniques de la monnaie : pourquoi pour un (1) euro il faut 655,957 fcfa ?

Le franc CFA d’hier arrimé au franc français (ff) avait un taux de change (TC) qui était de 50 fcfa pour 1 ff de 1945 à 1994 et de 100 fcfa pour 1 franc français jusqu’à la création de l’euro en 1999. Avec la disparition de ce ff, son arrimage à l’Euro donne 655, 957 fcfa pour seulement 1 Euro. Ce taux ne vient pas du néant. A la veille de la création de la monnaie commune européenne, l’on a d’abord procédé à ce qu’on a appelé le taux de change virtuel (TCV) qui pourrait exister entre les anciennes monnaies (franc français ; Deutsch Mark ;…) qui se préparaient à se fondre à la nouvelle monnaie européenne en gestation. Le résultat a donné ce que les économistes appellent le panier de valeurs. Ainsi, il a été arrêté que le ff aurait un taux d’échange estimé à 6, 55957ff pour 1 Euro s’il restait hors de la nouvelle monnaie. C’est donc ce TC virtuel qui est pris pour être multiplié par 100 (en rappel l’ancien TC entre le CFA et le FF était à ce taux) pour trouver le résultat qui donne 655, 957fcfa.

LES INSTITUTIONS ET LES PRINCIPES DE LA MONNAIE

Depuis 1945 date de la création du FCFA et ce, jusqu’en 1973, il n’a existé aucun texte légal reconnaissant le FCFA comme la monnaie des pays africains. Le premier arsenal juridique le réglementant est cet Accord-cadre de coopération monétaire (ACCM) signé 28 ans après c’est-à-dire le 4 décembre 1973 entre la République de France et les pays membres de l’UEMOA et cette Convention de Compte d’Opération (CCO) signée le même jour 4 décembre 1973 mais qui bénéficiera d’un avenant (modification) signé le 1er septembre 2005 entre le Ministre de l’Economie et des Finances français et ses pairs de la zone franc africaine.

L’ACCM encadre les Institutions et les principes de cette monnaie de la France, que dis-je, du Fcfa alors que la CCO encadre les réserves à déposer dans les Comptes d’Opération logés au niveau du Trésor français. C’est la même CCO qui procéda à la réduction de 65% puis de 50% de ces réserves en 2005. Tous ces textes ont été signés sous le dernier gouverneur français de la BCEAO Robert Julienne et ce, pendant que cette même BCEAO avait toujours son siège à Paris. En termes clairs, les cadres institutionnels ainsi que les principes qui gouvernent le franc cfa découlent de ces textes pris en 1973. Selon certains observateurs, la France a fait à ces concessions après le retrait de la Mauritanie et Madagascar du franc cfa en 1973 lequel retrait lui aurait énormément fait peur. En apparence, la France s’apprête à encore faire des concessions à ses néo-colonies face aux nombreuses critiques et aux appels incessants à l’abandon du Fcfa.

  

Les cadres institutionnels encadrant la monnaie (le Fcfa)

Le conseil des ministres

La direction de l’Union Monétaire est assurée par le Conseil des Ministres de l’UEMOA.
Chacun des huit (08) Etats membres de l’espace est représenté au Conseil par deux Ministres et n’y dispose que d’une voix exprimée par son Ministre chargé des Finances.

Le Conseil choisit l’un des Ministres chargés des Finances de l’UEMOA pour présider ses travaux. Cette élection, faite ès qualité, doit appeler les Ministres chargés des Finances de l’UEMOA à présider à tour de rôle le Conseil. La durée du mandat du Président est de deux ans. Le Président du Conseil des Ministres convoque et préside les réunions du Conseil. Il veille à la préparation des rapports et des propositions de décisions qui lui sont soumis. Le Conseil des ministres a principalement pour rôle de tracer les grandes lignes pour la conférence des chefs d’Etat.

La conférence des chefs d’Etat et de Gouvernement

Les Chefs d’Etat et de Gouvernement des Etats membres de l’UEMOA réunis en Conférence constituent l’autorité suprême de l’Union Monétaire. La Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement :

  • définit les grandes orientations de la politique de l’UEMOA,
  • décide de l’adhésion de nouveaux Etats membres, de l’exclusion d’un membre de l’UEMOA, et prend acte du retrait d’un membre,
  • fixe le siège de l’Institut d’émission commun,
  • tranche toute question n’ayant pu trouver une solution par accord unanime du Conseil des Ministres de l’UEMOA et que celui-ci soumet à sa décision ;
  • dévalue ou réévalue la monnaie, le franc CFA.

Les décisions de la Conférence, dénommées “Actes de la Conférence“, sont prises à l’unanimité. Au fait, dans un Etat, battre la monnaie relève de la seule compétence du peuple ou de son représentant. En exemple, le 20 septembre 1992, le peuple français appelé à se prononcer sur le maintien du franc français (FF) ou l’adoption de l’Euro, a rejeté en bloc le FF à 51% au profit de ce dernier. C’est comme ça que les choses doivent  se passer quand on parle de monnaie. Mais, que constate-t-on avec le Franc CFA ?

Pour montrer que le FCFA appartient exclusivement à la France, il suffit de revisiter l’histoire de la dévaluation de 1994. A ce sujet, le premier ministre français Edouard BALLADUR disait que c’est la France qui avait décidé de cette dévaluation parce qu’elle était bénéfique pour les pays de la zone. Cependant, beaucoup de chefs d’Etats africains à la rencontre n’étaient pas d’accord mais restèrent tout de même muets pour l’amour de leurs « trônes » qu’ils devaient à la même France. Eux tous présents à la Conférence savaient qu’une seule voix opposée à la décision pouvait nous faire éviter la dévaluation, cette catastrophe du siècle dernier dont nous continuons de vivre ses pires conséquences. Mais, personne n’osa ouvrir la bouche. Que cela veut-il dire ? Pourquoi ne s’étaient-ils pas opposés au projet de la France de dévaluer le franc cfa? Pourquoi ? A chacun de chercher la/les réponses à ces questions. 

Le Conseil d’Administration

La BCEAO, (Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest) ; la BCEAC (Banque Centrale des Etats de l’Afrique Centrale) et la Banque Centrale des Comores (BCC) avec le franc comorien sont en fait des filiales de la Banque de France même si officiellement, elles sont des établissements interétatiques (Agbohou, 2000). Dans chacune des trois banques centrales de la zone franc africaine, des français de souche siègent au Conseil d’Administration (CA). Cette situation anachronique est garantie par les statuts de ces mêmes banques centrales. Pire, la France dispose d’un droit de véto de fait lors des prises de décision. Suivez ce qui suit :

  • Au Conseil d’Administration (CA) de la BCC

Il y a huit (08) administrateurs dont quatre (04) français. Là, les décisions ne sont prises que lorsqu’il y a au moins cinq (05) administrateurs qui votent oui. Comme on le voit, il suffit que la France fasse la politique de chaise vide ou que tous les français votent contre pour qu’aucune décision ne soit pas prise surtout si celle-ci ne lui est pas favorable.

  • Au Conseil d’Administration (CA) de la BCEAO

Le CA de la BCEAO compte 8 pays avec pour siège est à Dakar. A ce niveau, il y a deux administrateurs pour chaque pays. Nous sommes dans la zone UEMOA avec comme membres : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée Bissau, le Mali, le Niger et le Sénégal. On a donc 16 administrateurs en plus de deux français portant à 18 le nombre total d’administrateurs. En rappel, en 1959, lorsque l’Institut d’Emission (IE) devenait BCEAO, il y avait 16 administrateurs en tout soit 8 africains et 8 français. Au CA de la BCEAO, la règle de prise de décision est « l’unanimité ». Ainsi, avec cette condition, les deux (02) voix françaises constituent de facto un obstacle et confère à la France une prépondérance de fait.

  • Le Conseil d’Administration (CA) de la BCEAC

Dans la zone CEMAC, on à la BCEAC comme banque centrale avec pour siège à Yaoundé. Ici, la situation est presque identique à celle de la zone UEMOA. La CEMAC est composée des pays comme le Cameroun, la Centrafrique, le Congo Brazzaville, le Gabon, la Guinée Equatoriale et le Tchad. Il y a trois (03) administrateurs français sur les quinze (15) que compte le Conseil d’Administration de la BCEAC. Et avec le principe d’unanimité qui est aussi la règle dans les prises de décisions, la France reste le maître du jeu. Cette situation saugrenue a été confirmée par Idriss Déby ITNO. Voilà ce qu’il dit : « (…). Au niveau du Conseil d’Administration de notre banque centrale (la BCEAC, ndlr), nous avons trois français qui siègent avec le droit de véto. Où est alors la souveraineté monétaire ? Comment voulez-vous que l’Afrique se construise ? », a-t-il laissé entendre TV5 Monde rapportée par maliactu.info du 23 octobre 2019[17].  

Au total, le pouvoir de la France dans les différentes banques centrales est exorbitant avec le système de prise de décision mis en place. Ceci permet à la France la mainmise totale sur la monnaie, sur les finances des pays concernés et sur les ressources de ceux-ci. Du coup, la monnaie comme instrument de politique économique et financière et comme symbole de souveraineté politique est un couteau dont la manche est détenue par la puissance coloniale française. Et pour Nicolas Agbohou (2000), dès lors qu’on veut y toucher, c’est l’assassinat assuré au plan politique comme au plan physique si nécessaire. Ceux-ci sont les institutions qui encadrent le franc CFA. Qu’en est-il alors des principes qui ont prévalu à sa création et à son contrôle par la France ? Mais avant de voir les principes, parlons d’autres institutions rattachées à la BCEAO.

Le Conseil Régional de l’Epargne Publique et des Marchés Financiers

Le Conseil Régional de l’Epargne Publique et des Marchés Financiers est un organe de l’UEMOA chargé, d’une part, d’organiser et de contrôler l’appel public à l’épargne et, d’autre part, d’habiliter et de contrôler les intervenants sur le marché financier régional.

La Banque Ouest Africaine du Développement (BOAD) :

La banque centrale qu’est la BCEAO n’investit pas directement dans les économies des pays membres. Ce rôle est dévolu aux banques commerciales privées mais aussi à une institution financière créée dans ce sens c’est-à-dire la BOAD. En effet, elle a été créée pour participer au développement harmonieux des pays membres. Mais, en est-il réellement ainsi ?    

LES PRINCIPES DU FCFA, SOURCES D’APPAUVRISSEMENT DE LA ZONE FRANC AFRICAINE

Le principe de la libre transférabilité des capitaux

Il s’agit ici de la libre transférabilité des capitaux et/ou intérêts issus des affaires et ce, par les étrangers. De quoi s’agit-il exactement ? Cela veut dire que les investisseurs sont autorisés à rapatrier leurs capitaux et/ou leurs bénéfices sans contraintes et sans être inquiétés par la loi. Pour les économistes, les conséquences de cette politique est que nos pays souffrent du manque d’épargne (évasion fiscale) pour créer les emplois et faire fonctionner le secteur économique.

Selon toujours les économistes, la transférabilité devait normalement permettre des investissements étrangers directs dans nos pays. Mais, c’est avec regret que « nous constatons que ce n’est pas le cas », dit Dr Damien LANKOANDE lors du panel sur le Fcfa organisé par le CERFI[18] en 2017. Donnant des chiffres de 2004, l’enseignant-chercheur à l’Université Ouaga II dit qu’en Afrique noire, il a été reçu seulement 0,4% des investissements directs dont la moitié était le bénéfice de l’Angola et l’autre du Nigeria. « Il n’y avait même pas un pays de la zone franc », regretta l’enseignant-chercheur.

La libre transférabilité des fonds est une hémorragie des capitaux. Pour Philippe Bigot dans Hémorragie des Capitaux hors de l’UEMOA, cette hémorragie a évolué de 3 milliards à 5 milliards fcfa entre 1991-1993. Cette question de transférabilité favorise aussi la spéculation du franc CFA à l’extérieur. Tenez, Dr Damien LANKOANDE nous laisse entendre qu’en 1993, ces spéculations étaient de l’ordre de 928 milliards franc CFA, soit 1416 million d’Euro à l’extérieur.

Le principe de la fixité de la parité

Aujourd’hui et ce, depuis son arrimage à l’Euro, pour avoir 1 Euro, les populations de la zone franc CFA doivent débourser 655,957 Fcfa. Et à la différence de beaucoup de monnaies dont le taux de change fluctue (ou flotte) selon l’environnement économique international, le franc CFA a une parité immuable. « A première vue, l’on serait tenté de dire que c’est une situation alléchante pour les pays de la zone franc », disait un spécialiste du domaine. Arrimé le franc CFA au Franc Français d’abord ensuite à l’Euro, il apparaît  comme monnaie stable. Mais, cette fixité de parité cause d’énormes problèmes à nos pays qui ont des économies très peu diversifiées. En plus nous sommes beaucoup plus ouverts à l’international pour recevoir (donc très forte importation) plutôt que pour exporter. Et pour cela, nous recevons beaucoup de chocs qui ne sont pas stabilisés par le fait de la fixité de la parité.

La stabilité d’une monnaie est dépendante d’un certain nombre de facteurs. En effet, la monnaie est un instrument de politique qui a besoin d’ajustement en fonction de l’évolution de la santé économique et commerciale. Et aux spécialistes de dire que dans le cas du FCFA, on est dans une situation « statufiée » pour ne pas dire immuable. Dans le même temps, les pays de la zone franc ne sont pas à l’abri des fluctuations de la monnaie d’arrimage, c’est-à-dire l’Euro. Ainsi un Euro fort devient un handicap pour les exportations des pays africains. Le franc cfa ne devait donc pas avoir une parité fixe mais flottante. C’est-à-dire que nous devions être capables de jouer sur le taux de change pour chaque fois s’adapter aux différentes fluctuations.

Y a-t-il des avantages pour une monnaie flottante ?

Il y a véritablement des avantages à avoir pour une monnaie dont la parité n’est pas fixe. En effet, avoir une monnaie flottante selon les économistes proches de leurs peuples :

  • constitue un stabilisateur automatique de chocs que nous recevons de l’extérieur ;
  • permet d’exporter suffisamment de ressources tout en boostant la consommation locale puisque les mêmes produits importés paraitront très chers si bien que les gens auront tendance à s’offrir ce qui ne l’est pas ;
  • permet une bonne autonomisation des dettes. Que cela veut-il dire ? Supposons que le Burkina Faso ait une dette d’un (1) dollar US à payer à la Chine. Si dans la même période 1 dollar US égal à 1 Euro, cela veut dire que le Burkina déboursera 655,957 franc cfa pour éteindre cette dette. Mais si par hasard le dollar venait à être deux (2) Euros, alors le Burkina Faso sera obligé de payer le double de sa dette qui était de 655,957 Fcfa.

C’est dire qu’avec la parité arbitraire fixe du Fcfa avec l’Euro, un frein est mis à la compétitivité des économies des pays de la zone franc dans leur rapport avec le reste du monde.

Le principe de la libre convertibilité

Il y a ici un jeu de dupe selon bien des observateurs avisés. Cette liberté de convertir le franc cfa se fait uniquement entre les pays africains de la zone franc et la France, mais pas entre les pays africains eux-mêmes détenteurs de ladite monnaie qui est censée être la leur. En termes clairs, le même franc cfa de l’espace Uémoa n’est pas convertible avec celui de l’espace Cémac et vice-versa. Mais à regarder de près, cette libre convertibilité permet aux entreprises françaises installées dans ces deux zones de rapatrier sans coup férir les bénéfices colossaux qu’elles amassent sous nos tropiques et le tour est joué. Ainsi avec ce principe, la fuite des capitaux est assurée de façon légale (Agbohou, 2000).

Le principe de centralisation des réserves de changes :

Au trésor public de la France, chacune des trois banques centrales (Bceao ; Bceac et Bcc) a ouvert un compte dit Compte d’Opération. 

  • (BCEAO-Uemoa (Bénin ; BF ; RCI ; Guinée Buisseau-1997 ; Niger ; Togo ; Mali ; Sénégal);
  • BCEAC-Cemac (Gabon ; Cameroun ; Guinée Equatoriale ; Tchad ; Rép. du Congo ; Rép. Centrafrique) ;
  • BCC (Iles Comores).

Dans ces comptes, chaque pays membre de ces banques est tenu de déposer une partie de ses réserves de monnaie ou de l’or en contrepartie de la garantie qu’accorde la France à cette monnaie. Le pourcentage requis était de 100% jusqu’en 1960. Depuis cette date et ce, jusqu’en 1973, il est tombé à 65% grâce aux critiques diverses. En 2005, après d’autres critiques, la France cédera encore et le taux baissera à 50%. Comme dit un peu haut, il se peut que la France procède une nouvelle réduction de ce taux pour noyer les velléités de création de la nouvelle Eco. Une autre chose très importante à savoir à ce niveau, c’est que ce taux n’est pas pareil partout. La BCC dépose toujours plus de 75%. Avec les comptes d’opération, en 2011 la France détenait indument par devers elle la bagatelle de 14 000 milliards de franc CFA provenant uniquement de la BCEAO et la BCEAC. Cette somme fait six (06) et demi le budget total du seul Burkina Faso exercice 2019 estimé à 2 213 318 000 000 Fcfa. Selon un article publié sur Malijet.com dont l’auteur est Larba Israël LOMPO, les deux pays de la zone Uémoa que sont le Burkina Faso et Niger ont au moins huit cent milliards (800 000 000 000 FCFA) dans les comptes d’opération et des centaines de tonnes d’or en France[19].

Pour percevoir le cynisme colonial et néocolonial de la France, divisions les 14 000 milliards détenus illégalement par la France par 200 000f (comme exemple d’un salaire mensuel d’un ressortissant de la zone franc). La France aura ainsi privé de 70 millions d’agents économiques salariés payés en un mois. Elargie à un emploi permanent d’une durée de 30 ans de service, cette somme peut suffire à employer presque 200 000 africains à raison de 200 000f cfa par mois pendant trente ans. En termes d’infrastructures de santé, si c’est 14 000 milliards devaient être investis dans la construction de CSPS, on aura 140 000 centres de santé pour les huit (08) Etats de l’UEMOA. Si c’est pour construire uniquement des Centres Hospitaliers Universitaires Régionaux (CHUR), on aura 400 CHUR à offrir aux pays de l’espace Uémoa puisque, selon un article publié sur Lefaso.net[20], un CHUR (même si cela ne concerne que le Burkina Faso) un coûterait la bagatelle de 35 milliards de Fcfa. En termes d’infrastructures éducatives, si la construction d’une école primaire coûtait 110 millions de Fcfa, on aurait à offrir plus de 130 000 établissements éducatifs à l’espace Uémoa.

Ces fonds dormants sont investis par la France et génèrent des intérêts colossaux (appelés Taux de Rémunération) mais aucun pays de la zone franc n’est au courant de ce qui se passe. Ironie du sort, c’est une partie de cet argent qui revient comme l’aide au développement ou comme prêt à ces pays dont l’argent est stocké auprès de la banque de France (Agbohou, 2000).

LA BCEAO, UNE FABRICATION DE LA FRANCE.

L’exploitation des colonies françaises bat son plein jusqu’à la moitié du XIXe siècle. Puis intervint l’abolition de l’esclavage le 27 avril 1848. Ce qui conduisit à une faillite de nombreux propriétaires d’esclaves. Le 30 avril 1849 la France prend un décret qui indemnise les colons par suite de l’abolition. En 1853, Louis Napoléon Bonaparte crée la Banque du Sénégal et une autre banque dénommée la Banque de l’Afrique Occidentale (BAO). En 1955, la Banque du Sénégal devient l’Institut d’Emission de l’Afrique Occidentale française et du Togo (IEAOF/T). C’est en 1959 que l’IEAOF/T se transforma en BCEAO.  A cette date, le Conseil d’Administration comptait huit (08) africains et huit (08) français. De 1962 à 1974, la BCEAO est dirigée par le français Robert Julienne. C’est finalement le 15 décembre 1974 que l’ivoirien M. Abdoulaye FADIGA sera nommé aux fonctions de Gouverneur de la BCEAO. Ce dernier va œuvrer pour le transfert du siège de la BCEAO de Paris à Dakar en Juin 1978. Son inauguration intervient le 26 mai 1979.

Les différents gouverneurs de la BCEAO de 1962 jusqu’à nos jours :

  • Robert Julienne, gouverneur français de 1962-1974
  • Abdoulaye Fadiga (ivoirien) de 1974-1988 (c’est par lui qu’on africanisa la BCEAO en 1979).
  • Alassane Dramane Ouattara (ivoirien) de 1988-1990
  • Charles Konan Banny (ivoirien) de 1990-2005
  • Damo Justin Barro (burkinabè) 2006-2008
  • Philippe-Henry Dakoury Tabley (ivoirien) 2008-2011
  • Jean-Baptiste Compaoré (bbè) six mois d’intérim (janvier 2011)
  • Myelet Tiémoko Koné depuis le 28 juillet 2011.

NB : Selon une source bien introduite[21], les gouverneurs des Banques Centrales sont payés 15 mois sur 12 avec la somme mensuelle de 30 000 euros (soit 19 678 710 fcfa c’est-à-dire 30 000 x 655,957).

AVEC TOUT CE QUI VIENT D’ETRE DIT, LE FRANC CFA PEUT-IL ETRE UNE OPPORTUNITE POUR LE DEVELOPPEMENT DES PAYS DE LA ZONE FRANC ?

En guise de réponse à une telle question, nous citerons l’un des meilleurs soutiens de la France dont le pays partage cette même monnaie. Venant d’un des protégés de l’impérialisme français, les propos de ce dernier valent leur pesant d’or. En effet, à la question « Le franc cfa est-il utile aux pays qui le partagent ? », Idriss Déby Itno celui-là qui, le 2 décembre 1990, avec l’appui de la France, chasse du pouvoir Hissène Habré et le remplace le 4 décembre avec le titre de président du Conseil d’État répond : « Le seul intérêt du franc cfa, c’est d’avoir 14 pays avec une monnaie commune. Il faut que les 14 pays restent regroupés et qu’ils renégocient pour que le Trésor français ne nous gère plus »[22].

QUE FAIRE SI LE FRANC CFA NE NOUS EST PAS UTILE ? DOIT-ON EN SORTIR?

A cette question, les avis divergent mais chacun tente de justifier sa position selon ses intérêts ou les intérêts de son peuple. Toutes ces positions peuvent se résumer en deux grands groupes. Il y a d’abord les pro-CFA composés eux-mêmes de deux sous-groupes et les antis CFA.

Le premier sous-groupe des « pro » est constitué de tous ces économistes-techniciens s’étant abreuvés dans les universités capitalistes où les doctrines et théories anti sociales de Keynes, Friedman, John Williamson et autres sont enseignées. Attention ! Nous ne disons pas ici que tous ceux et toutes celles qui ont subi de telles formations sont à ranger dans ce lot. Nous parlons de leurs collègues ayant une vision technobureaucratique des problèmes de la société. Pour eux, ce serait une catastrophe que d’amener les pays de la zone franc à quitter le franc cfa. Une telle position se comprend pour des personnes qui sont aveuglés par les avantages mirobolants de quinze mois de salaires sur douze à la BCEAO.

A ceux-là, il faut ajouter les profanes du domaine monétaire mais qui pour des raisons politiques ne voient que leurs intérêts personnels (fauteuil présidentiels, tablier ministériel ou siège à l’Assemblée nationale, etc.).  L’autre sous-groupe des pro-CFA est constitué de réformistes. Pour cette catégorie de partisans, le franc cfa peut rester tel mais en y apportant des retouches histoire de dissiper les points de discorde. Pour eux, on pourra, par exemple, revoir les taux des comptes de réserve ou diminuer le nombre de français dans les conseils d’administration. Mais en quoi ces retouches peuvent-elles changer grand-chose la France détenant toujours les clés de la caisse ?

Dans ce concert, les antis-CFA appellent à l’abandon pur et simple de cette monnaie. Les raisons de cette position sont à trouver dans les points qui vont suivre. 

POURQUOI SORTIR DU FRANC CFA ?

La question à laquelle nous répondons ici est celle de savoir pourquoi les pays africains de la zone franc doivent-ils décoloniser le franc CFA sinon la remplacer par une monnaie purement africaine.  

Le franc CFA est une monnaie esclavagiste créée à l’image de la monnaie nazie imposée aux peuples vassalisés de l’Allemagne nazie.

En effet, la création et la gestion de cette monnaie par la France a été calquées du model nazi (Agbohou, 2000). Ce model présente selon lui quatre réalités qui sont :

  • Pendant l’occupation française, les nazis étaient au cœur du système financier et monétaire de la France. Dans le cas des Pays de la Zone Franc (PAZF), les français sont au cœur des trois banques centrales africaines ;
  • Les allemands ont dévalué le franc français (ff) pour se donner un grand pouvoir d’achat. En 1994, la France a dévalué le fcfa ;
  • Les allemands supprimèrent la monnaie locale en France et créèrent une monnaie coloniale pour pouvoir contrôler toute l’économie de celle-ci. Eh bien, la même chose s’est passée avec la France dans ses colonies que nous représentons toujours. Les cauris et le franc français ont été supprimés et le FCFA a été créé.
  • Les allemands obligeaient les français sous occupation à exporter vers eux les produits dont ils avaient besoin. Et, au lieu de payer les français, ils prenaient leur stylo et marquaient un signe plus (+) dans un compte que les Allemands ont ouvert à Berlin pour les pays vassalisés comme la France. C’est exactement ce que la France fait avec les 15 PAZF. Cette méthode nazie lui a apporté d’énormes dividendes entre 1945 et 1975 au point que le monde entier parlait de « Vente glorieuse » de la France.  

Le franc CFA : leviers du pillage des économies africaines

Le dispositif du franc CFA tel que décrit plus haut (les institutions et principes confondus) permet non seulement de sécuriser les approvisionnements de la France en matières premières, mais également permet à ses entreprises (Castel Beer ; Boloré ; RAN ; Orange,…) d’opérer dans l’espace de la zone CFA en toute quiétude en bénéficiant de nombreux avantages.

Notre argent depuis la seconde guerre mondiale, permet au trésor français de bien se tenir. Nos pays, anciennes-nouvelles colonies de la France, continuent à travers la BCEAO de déposer 50% de leurs réserves d’argent au trésor français, pour obtenir une garantie de convertibilité inutile. Ces dépôts sont estimés aujourd’hui à plus de 8000 milliards de francs cfa[23]. C’est-à-dire que pour un franc cfa battu, la France demande en garanti pour assurer sa convertibilité, presque 10 f cfa. Les africains sont loin d’être inutiles à la France.

Le franc CFA : un instrument de domination de la France en Afrique

Le premier rôle assigné à cette monnaie coloniale dès sa création est de contrôler et d’assurer la domination de la France sur ses ex-colonies. Le système, extrêmement complexe, repose sur deux piliers. Le CFA dispose de la garantie de la Banque de France et d’une parité fixe avec le franc français (aujourd’hui l’euro). En échange, la France a un droit de regard et même de veto au sein des deux banques centrales.

Le franc CFA entame la souveraineté des pays membres

Nos pays peuvent-ils se faire appeler « pays indépendants » lorsque, visiblement ils n’ont aucun pouvoir sur la monnaie qu’ils partagent ? C’est quelle indépendance où les mêmes pays sont obligés de déposer le double ou le triple de leur budget national au Trésor français pour garantir une soi-disant convertibilité de leur monnaie ? Quelle fausse souveraineté où aucun des pays de la zone franc ne connaît même pas la valeur exacte de leurs avoirs dans les comptes d’opération ? Il nous plaît ici de convoquer à nouveau Charles Loyseau qui, dans son œuvre intitulée Traité des Seigneuries (1669) disait ceci à propos de la souveraineté : «…la souveraineté est du tout inséparable de l’Etat, auquel, si elle était ôtée ne serait plus un Etat. Car, enfin, la souveraineté est la forme qui donne l’être à l’Etat, voire même l’Etat et la souveraineté prise in concreto sont synonymes. (…) ».

La France doit sa puissance internationale au franc CFA et les comptes d’opération

Vestige de l’empire colonial, le franc CFA permet à la France de résoudre son endettement et surtout de compter dans l’arène internationale. Selon beaucoup d’observateurs, sans le franc CFA et les comptes d’opération, la France serait dans une situation financière plus grave que la Grèce. Le journaliste Jean Bossona et membre du Comité monétaire de la Banque Centrale de France (Banque de France) cité par (Agbohou, 2000) disait : « La zone franc a permis à la France de se fournir de matières premières sans débourser de devises ». Cette réalité est confirmée par Xavier de la Fournière : « L’avantage que représente pour le Trésor français l’existant de soldes de crédit auprès des comptes d’opération est réel. Car ils sont l’une des ressources qu’utilise le Trésor français pour financer la charge qui résulte pour lui des découverts d’exécution des lois de finance et de l’amortissement de la dette publique[24]».  

On voit bien tout le bien que la France tire beaucoup de profits de l’existence de cette monnaie. En tout cas sur le plan géopolitique, le fait que la France ait plusieurs Etats africains qui déposent leurs réserves dans son Trésor, lui donne une position particulière dans ses relations avec d’autres Etats dans le monde. C’est pourquoi tous ses alliés locaux qui ont osé s’attaquer à cet instrument de domination l’ont appris à leurs dépend en perdant leur vie ou leur pouvoir.  

Un exemple du comportement gendarme de la France avec le franc CFA

Le 23 décembre 2016, à Yaoundé, au Cameroun, un sommet extraordinaire des six chefs d’État de la zone Cémac. Invités extérieurs à ce conclave, la patronne du FMI, Christine Lagarde, et le ministre français de l’Économie et des Finances, Michel Sapin, s’y sont rendus avec, dans leurs bagages, un plan de dévaluation du franc CFA d’Afrique centrale, celui d’Afrique de l’Ouest étant considéré comme sain.  Et voilà ce que Lagarde disait en substance aux chefs d’Etat de la Cémac : «Vos réserves de change ne couvrent plus que deux mois d’importations, ce qui est incompatible avec une zone monétaire à taux de change fixe. Vos perspectives sont mauvaises, la zone Cémac se dirige vers une crise encore plus sérieuse, il faut songer à dévaluer ». Heureusement, cette fois-ci, le courage était au rendez-vous. Les chefs d’État ont donc refusé ce coup de poignard à la veille de Noël. Mais l’épée de Damoclès est bien là, et elle reste suspendue au-dessus de leur tête[25].

DES VOIX DISCORDANTES AUTOUR DU FRANC CFA

Des voix discordantes en dehors de la zone franc

Selon les Nations Unies, en 2015 plus de 162 millions de personnes utilisaient les francs CFA et comorien. Vestige de l’époque coloniale, ces monnaies sont controversées aujourd’hui aussi bien dans la zone franc qu’en dehors de celle-ci.

Au niveau de l’Organisation des Nations Unies (ONU)

Au sein de l’ONU même si tous les débats ne sont pas rendus publics, il nous revient que la question du franc CFA est bien souvent évoquée avec des pays qui le voient d’un mauvais œil. Mais, la France, étant membre permanent du Conseil de sécurité, agite chaque fois son véto sur la question. On retiendra cependant des voix solitaires mais tranchantes comme celle de l’ex-Secrétaire Général Adjoint de l’ONU en l’occurrence l’économiste bissau-guinéen Carlos Lopes. Pour lui, « Il y a quelque chose qui cloche avec le franc CFA », avait déclaré à l’AFP en septembre 2016.

« Aucun pays au monde ne peut avoir une politique monétaire immuable depuis trente ans », s’émeut l’économiste bissau-guinéen. L’espace de la zone abrite plus de 155 millions d’habitants et comprend 14 pays d’Afrique subsaharienne auxquels il faut ajouter l’archipel des Comores.

Au niveau de l’Union Africaine (UA)

On savait que certains officiels de l’UA couvait une haine morbide sur la politique monétaire néocoloniale de la France en Afrique, mais aller à l’exprimer ouvertement, on s’y attendait peu parce l’appareil central de cette institution est dans la main d’un fidèle d’un des protégés de la France. En effet, le 30 janvier 2017, Moussa Faki MAHAMAT, ancien chef de gouvernement tchadien et plusieurs fois ministre de Idriss Deby ITNO, remplaçait à la tête de l’institution la sud-africaine Nkosazana Dlamini-ZUMA.

Mais, depuis un certain temps, les choses commencent à changer de la bonne manière. En effet, le 30 juillet 2019 une voix non moins pesante s’est fait entendre sur la question du Fcfa depuis l’ambassade de l’UA à Washington. Cette voix est de la docteure Arikana Chihombori-Quao. Dans une vidéo partagée sur les réseaux sociaux, la zimbabwéenne d’origine a déclaré que lorsque les anciennes puissances coloniales quittaient le continent (Africain), la France avait forcé ses anciennes colonies à signer un pacte « vraiment terrible » pour la poursuite de la colonisation. Elle a argumenté qu’« aujourd’hui, quand la France investit 14 milliards de dollars US, elle en retire plus de 300 milliards. En plus de cela, elle sort de l’Afrique francophone plus de 500 milliards de dollars US. Ce qui fait que nous les africains et les pays pauvres, donnons à la France presque le trillion de dollars US année après année ». Cette prise de position n’a pas plu à la France qui s’est vite mise à traquer cette ambassadrice « indisciplinée ».

Des voix discordantes du côté de l’Allemagne

Le site ivoirien, ivoirebusiness.net, ainsi que Médiapart ont cité un journal économique allemand qui accuse en la France de piller chaque année la bagatelle 440 milliards d’euros (soit 28 861 080 000 000 f cfa)  aux africains à travers le Franc CFA. « Cet esclavage économique est important pour l’essor de l’économie française. À chaque fois que ce trafic est susceptible de faillir, la France est prête à tout pour le reconquérir. », précise le site ivoirien, avant d’ajouter d’une manière très explicite : « Si un dirigeant de la zone CFA ne répond plus aux exigences de la France, Paris bloque ses réserves de devises et plus encore, la France ferme les banques dans ce pays jugé de «rebelle». Ce fut le cas de la Côte d’Ivoire avec Laurent Gbagbo. »

Des voix discordantes du côté de l’Italie

Le vice-Premier ministre du Conseil italien, Luigi Di Maio[26], a accusé la France d’appauvrir l’Afrique, dans une déclaration, le 21 janvier 2019. Il a affirmé qu’en maintenant la colonisation à travers le franc CFA, la France est à l’origine du drame des migrants en Méditerranée et de la paupérisation de l’Afrique. “Si aujourd’hui il y a des gens qui partent, c’est parce que certains pays européens, la France en tête, n’ont jamais cessé de coloniser des dizaines de pays africains“, a-t-il lancé, affirmant que le franc CFA, monnaie de 14 pays africains imprimée en France, “finance la dette publique française” au détriment d’une création d’emplois et donc de richesses susceptibles de fixer les jeunes dans leurs terroirs.

Mais, aussi belle que cette voix paraît, il faudra, tout de même, prendre ces propos en analysant la qualité de la personne qui les exprime. Bien qu’ils soient vrais, ces propos ne demeurent pas moins teintés d’hypocrisie. La question qu’il faille bien se poser est : Qui est Luigi Di Maio ? Il est issu de la coalition entre le parti d’extrême droite La Ligue et le parti antisystème du Mouvement 5 Étoiles. Cette coalition a remporté les élections en Italie grâce aux promesses faites aux italiens de nettoyer le pays des « migrants noirs ». Ainsi, par leur cynisme et manque d’humanité, des milliers d’africains ont péri dans la mer rouge. Ligui Di Maio n’est donc pas différent de la France qui tuent les africains à travers sa politique d’exploitation et d’appauvrissement dont le franc CFA.   

Voix discordante du côté de la France elle-même

Beaucoup d’organisations telles que les syndicats comme la CGT, les structures révolutionnaires comme l’Union des Jeunes Révolutionnaires (UJR) et bien d’autres structures formelles ou informelles comme les Gilets Jaunes dénoncent cette monnaie coloniale et exploiteuse qu’est le Fcfa. Une journaliste française du nom de Fanny Pigeaud, co-auteure avec Ndongo Samba Sylla de « L’arme invisible de la Françafrique : Une histoire du franc CFA », critique la domination française sur l’Afrique par le franc CFA[27]. Interrogée par Christophe Boisvouvier de la RFI sur la manière suivante : « Quand Luigi Di Maio dit que le franc CFA fait partir les Africains vers l’Europe et finance la dette publique française, est-ce que vous êtes d’accord ? », Fanny Pigeaud répond : « Il dit des choses qui, effectivement, doivent être étudiées de près, mais qui ne sont pas fausses. Est-ce que cela a une influence sur les migrations ? Oui, forcément. Parce que le franc CFA, d’abord, est une monnaie surévaluée. Elle est, il faut le rappeler, ancrée à l’euro, qui est une monnaie forte. Les économies de ces quatorze pays sont des économies faibles. Donc, avoir une monnaie surévaluée handicape au niveau des exportations et, par contre, donne un avantage aux importations, ce qui ne facilite pas l’industrialisation de ces pays ».

Des voix discordantes en Afrique et au Burkina Faso

Des voix discordantes en Afrique ou des africains de la diaspora

  • Pr Nicolas Agbohou (Professeur de l’économie monétaire en France);
  • Le Forum contre le franc cfa ou les Etats généraux du franc cfa tenu à Bamako les 16 et 17 février 2019 sur initiative de Kako Nabukpo ;
  • L’Ong Urgences Panafricanistes de Sémi Kéba et la Révolution anti-CFA ;
  • Dr Chihombori-Quao (ambassadrice de l’UA aux USA) ;

Des voix discordantes au Burkina Faso

De prime abord, il est important de rappeler qu’aucun parti politique légal (au pouvoir comme dans l’opposition) burkinabè n’a jamais proféré des propos tendant à condamner le franc cfa et/ou exiger sa disparition. Nonobstant le fait que d’aucuns se réclament de gauche ou de droite, le silence sur cette question est si troublant qu’on se demande qu’est-ce qui peut bien l’expliquer.

Nos recherches nous ont démontré que seul le Parti Communiste Révolutionnaire Voltaïque (PCRV), qui se trouve clandestin, en est contre. En plus de cette formation politique non officielle mais dynamique, il faut ajouter l’Union de la Jeunesse Communiste de Haute-Volta (UJCHV) qui serait, selon nos sources, une branche du PCRV consacrée à la jeunesse. Nous avons, du reste, exploité Clarté leur organe d’information pour concevoir ce texte.

En dehors de ces structures purement politiques d’orientation révolutionnaire, il y a aussi les organisations syndicales, de masses, de jeunes, de lutte pour les droits de l’homme à vision révolutionnaire. Le Collectif CGT-B ; le MBDHP ; l’ODJ ; l’UGEB ; les CDAIP ; etc. sont à mettre dans la liste de ces organisations à orientation révolutionnaire. Au niveau national, l’ODJ (Organisation Démocratique de la Jeunesse du Burkina) a, en collaboration avec d’autres organisation telles que l’UGEB les CDAIP, organisé un panel sur la question du franc cfa lors de ses journées anti-impérialistes tenues les 2 et 3 novembre 2016 à Ouagadougou.

De tout ce qui précède, il ressort très clairement que le franc Cfa est une propriété entière de la France. C’est pourquoi, toutes les personnes qui ont osé s’attaquer à cet instrument de domination l’ont appris à leurs dépens en perdant leur vie ou leur pouvoir.

EXEMPLES DE PERSONNES NEUTRALISEES PAR LA FRANCE POUR S’ETRE OPPOSEES AU FRANC CFA.

« Le gouvernement français a utilisé tous les moyens nécessaires pour maintenir le système CFA » nous apprend Fanny Pigeaud, l’auteure interviewée par RFI. A la suite des indépendances, le gouvernement français a obligé les pays africains à signer des accords de coopération, les maintenant dans la zone franc, et s’est aussi employé à placer à la tête des nouveaux Etats indépendants des dirigeants qui lui étaient favorables. De ce fait, lorsque certains dirigeants africains ont souhaité s’émanciper de la zone franc, la France s’est efforcée de les y maintenir, peu importait la manière. « En Guinée, lorsque la France fut confrontée pour la première fois à un acte de résistance au Franc CFA, elle répondit de manière violente ». L’opération « Persil » contre la Guinée de Sékou Touré en 1959 a visé ainsi à isoler et déstabiliser la Guinée et à rendre Sékou Touré vulnérable et impopulaire. « En plus de lancer des opérations armées, l’opération Persil consista à fabriquer en France des faux billets de banque guinéens et à les écouler en masse dans le pays. Résultat : l’économie guinéenne s’est écroulée[28]. 

Ahmed Sékou Touré

Bien qu’ils soient plusieurs pays à avoir refusé cet assujettissement monétaire et à avoir tenté d’en sortir, le seul à l’avoir complètement quitté, c’est la République de Guinée (Guinée Conakry où est dépensé le franc guinéen). Son premier président, Ahmed Sékou Touré, souhaitait une totale indépendance pour son pays, aussi bien dans le domaine politique, financier, économique que monétaire. Ce qui eut le don de froisser considérablement le président français de l’époque, Charles de Gaulle qui, au cours d’une tournée en Afrique en 1958, fut reçu de manière triomphale, dans les colonies malgache, congolaise et ivoirienne. Mais froidement reçu lors de son passage en Guinée.

Dans son discours, Le président guinéen déclara: « Nous préférons la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l’esclavage », ce à quoi de Gaulle répondit : « l’indépendance est à la disposition de la Guinée. Qu’elle la prenne  avec toutes ses conséquences». Deux mois plus tard, le 2 octobre, la Guinée obtient son indépendance (le premier pays d’Afrique francophone). Celle-ci est vécue comme une humiliation par la France, qui a détruit le pays et retiré tous ses fonctionnaires et ses crédits.

Sylvanus Olympio

Le premier président élu de la république du Togo, qui, ne voulant pas continuer à subir une domination française, décida une sortie de la zone franc pour créer une monnaie locale. Le 13 Janvier 1963, quelques jours après avoir lancé les premières impressions des nouveaux billets, Olympio fut assassiné par un ex-légionnaire français, le sergent Etienne Gnassingbé, qui lui succédera à la tête du Togo. Certaines de nos sources nous indiquent que la mort de Sylvanus Olympio a été même annoncée par la radio française quatre (04) heures avant qu’il soit réellement tué. Pour son succès dans l’élimination du père de l’indépendance togolais, Etienne Gnassingbé a reçu une prime de 612 dollars de l’ambassade française locale. Gnassingbé a aussi été félicité et remercié par l’Elysée qui l’a aidé à rester au pouvoir durant 38 ans. On peut même dire qu’il est toujours au pouvoir car depuis 2005, c’est son fils qui est commande et malgré les derniers soubresauts politiques il ne semble pas prêt à lâcher du lest.  

Modibo Keita

Le militant panafricain, lui aussi premier président élu de son pays, le Mali et pour qui la colonisation perdurait avec ce système monétaire, et représentait un frein pour le développement du pays, décida à son tour de se retirer de la zone franc puis créa le franc malien, qui devint la monnaie officielle du Mali, le 30 Juin 1962. Comme Olympio, Modibo Keita sera victime d’un coup d’Etat, mené par un autre ex-légionnaire français, le lieutenant Moussa Traoré, le 19 Novembre 1968.

Ce dernier succédera lui aussi à la présidence et ramènera le Mali entre les griffes du Franc CFA le 1er juillet 1984. Depuis 1984 donc, le Mali est dans le franc CFA. Les défenseurs du maintien de cette monnaie prennent souvent ce retour du Mali comme un exemple d’intérêt certain que les pays ont pour le franc CFA. Mais, qu’on ne se trompe pas. Comme nous l’avons souligné déjà, c’est après un coup d’Etat savamment orchestré par les barbouzes français et leurs relais maliens que le retour au Cfa a été possible. Du reste, Modibo Keita mourra dans sa cellule et dans des circonstances suspectes, jamais élucidées après 9 ans de détention, le 16 mai 1977.

Pr Joseph Tchuindjang POUEMI

Economiste et enseignant-chercheur camerounais, il est auteur de Monnaie, Servitude et Liberté, la répression monétaire de l’Afrique (1979). Il était farouchement opposé au franc cfa. Il disait du FMI que c’était le « Fonds de Misère Instantanée ». Pr POUEMI est mort assassiné dans sa maison en 1984 dans des circonstances très troubles et non encore élucidées.

Le capitaine Thomas SANKARA

SANKARA lançait pas mal de diatribes à l’encontre de cette monnaie, mais n’a jamais eu le courage de prendre une décision d’en sortir. On se demande même s’il le pouvait étant donné que la soi-disant révolution qu’il menait n’avait aucune base concrète. Il avait cependant eu le mérite de proférer des propos qui fâchaient la métropole. En 1985, il déclara ceci : «Le Franc CFA, lié au système monétaire français est une arme de la domination française».

Concernant la dette accumulée par les gouvernements précédents, SANKARA déclara ceci lors du 25e Sommet des pays membres de l’OUA (Organisation de l’Union Africaine) devenue l’UA à Addis-Abeba, en Éthiopie : « Nous estimons que la dette s’analyse d’abord de par ses origines. Les origines de la dette remontent aux origines du colonialisme. Ceux qui nous ont prêté de l’argent, ce sont ceux-là qui nous ont colonisés, ce sont les mêmes qui géraient nos États et nos économies, ce sont les colonisateurs qui endettaient l’Afrique auprès des bailleurs de fonds, leurs frères et cousins. Nous étions étrangers à cette dette, nous ne pouvons donc pas la payer. »

Il appela ainsi tous les pays africains à former un front uni contre celle-ci: « (…). Si le Burkina Faso tout seul refuse de payer la dette, je ne serai pas là à la prochaine conférence!»

Une affirmation prémonitoire puisqu’il fut assassiné 3 mois plus tard, le 15 octobre 1987 par Blaise Compaoré, qui lui, fut installé sur le fauteuil de président par François Mitterrand aidé de Houphouët BOIGNY, fauteuil duquel il ne bougera pas durant 27 ans.

Le Guide libyen : Mouammar Kadhafi

En 2011, le gouvernement de Kadhafi détenait, d’après la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton, 143 tonnes d’or et une quantité semblable d’argent. Cet or aurait été accumulé dans le but avoué de créer une monnaie panafricaine basée sur le dinar libyen, afin de proposer une alternative aux pays de la zone franc. Le Colonel Kadhafi a alors été traqué puis abattu par les services secrets Français le 20 octobre 2011.

L’économiste togolais Kako Nubukpo

Ministre auprès de la présidence de la République, chargé de la prospective et de l’évaluation des politiques publiques dans le gouvernement togolais depuis 2013, Kako Nubukpo, lors d’une conférence publique sur l’économie tenues à Lomé (Togo) en février et mars 2015, souligne la nécessité de repenser l’arrimage du franc CFA à l’euro et réitère ses propos sur la « servitude volontaire » de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) par rapport aux instances internationales régissant les politiques monétaires. En mai 2015, le directeur national de la BCEAO (au Togo) écrit à son gouverneur pour rapporter les propos du ministre et réclamer qu’il soit démis de ses fonctions ou qu’il soit bâillonné. En juin de la même année, le président togolais Faure Gnassingbé (successeur de son traitre de père), ne le reconduit pas à son poste de ministre, lors de la formation du nouveau gouvernement. (Selon www.lemonde.fr).

L’ambassadrice de l’UA à Washington, Dr Arikana Chihombori-Quao

Docteure en médecine et Zimbabwéenne d’origine. Elle est l’ambassadrice de l’Union Africaine (UA) nommée depuis plus de deux ans et en poste à Washington, USA. Le 1er novembre 2019, son contrat a pris  fin avec l’UA. Pas parce que ce contrat aura été à son terme mais parce qu’elle était forcée à quitter son poste. Le seul péché de Dr Arikana aura été son discours très virulent contre le Franc CFA et la politique française en Afrique. Ce discours a été prononcé le 30 juillet 2019 à Georgetown, USA et la décision de l’enlever de son poste a été actée le 7 octobre 2019 par le tchadien Moussa Mahmat Faki, président de la Commission de l’Union Africaine et ancien ministre des affaires étrangères d’Idriss Debi Itno, président du Tchad.

Le Franc CFA a maintenant 72 ans quant à sa mise en circulation et 78 ans quant à sa création. Il est utilisé dans des pays indépendants depuis plus de 50 ans. Les décisions monétaires sont faites sous la surveillance de Paris, présente au sein des organes décisionnaires des banques centrales où elle s’octroie volontiers un droit de véto.

Les pays africains ne seront jamais indépendants sans une souveraineté monétaire, et le franc CFA reste la dernière monnaie coloniale encore utilisée dans le monde. Il est donc impératif que des actions soient prises individuellement ou collectivement afin que ce cordon ombilical néocolonial soit coupé. Mais comment y arriver ? Cela pourra-t-il arriver avec la création de l’Eco ? Qu’est-ce que l’Eco ?

DEUXIEME PARTIE :

…A L’ECO : LA SERVITUDE MONETAIRE DE L’AFRIQUE CONTINUE.

L’historique de l’Eco

Pour le commun des mortels, l’Eco que les Etats de la Cédéao s’apprêtent à créer est une initiative nouvelle. Bien au contraire. Ses fondements remontent aux années 80 (1983, pour être plus précis). La Cédéao est une entité régionale qui compte aujourd’hui plus de 356 millions d’habitants[29]. A elle seule, elle totaliserait un PIB global de plus de 817 milliards de dollars US.

Depuis sa création en 1975, la Cédéao rêvait d’une intégration dans tous les sens qui doit passer par une monnaie unique. Huit ans après, c’est-à-dire en 1983, le projet  de monnaie unique a été adopté, mais n’a jamais vu le jour parce que le poids des partisans du Cfa colonial était hyper lourd. Et pour cause ? Selon les spécialistes du monde économique et monétaire, avec l’adoption et la création de cette monnaie commune, la zone Cédéao pourrait devenir la 18e puissance économique du monde devant la Turquie, la Suisse et l’Arabie Saoudite. Cette perspective ne ferait donc pas le bonheur de l’Union Européenne et surtout de la France qui tire son rang de 7e puissance mondiale de l’esclavage monétaire dans lequel elle a mis nos pays depuis 1945.  

Mais, depuis ces dernières années, inquiets du rejet presque total de cette monnaie (le Fcfa) par les peuples africains de la sous-région, les défenseurs du Fcfa ont commencé à « réchauffer » le vieux projet de monnaie commune de l’espace communautaire Cédeao. C’est ainsi que le 29 juin 2019, la Cédéao, sous leur pression tacite, a tenu une grande rencontre au Nigeria pour peaufiner la stratégie de création et de mise en circulation d’une nouvelle monnaie, l’Eco, censée remplacer le Cfa.

Considérant les conséquences catastrophiques du Cfa, c’est de bonne guerre que cette initiative ait suscité un enthousiasme général et reçu un accueil favorable par une bonne partie des populations de l’espace qui, il faut aussi le reconnaître, n’ont pas la maîtrise des enjeux et mécanismes monétaires. Alors, l’Eco pourra-t-elle réussir là où le Cfa a lamentablement échoué ? La venue de l’Eco fera-t-elle disparaître le Cfa avec tous ses fondements coloniaux ? Les conditions sont-elles réunies pour un tel changement de monnaie ? Si non, pourquoi une telle précipitation de la part des Etats de la Cédéao ?

L’Eco dans une motte d’obstacles infranchissables délibérément posés

Selon beaucoup d’économistes et d’observateurs, pour qu’il ait une monnaie unique, plusieurs étapes doivent être franchies. Mais, cette donne ne semble pas être respectée dans le processus de l’Eco. Pour ce cas de la Cédéao, il faudra d’abord réformer les politiques monétaires et abandonner les huit monnaies en circulation dans l’espace. Reçu sur le plateau de la télévision privée Bf1 ce 25 août 2019, Dr Daouda ZOURE[30] a été catégorique : « Pour que l’Eco réussisse, il faut une fédération politique. Le politique doit primer sur l’économie. Mais avec l’Eco, on est en train de faire le contraire. C’est le politique qui définit l’économique et le monétaire.». Il ajouta que, avec l’Eco, « Le modèle politique et économique est en déphasage avec le modèle monétaire qu’on veut instaurer.  Il y aura plusieurs politiques et une seule monnaie. Dans ce cas de figure, on aura comme en Europe, où l’Allemagne dicte ses lois au reste des pays de la zone euro. Donc avec l’Eco, c’est le Nigéria qui dictera sa loi aux autres avec dans une moindre mesure la Côte D’Ivoire et le Ghana qu’il associera ». Et l’économiste et consultant de terminer : «La solution actuelle, est que chacun ait sa monnaie. Cela est meilleur que le franc cfa et l’éco ».

Bien que les Etats de la zone parlent d’une approche graduelle où les pays membres de l’Uémoa doivent commencer la marche avant les autres, à analyser les choses de près, beaucoup d’obstacles restent dressés sur la voie.

Des obstacles au niveau de l’institution Cédéao

C’est peu dire que la naissance de l’Eco et l’orientation que certains veulent lui donner n’épousent pas l’assentiment de tous les Etats de l’espace. On se rappelle de la guéguerre qui a existé entre les deux pays anglophones (Nigéria et Ghana) et ceux de l’Uémoa à propos du lien colonial qu’entretien le Fcfa et le franc français (ff) d’hier devenu Euro aujourd’hui. En effet, alors que les deux pays anglophones ci-dessus cités appelaient à la rupture du cordon ombilical entre ces monnaies avant tout engagement de leur part, ceux de la zone Uémoa (en tout beaucoup d’entre eux) n’entendaient pas de cette oreille. Ajoutés à cela, il y a que ces conditions suivantes sont, jusqu’aujourd’hui, loin d’être réunies. Ce sont :

  • la question de la gestion de change n’a pas été résolue à un an de la mise en circulation de l’Eco. Que cela veut-il dire ? En termes plus clairs, il s’agit, en tenant en compte les variables traditionnels en la matière, d’édicter les principaux taux de change virtuels et réels avec les monnaies qui sont appelées à disparaître et les devises étrangères telles que l’Euro, le Dollar US, le Yen, le Dinar etc. Par exemple et comme nous l’avons souligné un peu haut, à la veille de la création de la monnaie commune européenne, l’on a d’abord procédé à une sorte de taux de change virtuel (TCV) qui pourrait exister entre les anciennes monnaies (franc français ; Deutsch Mark ;…) qui se préparaient à se fondre à la nouvelle en gestation. Le résultat a donné ce que les économistes appellent le panier de valeurs. Ainsi, il a été arrêté que le franc français d’avant aurait un taux d’échange estimé à 6, 55957ff pour 1 Euro s’il restait hors de la nouvelle monnaie. Ainsi, les questions du genre combien coûteraient le Naira, le Cedis ou le Cfa pour un (1) Eco si ces monnaies venaient à exister de nouveau après leur fusion à l’Eco n’ont pas eu de réponses. Et quoique les textes de la nouvelle monnaie parlent de « Parité flexible » avec l’Euro et le Dollar, aujourd’hui personne ne sait combien ce taux représenterait.
  • les politiques économiques et financières communes n’ont pas été finalisées ;
  • les statuts de la future banque centrale n’ont pas été clairement définis ;
  • La Cédéao n’a même pas encore un nouveau traité d’union monétaire (TUM) ;
  • il y a des critères de convergence qui restent à remplir avant toute adoption de la monnaie nouvelle. Le problème, selon le Rapport Interministériel de la Cédéao elle-même, est que, « aucun des 15 pays de l’espace Cédéao n’est réellement prêt pour 2020 ». Pour l’économiste Ndongo Samba SYLLA d’ajouter, « pour que ces pays puissent atteindre ces critères de convergence, il leur faut des aides budgétaires étrangères ». Et au Pr. Ogunsola John IGUE de renchérir : « la monnaie, ce n’est pas de la blague ; si vous n’avez pas une économie forte, une institution forte il n’y a pas de miracle. Il faut une économie forte et une institution forte or aujourd’hui pour gérer une économie forte on a suggéré la convergence macroéconomique à tous les Etats. Ce sera très difficile à tous les quinze Etats membres de la CEDEAO d’arriver à trouver cette convergence ; parce que c’est un exercice extrêmement difficile lié à la conjoncture internationale et régionale qu’on n’arrive pas toujours à maitriser ; comme par exemple l’abondance des pluies au moment où les paysans ont besoin d’avoir une seconde saison sèche. Donc il y a beaucoup de choses qui faussent votre équilibre macroéconomique[31]»

Des obstacles au niveau des Etats pris individuellement

Visiblement, certains pays comme la Côte D’Ivoire (c’est même mieux de dire certains Chefs d’Etat comme Alassane Dramane OUATTRA (ADO) et Macky SALL), ne sont pas prêts à lâcher le Fcfa pour des raisons dont lui seul et les autorités françaises peuvent justifier. En effet, alors que le 29 juin 2019 la Cédéao adoptait, lors d’un sommet extraordinaire, un régime flexible pour la parité de l’Eco avec l’Euro, ADO, président en exercice de l’Uémoa, en visite à Paris dix jours après ce sommet d’Abuja, a tenu un discours contradictoire. Voilà ce qu’il a dit chez ses faiseurs de roi: « Si l’Eco devait venir à adoption en 2020, il n’y aura pas de changement de parité entre le franc CFA devenu Eco et l’Euro ». Le message est, on ne peut plus clair, pour ceux qui croient avec foi que nous sommes au bout du tunnel avec cette fameuse Eco.  C’est peu que de dire qu’avec l’Eco, la servitude dans laquelle la France de De Gaulle nous mise depuis 74 ans aujourd’hui continuera de plus belle.

En clair, la France n’entend pas lâcher sa vache à lait, le Franc CFA.

Ce n’est un secret pour personne que la France veut vaille que vaille sauver « sa » monnaie, le Franc CFA ainsi que ses intérêts en Afrique estimés à presqu’un trillion (un milliards de milliards) de dollars US selon l’ambassadrice de l’UA aux USA, Dr Arikana Chihombori-Quao dans sa vidéo incriminant le franc CFA, la France et tous les pays impérialistes. Et la bataille devient sérieuse et rude pour l’Hexagone surtout que les dernières informations font état d’une velléité des russes de s’inviter dans ce débat malheureusement aux côtés des anti-CFA.

En effet, pour Arnau Kalika, spécialiste de la Russie et l’invité d’Afrique-matin de RFI du mardi 22 octobre 2019, « Moscou soutien les courants anti-CFA ». Pour preuve, elle travaille depuis longtemps en offrant des tribunes à certains activistes anti-CFA, principalement le béninois Kemi Seba. « Kemi Seba a été reçu à plusieurs reprises dans les instituts et universités en Russie et qui notamment a plaidé contre le FCFA », annonce benin-Web TVNews  du 24 octobre 2019. Même les conclusions du Sommet Russie-Afrique tenu les 23 et 24 octobre 2019 à Sotchi vont davantage refroidir les autorités françaises déjà inquiètes du rétrécissement des rangs des défenseurs de leur monnaie, le Franc CFA. « Dans une déclaration commune, signée en conclusion de ce sommet, la Russie et l’Union africaine ont d’ailleurs dénoncé « les diktats politiques et le chantage monétaire » et appelé à une réforme du Conseil de sécurité des Nations unies pour que l’Afrique y soit mieux représentée », lit-on sur la page web de la RFI du 24 octobre 2019.

Ceci dit, pour toutes ces formes de menaces contre ses intérêts, la France ne se laisserait point sevrer du lait de « sa vache africaine ». Il n’y a qu’à voir tous les manèges auxquels elle s’adonne pour mieux cerner cette option. Morceaux choisis :

  • Dix (10) jours seulement après la tenue du Sommet d’Abuja du 29 juin 2019 qui doit «sonner» le glas du FCFA, Emmanuel Macron s’est précipité inviter l’un des défenseurs farouches de « sa » monnaie en la personne de Alassane Dramane Ouattara (ADO). Soit dit en passant, le même ADO se trouve être le président en exercice de l’Uémao. La suite, on la connaît déjà : ADO a vite contredit ses pairs en déclarant urbi et orbi que la parité entre le FCFA qui deviendra Eco et l’Euro restera fixe.
  • Le 11 octobre 2019, soit presque deux semaines avant la tenue du Sommet Russie-Afrique qui avait, dans son agenda, les échanges sur le Franc CFA, le gouvernement français a vite fait de réunir les pays de la zone franc pour leur marteler l’idée qu’est qu’ils doivent rester dans le « CFA ». Mais, à bien analyser de près, c’était une manière d’éteindre, d’avance, le feu que Poutine allait allumer à Sotchi.

Par cette attitude, tous les observateurs s’accordent à dire que la France ressent une panique autour du FCFA quoiqu’elle maîtrise toujours la situation d’une manière ou d’une autre. Cela est d’autant vrai qu’on sent et pressent un petit fléchissement dans les libellés des accords monétaires signés dans ses jours de gloire. L’histoire nous enseigne que c’est lorsque la France a le dos au mur qu’elle cède  une partie de son pouvoir. Faut-il le rappeler, de 1945 date de création du FCFA jusqu’en 1973, il n’y avait aucun texte légal encadrant la monnaie. Ce n’est qu’en 1973, date où la Mauritanie et le Madagascar se sont retirés du CFA que la France, prise de peur d’un probable effet domino, concéda la signature d’un Accord-cadre de Coopération Monétaire (ACCM) et une Convention de Compte d’Opération qui réduisit à 65% le taux de dépôt des réserves monétaires qui étaient jusqu’à cette date de l’ordre de 100%.

Ces propos du professeur de géographie et ancien ministre sous l’ère Kérékou, Ogunlaso John Igué[32] nous renforcent dans notre position : « C’est Macron qui a appelé Macky Sall et Ouattara pour dire que depuis qu’il est arrivé au pouvoir, il y a eu beaucoup de contestations sur le franc CFA. Que lui ne peut pas ne pas anticiper sur le problème que les gens posent et comme anticipation il suggère de proposer la transformation du franc CFA en Eco dans le cadre de la monnaie unique ; puisse que c’est comme ça on a décidé d’appeler cette monnaie depuis des années. Au lieu que Macky Sall et Ouattara aillent discuter avec leurs pairs, depuis Paris ils font une déclaration et dans la perspective de la monnaie unique ils ont proposé que le franc CFA devienne Eco. Sans discuter avec Macron des modifications, des règles qui lient le franc CFA à la France monétaire. Or le Nigéria fait 70% des économies de la sous-région. Voilà où on en est aujourd’hui »   

La même France va-t-elle répéter l’histoire ? En tout cas la rencontre de haut niveau _ entre le ministre français de l’Economie et des Finances et ses homologues des pays de la zone franc ainsi que les présidents des banques centrales et d’institutions rattachées_  tenue le 11 octobre 2019 laisse présager cette possibilité qui permettra au pays de Macron de sauver sa monnaie. « Nous sommes ouverts, avec le président de la République (Emmanuel Macron, ndlr) à une réforme ambitieuse de la zone franc » avait déclaré Bruno Le Maire, ministre français de l’économie avant d’égrener les « avantages » de cette monnaie pour les pays concernés. « La zone franc est un espace de stabilité et de prospérité. Elle permet à tous les Etats membres de travailler ensemble, d’être solidaires, de faire converger davantage les économies. Etre ensemble, ça protège ! C’est vrai pour les Etats de la zone franc et c’est vrai pour les Etats de la zone Euro ». Mais, pour tout cela la France pense que les 15 pays partageant « sa » monnaie ne devra pas écouter une autre voix que la sienne. « Nous sommes disposés et nous sommes prêts. Ensuite, c’est aux Etats membres de décider ce qu’ils souhaitent. C’est à eux et à eux seuls (pas en écoutant l’ODJ[33] et les autres anti-impérialistes réunis à Ouagadougou en début décembre 2016 et en octobre 2019 ou encore la Russie de Poutine, ajouté par nous)»[34].

Et voilà la nature réelle des réformes dont parlait Bruno Le Maire

Nous l’apprenons du journal Jeune Afrique du 28 octobre 2019, soit 17 jours après la rencontre tenue entre le ministre français, Bruno Le Maire, et les ministres de l’économie et des finances et responsables d’institutions de la zone franc. Soit dit en passant, ce sont ces réformes dont parlait Patrice TALON[35]. Malheureusement, certaines personnes ont pensé que TALON a ainsi opéré une révolution. Il n’en est rien. Il n’a pas fait qu’enfoncer une porte déjà ouverte par la France.

« Avant la fin de 2019, Emmanuel Macron et les dirigeants de l’UEMOA rendront publique une réforme du franc CFA, a-t-on appris ce jour. Selon Jeune Afrique, ils devraient saisir l’occasion de la visite du président français à Abidjan, prévue au début de décembre. L’Elysée souhaite que les premiers changements soient amorcés avant le prochain sommet Afrique-France.

Cette réforme concernera notamment les réserves de change que la BCEAO dépose auprès du Trésor français. Celle-ci devraient progressivement être délocalisées vers une autre institution internationale qui pourraient être la Banque des Règlements Internationaux (BRI), sise en Suisse. Un changement que la Banque Centrale de l’UEMOA voit d’un mauvais œil »,[36]

Des obstacles au niveau de l’OUA devenue l’UA

De mémoire d’homme, sauf les quelques chefs d’Etat panafricanistes comme Kwame N’khrumah au Ghana, Sékou Touré en Guinée, Sylvianus Olympio au Togo, les dirigeants sous l’ancienne OUA et l’actuelle UA, n’ont jamais condamné la présence et persistance des monnaies coloniales telles que le FCFA. La preuve, les sommets se tiennent et se ressemblent sans qu’une  résolution ne soit prise pour exiger la coupure du cordon ombilical liant injustement l’espace Uémoa et le Trésor français. Pire, le limogeage de l’ambassadrice de l’UA en poste aux Etats-Unis d’Amérique le 7 octobre 2019 par le président de la Commission de cette institution et ce, sous la pression de la France et de Idriss Déby Itno, nous renforce dans cette position.

Des obstacles au niveau des institutions du Brettonwoods (Banque Mondiale et FMI)

Tout comme l’institution africaine, l’UA ou les institutions financières du Brettons Wood (Banque Mondiale et le FMI), les agissements qui s’y passent ne sont pas de nature à permettre une réelle indépendance monétaire de l’espace Cédéao. Le 21 octobre 2019, le journal Jeune Afrique nous laissait lire ceci sur son site web : « Selon l’institution (FMI, ndlr), le succès du projet de remplacement du franc cfa en Afrique de l’Ouest, par une monnaie commune _l’Eco_ dépendra de la prise en compte de certains facteurs à la fois politiques et économiques. Elle s’inquiète par ailleurs du ralentissement de la croissance au sud du Sahara». Pour la bonne gouverne de nos lecteurs, la France a une forte influence sur cette institution. Les deux derniers directeurs généraux, Dominique Strauss Khan (DSK) et Christine LAGRADE furent tous deux de nationalité française. C’est dire que la France peut toujours brouiller la piste de l’Eco dans sa progression vers création et ce, depuis Washington.  

Les objectifs recherchés dans cette précipitation

De tout ce qui vient d’être dit, il apparaît très clairement que la volonté de la France et de tous les défenseurs du FCFA est de s’opposer à la naissance d’une vraie monnaie africaine qui ne sera plus soumise au diktat de la France. Pour l’économiste Ndongo Samba SYLLA, la « France veut coûte que coûte maintenir la zone franc telle qu’elle est mais, elle sait qu’il faut des réformes, il faut que ça bouge. C’est juste donner un autre nom du CFA avec des mécanismes voilés. C’est ce qui explique la sérénité qui règne du côté de la CEMAC, (regroupant les pays de l’ancienne AEF plus la Guinée Equatoriale, ndlr) ». Et l’économiste renchérit : « L’Eco, c’est pour dire aux activistes anti-CFA que ‘nous travaillons, arrêtez de polémiquer sur le franc cfa, on ira vers l’Eco’ ».

Avec ces nombreuses zones d’ombre ci-dessus égrenées, l’échec de l’Eco est ce à quoi les défenseurs du CFA veulent aboutir afin de dire « oh, le projet a échoué, on reste dans le franc cfa ». Selon MEDIAPART, ce scénario plairait bien aux autorités françaises dont Alassane Dramane Ouattara et Paul Biya sont tous proches. Cette ambition sournoise est-elle fondée, en tout cas, pour l’économiste camerounais, Martial Ze Belinga, « il y a visiblement une instrumentalisation du projet Eco pour le faire échouer et tuer l’idée de se départir de la monnaie de la ‘colonialité’ ».   

TROISIEME PARTIE :

SORTIR DE LA SERVITUDE DU FRANC CFA ET DE L’ECO, SEULE ALTERNATIVE CREDIBLE

COMMENT SORTIR DU FRANC CFA ET DE L’ECO ?

Cette question si simple est par contre difficile à répondre tant les avis sont pluriels et parfois moins conciliables avec les intérêts du peuple. Lors d’un panel organisé par le CERFI, Centre de Recherche, de Formation en Islam le 23 juin 2017, alors que parole avait été donnée à notre modeste personne, nous disions ceci : « Pour régler le problème du franc CFA, il y a cinq voies mais une seule paraît plus plausible et très probable à notre avis. Ce sont » :

La résignation, voie de sortie de certaines personnes

C’est se dire que la question dépasse nos capacités au point qu’il est judicieux de laisser les choses telles qu’elles sont. Bien souvent cette catégorie de personnes est consciente des dégâts énormes que laisse le passage du franc CFA dans la zone qui l’utilise. Seulement, elles pensent que la France est si puissante qu’elle userait de tous les moyens à sa disposition pour sauvegarder ses intérêts.

La voie suicidaire 

Elle consiste à une prise de décision individuelle (singulière) ou collective sur la base de la passion (excès d’émotion détournant la raison). C’est la solution de ceux ou celles qui pensent que nos autorités peuvent se lever et déclarer qu’on sort de la monnaie. L’exemple palpable ici est la mésaventure de Sylvanus OLYMPIO au Togo. Alors qu’il voulait imprimer sa propre monnaie, il a été tué par les services secrets français qui ont instrumentalisé Eyadema père. Au niveau de nos pays, les personnes comme Sémi KEBA ou les organisations comme le CAR de Hervé OUATTARA (Burkina Faso) sont de cette tendance. La cause est juste mais les démarches manquent de lucidité et de vision politique claire. 

La voie du nullard politique ou l’équilibrisme

C’est penser qu’on peut résoudre ce problème à travers des réformes. Cela consiste à faire des réajustements nécessaires susceptibles d’apporter des bouffées d’oxygène aux problèmes quotidiens des populations partageant le cfa. Cette voie occulte les fondements politiques de la monnaie. La monnaie est avant une propriété d’un Etat ou groupe d’Etats.

L’équilibrisme, c’est rester dans la monnaie et alléger le poids de la France. Pour ceux-ci, on peut changer le nom de la monnaie, déplacer le lieu d’impression. Cette voie n’est pas différente de celle des réformistes. Il nous semble que c’est cette voie que certains veulent prendre avec la fameuse monnaie Eco de la CEDEAO en 2020.

La voie de sortie révolutionnaire 

Le franc CFA est, comme nous l’avons déjà démontré, une propriété exclusive de la France, notre ancienne-nouvelle puissance colonisatrice. En l’arrimant au franc français d’hier et à l’Euro d’aujourd’hui, le cfa est une des innombrables sources de revenus pour elle. Qu’il soit compris par tous. Les bases militaires présentes sur notre sol ; les nombreux accords de (coopération ?) signés aux forceps avant, pendant et après les indépendances cha-cha-cha; la présence permanente des coopérants français ou américains au sein de nos administrations ; les coup d’Etat incessants perpétrés sous la bénédiction des puissances occidentales ainsi que les interventions militaires soit pour appliquer « la politique du sachet d’eau[37] » c’est-à-dire chasser au pouvoir un dirigeant devenu encombrant ou pour installer un autre qui leur est favorable, sont des expressions claires que la France est chez nous pour nous piller et préserver ses intérêts.

De ce point de vu, il est impossible que la liquidation du franc CFA se passe par les élections, le coup d’Etat, les réformes, ou par simple décret présidentiel. L’autonomie, mieux l’indépendance monétaire de la zone franc ne s’opérera que par un divorce violent où la France sera contrainte de capituler. Et cela s’appelle révolution. La plupart des pays sortis de cette monnaie sont passés par là. La révolution n’aura pas pour seule vocation la lutte contre le franc cfa mais pour l’indépendance totale tant au plan politique, économique, monétaire que culturel.

Que faire pour que la liquidation révolutionnaire du franc cfa soit une réalité ?

L’actualité sur le franc cfa reste les parents pauvres du traitement par la presse au niveau de l’occident notamment en France. Le débat y est resté très timide jusqu’à la publication du livre collectif des Kako NUBUKPO en 2016 où quelques média comme Le Monde ont relayé l’information. Mais tout cela est bien compréhensible. Nous ne devons pas attendre que le changement vienne de chez ceux qui ont mis en place ce mécanisme monétaire pour nous piller.

Pour le Professeur Mahamadi SAWADOGO s’exprimant au panel organisé sur le franc CFA par le CERFI ce 23 mars 2017, « la sortie du franc CFA a un coût car la situation profite énormément à beaucoup d’acteurs particuliers et étatiques. Ce qui insinue qu’il faut s’apprêter à affronter les formes de résistances y compris la volonté même de détruire (par des attaques bien connues des économistes) le système à mettre en place ».  Tout cela, les citoyens doivent en savoir. C’est pourquoi, selon lui, le débat sur le franc CFA ne doit pas rester au niveau des intellectuels et les élites. Il doit descendre aux masses afin qu’elles perçoivent les enjeux et qu’elles les soutiennent. Ceci est d’autant important parce que, quelle que soit la façon dont la sortie s’effectuera, dès lors que cela n’épousera pas l’assentiment de la France (et il en sera ainsi), il s’en suivra une sorte d’instabilité après le divorce. Mais avec le soutien de ces masses, cette instabilité se résultera en une accalmie puis un net redressement.

MAIS, QUE FAIRE APRES LA SORTIE DU CFA ET POURQUOI ?

Après la sortie du franc cfa, il faut vite briser cet esclavage économique et monétaire et permettre aux populations, qui seront maîtres de leur monnaie, de produire, s’épanouir et de vivre comme leur créateur aurait voulu si des Hommes ne leur avaient pas refusé cela. Concrètement, il faudra activer ces quatre leviers proposés par le Pr Nicolas Agbohou dont nous faisons nôtres. Ce sont :

  • Maîtriser la monnaie africaine en battant celle-ci pour que les populations travaillent et créent des richesses
  • Transformer localement toutes les matières premières ou presque (agricoles, minières, minéralières,…) en des produits finis appelés valeurs-ajoutées lesquelles valeurs-ajoutées éliminent la pauvreté et la migration ;
  • Procéder à la solution juridique de notre esclavage économico-monétaire ;
  • Restituer la vérité anthropologique.

LES AVANTAGES POUR CHAQUE LEVIER SELON LE PROFESSEUR

Maîtriser notre monnaie

Pourquoi procéder ainsi ? Pour le Professeur, le tout premier levier (qui est battre notre propre monnaie) permettra de satisfaire 13 besoins fondamentaux de nos populations parce que la monnaie sera à nous et pas à personne d’autre comme c’est le cas aujourd’hui : ce sont :

  • Construire les entreprises alimentaires pour que l’Afrique ne soit plus citée parmi les continents où la faim règne en maître ;
  • Financer l’accès à l’eau potable ;
  • Financer les industries textiles et habiller les africains moins cher et de qualité ;
  • Bâtir de logements suffisants pour en finir avec l’équation des taudis et habitats spontanés ;
  • Construire les routes de bonne qualité ;
  • Financer le secteur de l’énergie (renouvelable surtout) ;
  • Résoudre la question de transport en dotant les villes et campagnes de moyens de transport en commun ;
  • Agir sur le volet santé en finançant le secteur ; en formant assez de médecins et d’agents ; en équipant les plateaux techniques avec notre argent qui sera le nôtre ;
  • Développer tous les ordres d’enseignement sans exception et discrimination quelconque (préscolaire ; primaire ; secondaire et supérieur et écoles professionnelles) ;
  • Profiter de notre monnaie (argent) et nous doter de moyens conséquents de sécurité et de défense ;
  • Financer nos inventeurs pour qu’ils créent dans tous les domaines et notamment les NTIC ;
  • Financer la recherche et le développement ;
  • Financer la culture, les arts, les loisirs.

Les avantages de la transformation de nos matières premières

 La transformation des matières premières en Afrique :

  • transformera fondamentalement la balance commerciale mondiale en faveur de l’Afrique ;
  • créera des millions d’emplois pour la jeunesse et les femmes africaines ;
  • retour massif des africains au bercail continental ;
  • fixation des jeunes dans leurs terroirs et mise fin aux migrations qui endeuillent les familles ;

Les avantages de la solution juridique

  • de la même manière que la France a traduit l’Allemagne et s’est fait payer après le Nazisme, nous allons commanditer un Audit et traduire aussi la France ;
  • liquider le franc cfa ;
  • exiger à la France de rembourser tout ce qu’elle a pris chez nous ;

CONCLUSION GENERALE

En  conclusion, on peut dire qu’avec le franc cfa ou l’Eco, au lendemain des fameuses indépendances, nos pays se sont trouvé un tuteur à qui ils ont confié le sort de leurs concitoyens. Il n’est donc pas étonnant qu’après soixante-quatorze (74) ans de vie, cette monnaie coloniale qu’est le franc cfa et demain l’Eco continue de nous dérouler la liste très macabre des dégâts matériels et humains qu’elle a causés. Qu’il soit connu de tous et de toutes. Depuis l’accession aux indépendances formelles de 1960, notre pays, à l’image des autres pays de la zone franc africaine, est demeuré une néo-colonie ouvertement placée sous la tutelle de l’impérialisme principalement français.

Les différents pouvoirs néocoloniaux qui se sont succédé à la tête de l’Etat (et tous les partis légaux aujourd’hui) n’ont jamais remis en cause cet ordre néocolonial. Ils ont donc toujours suivi docilement les orientations imposées par l’impérialisme français au détriment des intérêts de notre peuple. Cette position de dominés a plongé le Burkina Faso et les autres Pays de la Zone Franc (PAZF) au cœur des batailles géopolitiques que se mènent les grandes puissances pour le repartage du monde en même temps qu’elle n’a permis la conception et la mise en œuvre des politiques nécessaires pour impulser un développement autonome de nos Etats.

Notre réflexion a permis de situer la nécessité d’un changement véritable si tant est que nous voulons nous voir libérer du joug monétaire qu’est le franc cfa. Pour nous, le seul changement qui vaille reste celui qui prendra en compte les aspirations profondes de nos peuples à disposer d’eux-mêmes et qui permettent de mettre nos pays sur la voie du progrès économique et social véritable. Ce changement-là ne viendra point par les rituelles électorales que nous sommes habitués à voir ; pas moins par les coups d’Etat, ni par les réformes. Elle s’instaurera par la voie révolutionnaire. Mais une révolution ne se décrétant pas, il sied que tous et toutes y mettent le leur pour sa préparation. Il revient donc à chacun et à chacune de nous de prendre conscience et à adhérer ou à consolider les structures authentiques qui se battent dans ce sens. Et de ces structures il y en a à revendre. En tout cas, personnellement, nous partageons les idéaux du Collectif-CGT-B ; de la CCVC ; du MBDHP ; de l’ODJ ; de l’UGEB ; des CDAIP ; de l’ASAB ; de KEBAYENA ; du Mouvement des Intellectuels ; du SYNAMUB ; etc. Si tout ce que vous venez de lire vous a plu, et bien ! Sachez que nous ne sommes pas nés avec. C’est Dieu qui nous l’a insufflé au travers ces organisations susmentionnées. Cherchez-les. Adhérez-y et renforcez-les afin qu’ensemble, la lutte continue et que nous allions loin.   

Zakaria GUENGANE

Conseiller Pédagogique de l’Enseignement Secondaire ; Option : Anglais ;

Etudiant en Master II de « Applied Linguistics and Didactics of English »;

Ecrivain burkinabè ;

Lauréat du Prix Collectif de la Foire Internationale du Livre de Ouagadougou de 2015.

[email protected]


 

[1] Dr Daouda ZOURE docteur ès sciences économiques et juridiques, études en gestion des finances publiques à l’université de Paris1 Panthéon-Sorbonne, économiste et consultant auprès d’institutions multilatérales, Banque mondiale, Banque Africaine de développement.

[2] Article de Moctar le Panafricain sur Jeunesse africaine (http://jeunessafricaine.blogspot.fr/2013/04/lafrique-est-riche-mais-pourquoi-les.html) tiré sur le site https://www.sangonet.com/ActuDo/aia/aia9/l-afrique-riche-mais-pourquoi-les-africains-sont-pauvres.html.

[3] René Dumont. René Dumont, né le 13 mars 1904 à Cambrai (Nord) et mort le 18 juin 2001 à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne), est un agronome français, connu pour son combat pour le développement rural des pays pauvres et son engagement écologiste. (Wikipédia)

[4] Axelle Kabou (née en 1955 à Douala) est expert en communication stratégique. Née au Cameroun, de nationalité française et sénégalaise et non camerounaise, Axelle Kabou est spécialiste du développement, consultante en stratégie et ancienne haute fonctionnaire. (Wikipédia)

[5] Jean-Marc Ela, né Jean Etoa le 27 septembre 1936 à Ebolowa, chef-lieu de la région du Sud Cameroun et mort le 26 décembre 2008 à Vancouver (Canada), est un prêtre catholique du diocèse d’Ebolowa, universitaire, sociologue, anthropologue et théologien camerounais. Il est une figure marquante de la théologie de la libération en Afrique et il a laissé une contribution importante pour la sociologie et les sciences sociales africaines. (Wikipédia).

[6] Stephen William Smith, né le 30 octobre 1956, est depuis 2007 professeur d’études africaines à l’université Duke (États-Unis). De nationalité américaine, il a été journaliste spécialiste de l’Afrique pour différents organes de presse français de 1986 à 2005. Il a publié treize livres en français. (Wikipédia).

[7] Discours sur le Colonialisme (1955)

[8] Il y a eu d’abord les sociétés primitives ; la société esclavagiste ; les sociétés féodales avant l’ère capitaliste qui n’a que 300 ans seulement de vie pleine de crises à répétition.

[9] http://afrique.le360.ma/autres-pays/economie/2019/05/07/26316-voici-les-5-nouveaux-plus-grands-producteurs-dor-dafrique-26316 (visité le 5 novembre 2019 à 17h 23mns). Ce site classe Ghana (1er  avec 158 en 2018) ; Soudan (2avec 127 en 2018) ; Afrique du Sud (3e avec 119 en 2018) ; Mali (4e avec 49 en 2018) ; Guinée Conakry (5e avec 47 en 2018). Toujours pour le site, le Burkina Faso menacerait les deux derniers pays avec sa production aurifère de 2018 estimée à 44 tonnes.

[10] https://www.cafedelabourse.com/archive/article/dix-premiers-pays-producteurs-or (visité le 5 novembre 2019 à 17h 37mns)

[11] https://www.ecb.europa.eu/explainers/tell-me-more/html/what_is_money.fr.html

 

[12] Article d’Emily Beauvent, professeur d’Histoire, paru dans “Troc en stock” n 1 et 2 (courtoisie d’Alain Lemaitre de Cauris asbl) : http://ecotopie.chez.com/trochist.html

[13] https://www.cairn.info/mali-france–9782845867246-page-405.htm

[14] Agbohou. N. (2000). Le Franc CFA et l’Euro contre l’Afrique ». Editions Solidarité Mondiale  A.S.

[15] Selon l’auteur, Mawuna Remarques KOUNTONIN

[16] Les DOMTOM, ce sont les Départements et les Territoires d’Outre-Mer, en clair, des petits morceaux de France dispersés dans tous les océans de la planète. … Pour les TOM, les Territoires d’Outre-Mer, qu’on appelle désormais les COM, les Collectivités d’Outre-Mer, ce lien est de moins en moins fort.

[17] https://l-frii.com/polemique-sur-le-fcfa-lavis-du-president-idriss-deby/ (visité le 23/10/19).

[18] Cercle d’Etudes, de Recherches et de la Formation Islamique (Burkina Faso)

[19] https://malijet.com/actualite_economique_du_mali/235247-le-nigeria-et-le-ghana-claquent-deja-la-porte-de-la-nouvelle-mon.html (visité le 03/11/19 à12h 48)

 

[20] https://lefaso.net/spip.php?article87211 (visité le 6 novembre 2019 à 14h 56mns).

[21] Les salaires de 15 mois sur 12 ont été confirmés par le Pr Mahamadé SAWADOGO lors du Panel sur le FCFA organisé par le CERFI en 2017.

[22]https://l-frii.com/polemique-sur-le-fcfa-lavis-du-president-idriss-deby/ (visité le 23/10/19)

 

[23] Article publié sur Lefaso.net du 17 août 2010 (http://lefaso.net/spip.php?article38085)

[24] Nicolas Agbohou (Vidéo)

[25] Article sur Jeune Afrique du 9 janvier 2017 (https://www.jeuneafrique.com/mag/390693/politique/trump-poutine-franc-cfa/)

[26] https://lefaso.net/spip.php?article87685

[27] Fanny Pigeaud, Ndongo Samba Sylla, L’arme invisible de la Françafrique. Une histoire du franc Cfa, Paris, La Découverte, séries : « Cahiers libres », 2018, 227p., ISBN : 978-2-348-03739-9.

[28] https://www.bondyblog.fr/reportages/au-pouvoir/fanny-pigeaud-la-france-va-devoir-se-resoudre-lacher-le-franc-cfa/

 

[29] http://afrique.le360.ma/maroc-cote-divoire-senegal-guinee-mali/economie/2017/06/06/12430-la-cedeao-16-pays-membres-en-quelques-chiffres-12430 (visité le 13/11/19 à 11h 04mns)

[30]Tiré du site : https://www.bookdepository.com/La-Modernisation-Du-Cadre-Budgetaire-Des-Pays-de-LUemoa-Zoure-Daouda/9783841626011 le 23/10/19

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[31] Propos du Professeur Ogunsola John IGUE. Il fut professeur de Géographie à l’Université nationale du Bénin (Actuelle Université d’Abomey-Calavi. Ancien doyen de la faculté de cette univeristé (1978-1981), John Igué a été ministre de l’Industrie et des Petites et Moyennes entreprises entre 1998 et 2001 dans un des gouvernements de Mathieu Kérékou.

[32] Cité un peu haut.

[33] Depuis 2016, l’ODJ et beaucoup d’organisations nationales (Collectif-CGT-B ; CDAIP ; MBDHP ; SYNAMUB ; KEBAYENA ; Manifeste des Intellectuels ; CISC ; UGEB ; AESO ; ABASEP ; etc.) et internationales organisent annuellement des journées anti-impérialistes durant lesquelles elles dénoncent et appellent à combattre la néo-colonisation de nos pays s’exprimant à travers des mécanismes de domination de toutes sortes : politiques, militaires, culturels et surtout monétaires.

[34] Toutes ces informations ont été tirées du site web de « Ouest-France.fr » : https://www.ouest-france.fr/monde/afrique/bruno-le-maire-assure-que-la-france-est-ouverte-une-reforme-ambitieuse-du-franc-cfa-6560672 (Visité le 24/10/19 à 22h : 35mns)

[35] https://www.youtube.com/watch?v=95xfqCqf5Xk (L’interview de France 24 et RFI avec Patrice TALON)

[36] https://l-frii.com/franc-cfa-macron-et-outtara-mettent-le-cap-sur-la-reforme/ (site visité le 30/10/19 à 21h 20);

 

[37] Expression empruntée de l’œuvre de Zakaria GUENGANE, Débâcle et Espoir d’une République. La pratique consiste à utiliser une personne pour atteindre ses propres objectifs et dès lors que cette personne devient impopulaire ou encombrante, on se débarrasse d’elle au profit d’une autre. C’est exactement ce nous faisons lorsqu’on paie notre sachet d’eau. Ce n’est pas le sachet (contenant) lui-même qui nous intéresse mais l’eau (le contenu).



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